Soigner le cancer 10/20 – Cette maladie, il faut se l’approprier pour se transformer en véritable guerrier et la combattre …

Nathalie, infirmière à domicile

[…] Les patients atteints de cancer reconnaissent d’emblée mon métier. Quand j’arrive pour la première fois au domicile de l’un d’eux, je lui apprends à ranger les documents dans le classeur qu’il a reçu au service d’oncologie. Il faut que les soucis de paperasserie soient éliminés de manière à ce que, quand j’arrive, on puisse passer à autre chose.

Ensuite, je prends le temps, j’essaie de comprendre à qui j’ai affaire. J’évalue le taux de compréhension des gens. Ils ont beau avoir mené une carrière professionnelle, une fois qu’ils savent qu’ils souffrent d’une tumeur cancéreuse, c’est comme si on ne parlait plus le même langage. Ils révèlent leurs fragilités. Dans un premier temps, beaucoup ne prennent pas les choses à bras le corps, comme s’ils subissaient. En fait, cette maladie, il faut se l’approprier pour, à un moment donné, lui parler et lui dire « Tu es un ennemi, tu vas ficher le camp, je vais me battre contre toi. Il faut que tu dégages de là !! ». Le patient ou la patiente se transforment en véritables guerriers. Et c’est à nous, les professionnels, d’établir un climat de confiance qui les encourage à se mobiliser. C’est pourquoi les séances à domicile sont toujours assez longues. Je ne veux pas me cantonner à effectuer une prise de sang, étiqueter mes tubes de prélèvements, remplir une fiche de renseignements et m’en aller. Je communique beaucoup avec mes patients. J’essaie de répondre au mieux à leurs questions. Si je n’ai pas la réponse, je ne brode pas, je vais chercher l’information là où je dois la trouver et je l’apporte la fois d’après.

[…] Les gens sont fragiles, extrêmement fragiles pendant cette période-là, ils ont une espèce d’épée de Damoclès au-dessus de leur tête, ils entrent dans un tunnel mais qu’est-ce qu’il y a au bout ? On ne voit pas grand-chose, c’est le noir, ils attendent, ne savent pas où ils vont. Ils attendent des réponses ! Mais malgré cela, ils ont un tel espoir dans leur guérison qu’ils sont hyper-positifs. J’en ai la chair de poule.[…]

Nathalie, infirmière à domicile

L’infirmière à domicile est entrée chez nous enveloppée dans une énorme écharpe en laine. Dehors, le vent est froid. Elle pose sa mallette sur la table de la salle éclairée par le soleil d’hiver qui ne va pas tarder à être masqué par les grands pins. L’infirmière me gronde gentiment : j’ai oublié de demander au labo les étiquettes d’identification imprimées. Elle doit prendre le temps de tout écrire à la main sur les tubes de prélèvement. Mon épouse s’installe au bout de la table, pose son bras sur la nappe. L’infirmière passe délicatement le doigt sur la peau. Ce ne sera pas facile. Les veines sont dures. A chaque prise de sang, elles éclatent sous l’aiguille. Elle fouille dans sa mallette, en sort une aiguille spécial nourrisson qu’en murmurant des encouragements, elle réussit à enfiler dans une veine de la main. Les tubes de prélèvement sont remplis. On respire. […]« Si vous sortez, surtout ne respirez pas l’air froid ! Couvrez-vous bien le nez et la bouche avec un foulard ! » Elle nous regarde avec sa petite moue affectueuse,  s’enroule dans son écharpe en laine et prend congé.

Pierre, accompagnant

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À suivre, soigner le cancer 11/20 : Marion, brancardièreOn arrive à parler de beaucoup de choses en dix minutes…

Soigner le cancer, avant-propos par Pierre Madiot, présentation du livre à paraître aux Éditions de l’Atelier

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