
Je suis ressortie de la salle le cœur gros comme ça avec l’impression d’avoir reçu une grande claque.
Des histoires parallèles se croisent. Le travail réel des femmes de chambre dans les suites du palace et celui de celles qui font le piquet de grève devant le palace ; les femmes de chambres, les internes (en CDI) et les externes, (en sous-traitance) ; les amours, les vies de couple, les vies familiales des personnels / personnages ; la femme de chambre expérimentée (interne), qui jamais ne fait grève et qui doit s’enquiquiner à former une petite jeune qui vient d’arriver (externe), embauchée pour « casser la grève » ; le bagagiste qui a la chance de plus que tripler son salaire car il est en contact avec le riche client (« 500€ pour changer la chaîne de la télé ») et les femmes de chambre, invisibles, qui ne gagnent que 12€ par « unité » de 45 minutes ; le client qui débourse « 16€ pour un coca, 74€ pour un sandwich club de pain de mie » ou l’équivalent, pour une nuit, du salaire annuel d’une femme de chambre ; la « vieille » femme de chambre qui fait tout pour dégoûter la jeune qui vient d’arriver : « Mais qu’est-ce tu fous là ? », sous-entendu, à ton âge, tu ferai mieux de retourner à l’école, conseil que cette dernière finira d’ailleurs par suivre.
Scènes de nuit, scènes de jour. Femme visibles, femmes au travail invisible.
Tout le bien que le travail fait à ces femmes qui crient haut et fort qu’elles aiment leur hôtel et leur boulot et tout le mal que le travail fait à ces femmes : accident du travail, stress, handicap (l’un des employés de l’hôtel a la chance d’être reclassé dans l’entreprise). Parallèle entre la violence des CRS qui trainent les corps, et la violence que fait le travail au corps, les douleurs, les tendinites.
Et puis les gestes répétitifs, la précision du placement de l’oreiller, le drap bien tiré, une plinthe astiquée, un miroir de salle de bain sans bavure, nettoyer le vomi, la merde des clients, les gestes chronométrés, la chambre à finir en une ou deux unités de 45 minutes chacune selon sa taille, mais avec un aspirateur pour 6 (« à IBIS, c’était pire, un aspirateur pour 20 ! »).
D’un côté ce repas de Noël, symbolique, devant lequel toutes les salariés ne sont pas égales puisque les externes sont obligées de poireauter pour aller faire ensuite le ménage une fois le personnel en CDI parti.
D’un autre côté la transmission à la jeune embauchée en CDD, qui annonce, toute fière, avoir travaillé chez IBIS par la « vieille » qui la houspille sans cesse. Mais l’ancienne finit par s’attacher à cette gamine hébergée en foyer – qui se retrouve finalement à la rue – et propose de l’héberger, d’une façon toute maternelle.
Et surtout la lutte des salariées pour le respect, la sécurité de l’emploi, contre la ségrégation sexiste et raciale, soutenues, entrainées par ce syndicaliste clairement identifié CGT ; elles se battent autant pour ne plus être invisibles, que parce qu’elles ont besoin de manger, de payer le loyer. Pour cela, elles ont une idée joyeuse et un peu folle : organiser une fashion week bien à elles en même temps que la « vraie » fashion week. Elles invitent les journalistes pour populariser leur grève, pour un défilé haut en couleurs, leurs couleurs, celle de la mode, des musiques, des danses de leurs pays. Car si elles se battent c’est que le renouvellement de leurs papiers est suspendu au renouvellement de leur contrat. Elles veulent un CDI pour échapper au chantage de l’employeur au rythme des slogans : « Nous sommes vos petites mains, vos petits riens ».
Elles négocient, la direction est obligée de fermer un étage. Peu à peu on sent qu’elles vont gagner. Leur fierté devant le mari réticent, les enfants qu’elles ne voient pas le matin, à peine le soir. Elles se battent pour que leurs gosses aient le choix de faire un autre travail.
Les dernières séquences sont des images réelles tirées de reportages. On y voit la prise de parole à l’Assemblée Nationale de l’une d’entre elles, Rachel Kéké première femme de chambre élue députée (NUPES).
Martine
https://le-pacte.com/france/film/petites-mains, le film a été réalisé par Nessim Chikhaoui.
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