Soigner le cancer 11/20 – On arrive à parler de beaucoup de choses en dix minutes …

Marion, brancardière

On ne se rend pas compte, mais les couloirs sont hyper longs ! Quand on effectue un transfert depuis le service d’oncologie, on doit parfois parcourir de grandes distances à l’intérieur de la cité sanitaire. Les lits que je manœuvre, avec la personne qui est dedans, ses affaires, les accessoires, dépassent vite les 200 kilos. Et si on cumule les distances parcourues en une journée, on atteint les 13 à 15 kilomètres, parfois 20.

Une de mes anciennes collègues s’est abimé le dos, elle a eu des tendinites, des torticolis, Elle s’est bloquée, en poussant un lit. Moi je porte une ceinture lombaire. C’est pour ça qu’il vaut mieux être deux brancardières pour ce genre de transfert. Et il ne faut pas traîner : d’autres brancardages sont programmés. Je galope, suivie parfois par les membres de la famille qui peinent un peu à tenir le rythme. Alors, je ralentis, je ne vais pas les laisser à la traîne. J’essaie de leur parler, de poser des questions au patient : pourquoi est-il là ? D’où vient-il, Quel est son métier ? Comment va la famille ? La pluie, le beau temps… On arrive à parler de beaucoup de choses en dix minutes.  Beaucoup aiment bien, certains se mettent à me raconter leur vie en entrant dans les détails. […] 

[…] Quand je m’attache à un patient et qu’un jour, je l’emmène en soins palliatifs, ça me fait mal au cœur parce que je sais qu’il va décéder dans les jours qui suivent. Pendant le trajet, je lui dis que tout va bien se passer, que mes collègues sont là. Mais il y croit sans trop y croire. Je le vois affaibli, souffrant. Dans l’ascenseur, je ne le mets jamais face au miroir.  C’est dur…  Il faudrait pouvoir en parler, mais on n’est que deux brancardières dans l’équipe. S’il y en a une qui n’est pas bien et l’autre non plus, on ne va pas trop se réconforter. Et d’autres patients attendent, on doit continuer notre travail. 

Marion, brancardière

Le service des soins intensifs est situé au-delà des urgences, à l’extrémité de la cité sanitaire. J’ai mis des affaires dans une valise, rangé le classeur dans le sac bleu et j’accompagne mon épouse dans sa migration, sur son lit roulant, vers l’hospitalisation complète d’oncologie. Enfilades de couloirs bas de plafond, portes battantes. À chaque coude, le brancardier fait très attention de ne rien accrocher. Une ligne droite où court un léger courant d’air frais. On croise précautionneusement un autre patient brancardé. On accélère. Arrivés à l’autre bout des bâtiments, les portes d’un ascenseur siglé de rouge s’ouvrent sur un grand miroir dans lequel je m’aperçois, valise à la main près du lit roulant. Mais le brancardier à fait pivoter le lit qu’il fait entrer à reculons. Mon épouse aura les yeux tournés vers la sortie. J’apprécie.[…]

Pierre, accompagnant,

Retour vers soigner le cancer 10/20 : Nathalie, infirmière à domicile

À suivre, soigner le cancer 12/20 : Flavie, aide-soignante en oncologie« Pendant ce moment-là, j’ai oublié que j’étais malade… »

Soigner le cancer, avant-propos par Pierre Madiot, présentation du livre à paraître aux Éditions de l’Atelier

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.