Quand les récits de travail révèlent le travail réel

Un article de Roland Labrège sur le livre « Travail et travailleurs invisibles », publié par Nonfiction

Voir aussi, sur le site de Nonfiction, la chronique bi-mensuelle de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! : « Saint-Nazaire au travail »

# 04 – Le corps à l’ouvrage

« Des histoires de travail, des vraies », le Podcast de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !

Le titre de l’épisode est emprunté à l’ouvrage de Thierry Pillon (Éd. Stock 2012). Le lecteur y découvre une étonnante série de récits, de témoignages et d’autobiographies rédigés depuis le début du XXe siècle. Ils sont précis, troublants, terribles par moments. On y découvre, par exemple, ces jeunes mineurs qui restent seuls au bal tant ils transpirent noir, le piquant irritant des cristaux sur la peau des femmes dans une usine de sucre, les métaphores guerrières pour dire le bruit, mais aussi la beauté des usines et leur silence à l’arrêt des machines, la provocation insolente des blagues sexuelles ou le besoin de caresse de ces corps meurtris.  C’est tout un monde ouvrier en mouvement qui s’incarne sous sa plume.

 « Jongler est un prétexte »

Carlo, jongleur

Photo Andréa Macchia

A onze ans, j’aimais faire du sport et surtout de l’athlétisme. Ma mère n’y était pas opposée mais elle souhaitait me voir m’engager dans d’autres types d’activités : elle m’a inscrit dans un atelier d’initiation au cirque. La première séance, un clown ne m’a pas laissé un souvenir très positif. La seconde fit la part belle aux numéros de jonglage avec des numérs d’assiettes chinoises tournoyant au bout de perches. Ceux-ci m’ont fasciné. Jongler m’a plu, j’ai persévéré, rencontré des adultes dans le monde du cirque puis cherché à savoir auprès de certains professionnels si cette activité permettait d’en vivre. Mon apprentissage s’est déroulé en deux temps, d’abord dans mon pays, l’Italie, puis en France au Centre national des arts du cirque. Je peux dire que jongler est ma passion et qu’avec quelques années de pratique je peux choisir les artistes avec qui je collabore : c’est un privilège.

Un univers sonore et poétique à découvrir dans cette video (8mn)
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« L’équipe, c’est une ressource essentielle. »

Marie-Odile, psychologue dans une équipe de soins palliatifs

Quand je suis rentrée dans sa chambre, j’ai perçu un sourire. Sarah, atteinte d’un cancer en phase terminale, était certes très affaiblie mais conservait toutes ses facultés cognitives. Elle avait bien conscience de sa situation. Un lien privilégié s’était établi entre Sarah et moi. Ce jour-là, elle me confia qu’elle souhaitait avoir la visite d’un rabbin. Je lui ai demandé si elle connaissait un et elle m’a donné ses coordonnées. Je lui transmis la demande de Sarah. Après le passage du rabbin, je trouvai Sarah sereine. Nous savions l’une et l’autre que nous ne nous reverrions plus. Nous nous sommes dit simplement : « Au revoir … ». C’était assez … bousculant. Certains patients sont très attachants, ils vous font tellement confiance ! Rétrospectivement, je pense que j’ai vécu cette rencontre avec Sarah comme un véritable cadeau. Dans nos activités auprès des patients, nous vivons des moments intenses. Heureusement, nous avons la chance de nous retrouver dans des groupes de parole, c’est indispensable.

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Le poison de la reconnaissance. Quel prix payer pour être quelqu’un ?

Un ouvrage de Benoit Heilbrunn

2026, Editions de l’Aube, 170 p., 16 €

Dans l’introduction de son ouvrage, Benoit Heilbrunn nous conduit à distinguer deux modalités de reconnaissance. La première est inconditionnelle, c’est notamment celle que les parents portent normalement à leur enfant. La seconde s’avère conditionnelle. En nous soumettant, plus ou moins volontairement, aux injonctions de nos dirigeants et collègues de travail et plus largement à celles formulées par autrui nous espérons obtenir des assentiments voire des signes de reconnaissance.

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – juillet 2026

Récits, podcasts, chronique, revue de presse du livre « Travail et travailleurs invisibles », lectures…
Le mot du moment est « accueil »

Didier est officier à la vigie, un service de la capitainerie. Tout doit être calculé, prévu : la prise de pilote, le remorquage, les diverses opérations de lamanage pour la mise à quai du navire ; que le tirant d’eau corresponde bien à la souille etc…  Si nous levons un lièvre nous avons la possibilité de dire: « Stop, ça ne passera pas ! ».
Etienne est pilote de Loire. Il monte au côté des commandants de bord des gigantesques navires quand ces derniers abordent l’estuaire « Et moi, j’arrive avec ma coque de noix ».
Pierre est matelot, il raconte dans son récit comment J’ai fini par répondre à l’appel de la mer”
Boris travaille le bois, il est charpentier de marine « Dans la charpenterie de marine. Quel que soit l’endroit du bateau sur lequel vous intervenez, il y a toujours une évolution de courbes, d’angles et de volumes. »

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Quand l’IA met à l’épreuve les métiers de la communication en entreprise

Une contribution de Jean-Marie Charpentier sur ce que l’IA fait au travail.

« C’était prévisible. Certains l’attendaient, d’autres le craignaient. Il se passe quelque chose avec l’IA dans les métiers de la communication en entreprise. Au-delà de la sidération de départ qui, selon les cas, a pu bloquer ou endormir la réflexion, on mesure qu’on a affaire à une machine puissante. Une machine qui automatise et produit des masses d’informations et de données. Une étape est en train d’être franchie en matière de transformation numérique. Pas plus, mais pas moins. Elle demande aux professionnels, je pense en particulier à ceux de la communication interne, des arbitrages et des recentrages. A quoi sommes-nous le plus utiles ? Quelle est notre plus-value ? »
Lire la suite sur le blog de Jean-Marie Charpentier

Travail et travailleurs invisibles

On en parle dans le Monde, Santé et travail, l’Humanité, Laboris.info

Lire la suite de l’article de François Desnoyers pour le Monde …

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Entretien – « Le récit, un outil précieux pour révéler le travail réel »

Un entretien réalisé par Joëlle Maraschin et publié sur le site de Laboris.info – L’actu santé au travail.

Christine Depigny-Huet, cofondatrice de la Compagnie « Pourquoi se lever le matin ! » et docteure en ergonomie, vient de publier un ouvrage sur l’invisibilisation du travail. Des récits d’hommes et de femmes qui racontent leur métier pour révéler le travail.

Qu’est-ce que la Compagnie « Pourquoi se lever le matin ! » ?

Christine Depigny-Huet : Il s’agit d’une association sans but lucratif, créée au début de la crise sanitaire. Elle rassemble des personnes qui ont pour centre d’intérêt le travail, des spécialistes en sciences du travail, des syndicalistes, des enseignants. Notre objectif est de révéler le travail, au-delà des questions d’emploi et de rémunération. Autrement dit, en quoi consiste le travail ? Que font réellement ces travailleurs et travailleuses ? Que mobilisent-ils d’eux-mêmes pour arriver à produire un bien ou rendre un service ?
Nous collectons leur parole pour la mettre en récit, un témoignage à la première personne, signé du prénom du narrateur. Plus de 200 récits de travail ont été publiés sur notre site internet. Il est frappant de constater à quel point ils se font écho, même dans des secteurs et des métiers très différents.

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« Travail et travailleurs invisibles » : quand les entreprises gomment la richesse des métiers

En donnant la parole à Karine, agent de service dans une clinique, Pierre, facteur, ou encore Zoé, chargée de communication, l’ergonome Christine Depigny-Huet propose au lecteur d’explorer la complexité et le sens de nombreux métiers, alors que le « travail vivant » est aujourd’hui invisibilisé par les méthodes gestionnaires des organisations.

Par François Desnoyers

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La crise du travail, un péril pour la démocratie

Rendre visible tout le travail pour le transformer

À partir des récits de deux cents salariés, l’ergonome Christine Depigny-Huet met en lumière le travail réel. Son ouvrage paru chez L ‘Harmattan montre les différentes manières dont celui-ci se rend – ou est rendu – invisible. Et appelle à sa reconnaissance pour en faire un levier de santé et de démocratie au travail.

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Nous avons la possibilité de dire: « Stop, ça ne passera pas ! »

Didier, vigie à la capitainerie du port de Saint-Nazaire

Vue générale du port de Saint-Nazaire. Au fond, à droite, le terminal méthanier de Montoir.
Photo Pouick44

J’étais en poste à la capitainerie lorsque nous avons été avertis qu’un navire qui avait subi une importante avarie voulait quitter le port sans avoir effectué les réparations indispensables. Nous avons signalé ce problème au Centre de Sécurité des Navires (CSN) qui a imposé à ce navire de faire ces réparations avant de reprendre la mer. 

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“J’ai fini par répondre à l’appel de la mer”

Pierre, matelot à Saint-Nazaire

L’estuaire de la Loire

Une fois que les passagers sont montés à bord, mon travail, c’est de les accueillir et de communiquer à la capitainerie le nombre de personnes qu’on a scrupuleusement comptées. 
Puis je retire ce qu’on appelle la coupée, c’est-à-dire la passerelle qui leur a permis d’embarquer sans faire d’acrobatie. Ensuite je largue les amarres et, en sautant du quai sur le pont, je remonte à bord du bateau avant qu’il ne s’éloigne. Une fois que c’est fait, je vérifie à nouveau que tout est en ordre, que les gens sont correctement installés, qu’il n’y a pas de question sur la croisière que le guide d’excursion vient de présenter. Nous sommes quatre à bord, un capitaine, un chef mécano et deux matelots. Éventuellement, on va faire des petits travaux de maintenance pendant la croisière. C’est ce qu’on appelle du matelotage. Ça consiste à préparer des aussières. Ce sont les câbles qui nous permettent de nous amarrer, des grosses cordes – mais on ne dit jamais « corde » sur un bateau – il faut les préparer, parfois les changer etc. Et puis vérifier que les gens ne sont pas malades.

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Accueil : une activité à part entière

Accueil, accueillir, être accueilli : ce que racontent nos récits de travail

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Accueil : un mot du travail

Expériences des compagnons et compagnonnes

Illustration PIXABAY
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Saint-Nazaire au travail : du côté de la culture

Notre dernière chronique est en ligne sur Nonfiction

Dans ce numéro, Corinne, Véronique et Antoine font vivre les lieux où les gens se rencontrent autour des livres et des activités culturelles largement animées par les associations nazairiennes. À lire ici, sur le site de Nonfiction

L’aiguillage d’autrefois, c’était de la mécanique

Serge, retraité de la SNCF, ancien agent-circulation à la gare de Saint-Nazaire

Dans les postes d’aiguillage – je veux parler des grands postes surélevés qu’il y avait encore dans les gares il y a 30 ans – la situation normale, c’était: «  tant de leviers renversés, tous les autres debout ». C’était la position de départ. Un coup d’œil: « C’est bien le cas?… Ça va. » Et puis, en fonction des trains qui arrivaient, et suivant la voie vers laquelle ils allaient, on avait notre petite gymnastique. Depuis le bureau, on regardait les leviers. « Hop, toc, toc, c’est bon… » Il y avait là une quarantaine de leviers alignés dans une grande pièce vitrée qui surplombait les voies. Ça ressemblait à tout ce que les gens ont pu voir dans les films et qui est resté dans leur imaginaire.

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« Et moi, j’arrive avec ma coque de noix »

Etienne, pilote de Loire

L’expérience de pilotage qui m’a le plus marqué concerne un des plus petits navires qu’on ait à prendre en charge. Ce jour-là, il y avait une très grosse marée et le vent était annoncé à 35 nœuds1 Ce qui est fort mais pas exceptionnel. Tout se passait bien. Chacun était concentré sur sa manœuvre. Et moi, j’arrive au port de Montoir avec ma coque de noix, au milieu des autres navires en manœuvre. Soudain, le vent se met à fraîchir très fort, à monter à 45 nœuds2. Or, le bateau était très venteux : sa structure hors de l’eau avait une prise au vent importante. À chaque rafale, il se mettait à lofer3, ce qui rendait l’accostage compliqué. 
– On prend un remorqueur, me dit le commandant. 
– Oui, commandant, j’aimerais bien, mais il n’y en a aucun de disponible !

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Accompagner le grand âge

9 récits de leur travail par des élèves de CAP, stagiaires en EHPAD

Un élève lit son récit lors de la fête du lycée
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#03 – Sur les bords de l’estuaire

« Des histoires de travail, des vraies », le Podcast de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !

Les lumières de la ville sont un service public

Laurent, électromécanicien au service de l’éclairage public et syndicaliste

Je suis rentré à la ville comme électricien, mais mon truc c’est l’électromécanique. Un jour, mon chef, Bruno, vient me voir et me dit : « Je sais que tu soudes ». Je lui réponds qu’il peut me donner des choses à souder, à l’arc ou à la baguette. Alors il m’a donné une première bricole à faire, puis d’autres, comme des équerres pour fixer les appareils sur les murs quand ils ont refait l’éclairage des alvéoles de la base sous-marine. De fil en aiguille j’ai refait les serrures des portes métalliques qui étaient restées à l’abandon ; quand les gonds sont cassés, on ne peut plus les ouvrir. Il y a bien des serruriers à Saint-Nazaire, mais c’est très cher.

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Charpentier de marine

Boris, charpentier de marine

La mise en place des membrures

Quand je faisais de la charpente, dans le bâtiment, j’exécutais des ouvrages selon des plans dont les tracés étaient, la plupart du temps, rectilignes. Il y avait très peu de courbes, les angles étaient sains. Quand je me trouvais par exemple à la jonction de deux pans de toits qui se rejoignaient, je réalisais ce qu’on appelle une noue[1] dont l’angle était constant, même s’il était un peu ouvert. Rien de tel dans la charpenterie de marine. Quel que soit l’endroit du bateau sur lequel vous intervenez, il y a toujours une évolution de courbes, d’angles et de volumes. La forme d’un bateau change au fur et à mesure que vous évoluez le long du bordage[2]. Si l’on prend l’exemple des membrures[3], rattachées à la quille, et qui ressemblent à une cage thoracique, il faut bien imaginer qu’on ne peut pas dessiner à plat ces pièces parfois larges de 2,5 cm.

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« Travailler fait-il toujours sens ? »,

Sous la direction de Thomas Coutrot, Marie-Anne Dujarier, Alexis Cukier, Corinne Gaudart, Léonie Hemdat, Dominique Lhullier, Margaux Trarieux et Emilie Yeyrat

Éd Érès 2026

Mardi 26 mai 2026, dans les locaux du Cnam, le Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (Cnrs – Lise) a organisé une présentation de cet ouvrage collectif.
Issu d’un colloque tenu en 2024, le livre ambitionne d’éclairer cette question sous quatre angles : philosophique, sociologique, économique et psychologique. Outre les contributions synthétiques de quatre des co-directeurs, l’ouvrage nous fait accéder à une dizaine d’études de cas. Ainsi, nous découvrons notamment les questionnements et les logiques d’action de livreurs à Barcelone, d’intermittents du spectacle, de chauffeurs routiers, d’agents de France Travail, de techniciens de l’Office National des Forêts….

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« On est encore plus heureux quand nos équipiers sont valorisés »

Adrien, chef pâtissier et formateur dans un restaurant d’application.

Quand Michel, du restaurant « l’Envolée de la chrysalide », m’a demandé : « Est-ce que tu peux donner un cours de macarons à Thibaut, notre chef traiteur, qui a une commande et qui ne sait pas trop comment faire ? », j’y suis allé, ce qui m’a permis de rencontrer les membres de l’équipe et de sympathiser avec eux. L’« Envolée… » est un restaurant d’application qui dépend d’une association créée il y a une quinzaine d’années pour l’inclusion des personnes en situation de handicap, et qui avait ouvert l’école “La chrysalide”, située Boulevard Victor Hugo. On a eu un bon feeling. C’est comme ça que j’ai créé des liens avec cet établissement jusqu’à ce que Patricia me contacte, me présente le projet de l’Académie – une structure de formation que « L’envolée de la Chrysalide » a ouverte il y a six mois – et me demande si je voulais faire partie de cette aventure. On y délivrera deux diplômes afin que certains des jeunes salariés en situation de handicap puissent être formés et reconnus grâce à leur diplôme. Je suis donc devenu formateur à la nouvelle Académie de l’Envolée. Mais je ne fais pas que cela car, pour l’instant, nous n’avons que six élèves le lundi et le mardi : un en « pro commis de cuisine », et cinq en «  pro employés polyvalents de restauration ». 

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