Travailler ici plutôt qu’ailleurs, qu’est-ce que ça change ?
Du nord au sud, d’est en ouest, fabrique-t-on la même chose dans les ateliers ? Soigne-t-on les mêmes patients dans les hôpitaux ? Cultive-t-on la terre de la même façon dans les campagnes ?
Chaque travailleur a-t-il de ce contexte une conscience qui lui permet de se situer dans une région, un bassin d’emploi, une ville, un quartier, une entreprise, une équipe, un poste de travail ? Comment cette appartenance enracine-t-elle le travail dans un environnement qui rattache chacun à un vécu collectif, et qui lui donne un sens social?
À travers la description des activités journalières, quels sont les différents cercles dans lesquels s’exercent nos activités ? Quels sont les horizons de notre travail ? Quelles occasions nous amènent, directement ou indirectement, à apercevoir les contours et les ramifications de ces ensembles dont nous sommes, chacun à notre échelle, partie prenante ? La Compagnie Pourquoi se lever le matin a décidé d’explorer ces questions en donnant la parole à des travailleurs de la région de Saint-Nazaire pour qu’ils expriment dans leurs récits ce qu’est leur travail en général, et décrivent plus particulièrement là où ils le font.
Didier, vigie à la capitainerie du port de Saint-Nazaire
Parole recueillie et mise en récit par Pierre R., dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Vue générale du port de Saint-Nazaire. Au fond, à droite, le terminal méthanier de Montoir. Photo Pouick44
J’étais en poste à la capitainerie lorsque nous avons été avertis qu’un navire qui avait subi une importante avarie voulait quitter le port sans avoir effectué les réparations indispensables. Nous avons signalé ce problème au Centre de Sécurité des Navires (CSN) qui a imposé à ce navire de faire ces réparations avant de reprendre la mer.
Parole recueillie et mise en récit par Marilaure dans le cadre du projet “travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
L’estuaire de la Loire
Une fois que les passagers sont montés à bord, mon travail, c’est de les accueillir et de communiquer à la capitainerie le nombre de personnes qu’on a scrupuleusement comptées. Puis je retire ce qu’on appelle la coupée, c’est-à-dire la passerelle qui leur a permis d’embarquer sans faire d’acrobatie. Ensuite je largue les amarres et, en sautant du quai sur le pont, je remonte à bord du bateau avant qu’il ne s’éloigne. Une fois que c’est fait, je vérifie à nouveau que tout est en ordre, que les gens sont correctement installés, qu’il n’y a pas de question sur la croisière que le guide d’excursion vient de présenter. Nous sommes quatre à bord, un capitaine, un chef mécano et deux matelots. Éventuellement, on va faire des petits travaux de maintenance pendant la croisière. C’est ce qu’on appelle du matelotage. Ça consiste à préparer des aussières. Ce sont les câbles qui nous permettent de nous amarrer, des grosses cordes – mais on ne dit jamais « corde » sur un bateau – il faut les préparer, parfois les changer etc. Et puis vérifier que les gens ne sont pas malades.
Serge, retraité de la SNCF, ancien agent-circulation à la gare de Saint-Nazaire
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
Dans les postes d’aiguillage – je veux parler des grands postes surélevés qu’il y avait encore dans les gares il y a 30 ans – la situation normale, c’était: « tant de leviers renversés, tous les autres debout ». C’était la position de départ. Un coup d’œil: « C’est bien le cas?… Ça va. » Et puis, en fonction des trains qui arrivaient, et suivant la voie vers laquelle ils allaient, on avait notre petite gymnastique. Depuis le bureau, on regardait les leviers. « Hop, toc, toc, c’est bon… » Il y avait là une quarantaine de leviers alignés dans une grande pièce vitrée qui surplombait les voies. Ça ressemblait à tout ce que les gens ont pu voir dans les films et qui est resté dans leur imaginaire.
Parole d’Étienne, pilote de Loire, recueillie et mise en récit par Pierre, dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
L’expérience de pilotage qui m’a le plus marqué concerne un des plus petits navires qu’on ait à prendre en charge. Ce jour-là, il y avait une très grosse marée et le vent était annoncé à 35 nœuds1 Ce qui est fort mais pas exceptionnel. Tout se passait bien. Chacun était concentré sur sa manœuvre. Et moi, j’arrive au port de Montoir avec ma coque de noix, au milieu des autres navires en manœuvre. Soudain, le vent se met à fraîchir très fort, à monter à 45 nœuds2. Or, le bateau était très venteux : sa structure hors de l’eau avait une prise au vent importante. À chaque rafale, il se mettait à lofer3, ce qui rendait l’accostage compliqué. – On prend un remorqueur, me dit le commandant. – Oui, commandant, j’aimerais bien, mais il n’y en a aucun de disponible !
9 récits de leur travail par des élèves de CAP, stagiaires en EHPAD
Un élève lit son récit lors de la fête du lycée
À l’automne 2025, les élèves de première année du CAP Agent Accompagnant au Grand Âge se sont essayé·es à l’interview réciproque et à la retranscription, sur le chemin de la mise en récit. Au fil de l’année, des rencontres, des stages, des aller-retours dans l’écriture, les textes ont pris forme, jusqu’à être partagés lors de la fête de fin d’année du lycée. Raconter son histoire, son parcours de formation, une anecdote au cours d’un stage. Aller vers le travail. Dire « je ». Dire la place qu’on a prise, dire celle qu’on nous a donnée et celle qu’on voudrait. Questionner l’autre sur ses difficultés, ses galères. Sur ce qui marche, aussi. Raconter, c’est concret. C’est entrer dans une matière-mémoire, riche de sens et de sensations. Raconter, c’est faire exister et se projeter. Aujourd’hui, nous vous donnons à lire ces neufs récits, des paroles sensibles qui vont à rebours des lieux communs sur « les jeunes et le travail ».
Laurent, électromécanicien au service de l’éclairage public et syndicaliste
Parole recueillie par Pierre et mise en récit par Christine dans le cadre du projet Travail & Territoire conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Je suis rentré à la ville comme électricien, mais mon truc c’est l’électromécanique. Un jour, mon chef, Bruno, vient me voir et me dit : « Je sais que tu soudes ». Je lui réponds qu’il peut me donner des choses à souder, à l’arc ou à la baguette. Alors il m’a donné une première bricole à faire, puis d’autres, comme des équerres pour fixer les appareils sur les murs quand ils ont refait l’éclairage des alvéoles de la base sous-marine. De fil en aiguille j’ai refait les serrures des portes métalliques qui étaient restées à l’abandon ; quand les gonds sont cassés, on ne peut plus les ouvrir. Il y a bien des serruriers à Saint-Nazaire, mais c’est très cher.
Parole recueillie par Pierre M. et Claude, et mise en récit par Pierre M dans le cadre du projet « travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Quand je faisais de la charpente, dans le bâtiment, j’exécutais des ouvrages selon des plans dont les tracés étaient, la plupart du temps, rectilignes. Il y avait très peu de courbes, les angles étaient sains. Quand je me trouvais par exemple à la jonction de deux pans de toits qui se rejoignaient, je réalisais ce qu’on appelle une noue[1] dont l’angle était constant, même s’il était un peu ouvert. Rien de tel dans la charpenterie de marine. Quel que soit l’endroit du bateau sur lequel vous intervenez, il y a toujours une évolution de courbes, d’angles et de volumes. La forme d’un bateau change au fur et à mesure que vous évoluez le long du bordage[2]. Si l’on prend l’exemple des membrures[3], rattachées à la quille, et qui ressemblent à une cage thoracique, il faut bien imaginer qu’on ne peut pas dessiner à plat ces pièces parfois larges de 2,5 cm.
Adrien, chef pâtissier et formateur dans un restaurant d’application.
Parole recueillie et mise en récit par Marilaure dans le cadre du projet « Travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Quand Michel, du restaurant « l’Envolée de la chrysalide », m’a demandé : « Est-ce que tu peux donner un cours de macarons à Thibaut, notre chef traiteur, qui a une commande et qui ne sait pas trop comment faire ? », j’y suis allé, ce qui m’a permis de rencontrer les membres de l’équipe et de sympathiser avec eux. L’« Envolée… » est un restaurant d’application qui dépend d’une association créée il y a une quinzaine d’années pour l’inclusion des personnes en situation de handicap, et qui avait ouvert l’école “La chrysalide”, située Boulevard Victor Hugo. On a eu un bon feeling. C’est comme ça que j’ai créé des liens avec cet établissement jusqu’à ce que Patricia me contacte, me présente le projet de l’Académie – une structure de formation que « L’envolée de la Chrysalide » a ouverte il y a six mois – et me demande si je voulais faire partie de cette aventure. On y délivrera deux diplômes afin que certains des jeunes salariés en situation de handicap puissent être formés et reconnus grâce à leur diplôme. Je suis donc devenu formateur à la nouvelle Académie de l’Envolée. Mais je ne fais pas que cela car, pour l’instant, nous n’avons que six élèves le lundi et le mardi : un en « pro commis de cuisine », et cinq en « pro employés polyvalents de restauration ».
Charles, cuisinier, pâtissier, biscuitier, aide traiteur, et serveur
« Je n’ai pas mis longtemps à maîtriser les techniques de pâtisserie »
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M dans le cadre du projet « travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
À « L’envolée de la Chrysalide », j’accueille les gens puis, quand ils s’attablent, je vais commander les amuse-bouche en cuisine, en énonçant le numéro de la table et le nombre de couverts. Puis, quand je sers les amuse-bouche, je dis : « Nous vous laissons le temps de consulter la carte des boissons et des plats et je reviens vers vous dans peu de temps ». Un peu plus tard, je prends les commandes en les notant sur des « bons », c’est-à-dire sur des fiches comportant, pour que ce soit plus facile, un code couleurs et un descriptif de chaque plat, sachant qu’il y a quatre à cinq plats au choix à la saison et deux entrées et deux desserts au choix pour chaque personne. Je coche des cercles correspondant aux demandes. Généralement, tout se passe bien, je réponds à l’attente des clients de manière simple et spontanée. Il peut même m’arriver de les tutoyer parce que, comme mes équipiers en situation de handicap, je peux avoir un comportement un peu familier. Cela ne veut pas dire que nous ne les respectons pas. Nous savons garder les distances qu’il faut. Quand un tutoiement m’échappe, cela ne surprend pas les gens. De toute façon, ils savent bien, en entrant dans ce restaurant, qu’une partie du personnel est comme elle est…
Yannick, chargé d’affaire « Locaux Publics » aux Chantiers de l’Atlantique
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
Paquebot en voie de finition dans un bassin des Chantiers de l’Atlantique
Quand j’arrive au boulot le matin, je dis bonjour à tout le monde. Dès ma première mission, il y a trente ans, j’ai tout de suite compris que c’était important. Sur les plateaux, il fallait serrer les mains. Aujourd’hui, avec le Covid, on ne serre plus les mains mais on continue à se saluer en arrivant. Et si vous êtes manager, comme je le suis aujourd’hui, c’est d’autant plus important de le faire. C’est le premier signe de respect.
Au-delà de la seule forme de politesse, on peut aussi voir dans ce rituel un marqueur de solidarité : ici, on est tous, au sens propre comme au figuré « sur le même navire ». Et cette solidarité, on va en avoir grandement besoin, car, vu les contraintes énormes en termes de budget, de coordination d’une multitude de métiers et de planning, personne, en effet, ne peut faire défaut. On a besoin clairement les uns des autres, c’est ensemble qu’on y arrivera. Il n’y a pas d’autre choix et c’est, en cela, une valeur forte des Chantiers.
Parole recueillie, traduite et mise en récit par Martine
La récolte des oranges
Au début nous étions trois. Au bout de deux ans, nous étions quinze. Et maintenant cinquante agriculteurs sont associés à la coopérative Las Torcas à Órgiva, une petite ville dans la région d’Alpujarra[1], vers Grenade, ont signé un contrat avec nous. Avec nos dix salariés, nous planifions la production : les agriculteurs ont besoin que nous leur donnions des gages de sécurité. Quand la coopérative ne peut pas commercialiser la totalité de leur production – ça arrive parfois – ils cherchent d’autres entreprises pour vendre ce qu’ils ont en trop. Las Torcas les rémunère 30 à 45 jours après qu’ils nous ont apporté leurs fruits.
Un beau facing, c’est quand le produit est bien droit au bout du rayon pour que le client puisse l’attraper plus facilement, et qu’il ne se dise pas qu’il n’y a plus de produits alors qu’en fait si, il y en avait encore au fond. Je fais ce que l’on appelle du PGC (produit de grande consommation) dans une grande surface, c’est-à-dire de la mise en rayon. Mais sur ma fiche de paie, je suis caissière, le travail pour lequel, au départ, j’ai été embauchée. Maintenant j’ai un contrat de polyvalente, c’est-à-dire que je fais du PGC et que, parfois, selon les besoins, je suis caissière.
« Ces tables roulantes changent de hauteur en fonction du poids des poduits«
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M., dans le cadre du projet “Travail et Territoire“ conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint Nazaire.
Photo Anne Landais
Quand j’ai débarqué ici, il y a quinze ans, je ne savais pas à quoi ressemblait un marais salant. Je venais de Savoie où je m’étais liée d’amitié avec des copains d’Assérac qui faisaient du ski en hiver : « Pourquoi tu ne ferais pas les saisons par chez nous, en été ? » C’est comme ça que je suis arrivée ici. Les copains avaient des connaissances parmi les paludiers. « Tu peux faire le sel… » J’ai contacté plusieurs personnes. Finalement, Aude m’a appelée et m’a proposé de travailler sur sa saline parce que, la saison ayant commencé plus tôt que les autres années, elle avait besoin de quelqu’un pour ramasser la fleur de sel1. Donc, en 2010, j’ai commencé à travailler pour Aude.
Avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Lundi 9 février 2026, le CCP était à la cantine de TotalEnergie avec son CSE. Les premiers travailleurs et travailleuses passent devant le stand éphémère du CCP, prennent leur plateau-repas et leurs couverts. Certains jettent un regard, d’autres ne le remarquent pas, mais tous entendent : « Bonjour, vous connaissez le CCP?» Les réponses fusent : « Oui, non, c’est quoi ? ». Lire la suite ici, sur le site du CCP.
Le recueil de textes et photographies des récits de travail
Éditions Planche Contact – 10€
En mars 2022 la compagnie Pourquoi se lever le matin ! publiait une série de récits réalisés dans la région de Saint-Nazaire sur le thème Travail & Territoire. Depuis 2024, le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire, avec le projet Auteurs associés en Pays de la Loire s’est associé à cette démarche en recueillant des récits de travail et en les partageant au cours de nombreuses lectures publiques. Quelques-uns de ces récits s’échappent des sites où ils sont publiés pour arriver entre vos mains sous la forme d’un recueil de textes et photographies.
Récits du Centre de Culture populaire de Saint-Nazaire et de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! Sous la direction de Pierre Madiot. Photographies de Anne Landais, Pierre Madiot, Michel Iordanov et Enoch.
Parole recueillie et mise en récit par Pierre R., dans le cadre du projet « Travail et territoire » conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Fernand, dans « Tchou-Tchou »
Être clown… Je pense à mon enfance dans la ferme de mes parents à Jéricho, en Vendée. Je voyais l’arrière de la gare de Fontenay-le-Comte où les locomotives à vapeur venaient faire leur plein d’eau. Et je les regardais avec émerveillement. C’est ce qui m’a vraiment donné l’idée, l’envie de jouer quelque chose. D’où le nom de mon premier spectacle, « Tchoutchou ». Être clown c’est comme si on voyait tout pour la première fois, un état d’éveil, d’étonnement, de merveilleux. On invente des tas de choses à partir de là et on apprend à faire avec. Et ça remonte à notre enfance.
Pierre T., employé chez un constructeur de moteurs diesel
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M. dans le cadre du projet « Travail et territoire conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Autour des bassins du port de Saint-Nazaire, on peut voir d’énormes colis emmaillotés dans des bâches, en attente d’un embarquement. Ce sont des moteurs diesel de plus de 300 tonnes chacun, assemblés dans le bâtiment « essais-assemblage » de l’usine MAN[1] où je travaille. Mon bureau est situé au-dessus de l’atelier de production et à proximité du silo contenant nos pièces de rechange – le « trésor »-. Dès qu’on a besoin d’une pièce, on rentre une référence, on appuie sur un bouton et un chariot va automatiquement la chercher. Il reste à la livrer au client ou à une autre usine MAN quelque part en France ou dans le Monde.
Écrire, lire et écouter le travail, avec la Compagnie « Pourquoi se lever le matin! » et le Centre de Cuture Populaire
Il se passe à Saint-Nazaire ce pour quoi nous avons créé la Compagnie « Pourquoi se lever le matin! » : donner la parole au travail, par sa mise en récit, et partager ces textes. Au départ, écrire quelques récits, avec un fin connaisseur du territoire. Puis, rencontrer des adhérents du Centre de Culture Populaire, autour des textes. Ensuite, cela s’enchaîne comme une boule de neige. Des lecture publiques dans des bars, à la bibliothèque ou à la librairie, avec les adhérents d’une section syndicale, à la fête du 1er mai.. De nouveaux volontaires se présentent pour raconter leur travail, pour collecter des récits… Nous vous le racontons dans cet article. À Saint-Nazaire, d’autres lectures sont programmées, un livre est en préparation, l’aventure se poursuit. Et pourquoi pas ailleurs, dans un autre territoire, dans une profession, dans une entreprise ?
Parole recueillie et transcrite par des élèves du Lycée expérimental et mise en récit par Pierre M. dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Lorsque j’étais gamin, j’étais fasciné par l’atelier où mon père exerçait son métier d’horloger. Il manipulait là des quantités de petits outillages, il connaissait l’emplacement des minuscules tours, plaçait les axes et remontait les rouages qui, comme par magie, donnaient naissance aux « mouvements » du mécanisme. Comme Obélix dans le chaudron de potion, je suis tombé dans l’horlogerie quand j’étais petit. J’ai voulu en faire mon métier. Quand, à l’école, on nous demandait de mimer un métier, j’imitais l’horloger. Mon destin était peut-être de faire ce métier-là.
Parole recueillie et transcrite par des élèves du Lycée expérimental et mise en récit par Pierre M
Le client qui entre dans mon atelier de tatoueuse a déjà une idée de ce qu’il veut que je grave sur sa peau… Mon rôle est de recevoir cette personne – plus souvent une femme qu’un homme – comme quelqu’un qu’il faut d’abord écouter. Est-ce que l’étoile, le phénix, le lotus qu’il ou elle me demande de tatouer correspondent bien à sa morphologie, à sa personnalité, à son besoin ? Souvent, je me rends compte alors qu’il s’agira d’un tatouage réparateur : recouvrir une cicatrice, une trace de brûlure, mais aussi soigner une blessure morale, un mal-être psychologique. Moi qui ai fait des études de psycho et qui rêvais de devenir éducatrice ou travailleuse sociale, je me retrouve dans mon élément.
Parole recueillie et mise en récit par Pierre R, dans le cadre du projet “Travail et Territoire“, conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint Nazaire.
Je me suis installé comme artisan pâtissier en 2005 à Guérande. Mon atelier se trouve à Pénestin depuis 2013, entre estuaire de la Vilaine et Océan, entre Morbihan et Loire-Atlantique. Je vends ma production sur place dans mon atelier et en différents lieux à Saint-Nazaire et alentours.
Jérémy, opérateur extérieur sur un site industriel
Parole recueillie par Pierre et mise en récit par Vincent, dans le cadre du projet “Travail et Territoire“ conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint Nazaire.
La raffinerie de Donges – Photo Pymouss
Quand je sors de la rocade avant le pont, au niveau des docks, je vois la Loire, le terminal méthanier, les usines, les torchères. Là, j’y suis, j’arrive dans l’environnement que je connais. L’estuaire, le bassin nazairien, c’est là que j’ai grandi. Voir l’eau me fait penser au surf, je suis dans mon élément. De loin, j’observe les flammes des torchères, ça veut dire que la raffinerie tourne, c’est plutôt bon signe.
Dominique, intervenant en alphabétisation auprès des migrants
Parole mise en récit avec l’aide de Pierre dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Repas partagé du 1er avril 2025
Il est 9h20 le mardi ou le jeudi, dans la grande salle de la maison de quartier de la Chesnaie-Trébale. Avec l’un de mes trois collègues, nous installons les tables et les chaises pour accueillir les migrants qui viennent participer à des cours d’alphabétisation. Notre objectif est de faire découvrir la langue française à ces personnes venues d’ailleurs et de les aider à s’exprimer et à écrire dans notre langue si difficile à assimiler quand on est primo-migrants. La langue est le sésame sans lequel il leur sera difficile de s’intégrer dans notre société. Mon collègue Dominique et moi-même – dénommé pareillement Dominique – formons un duo jovial de retraités bénévoles qui s’attellent à cette tâche avec bienveillance et bonne humeur.
Kévin, opérateur chez un sous-traitant dans l’industrie du bassin nazairien
Parole recueillie et mise en récit par Marilaure, dans le cadre du projet “Travail et Territoire“ conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint Nazaire.
Le complexe indutrialo- portuaire de Saint-Nazaire – Montoir – Donges
La journée de travail commence quand le team leader me donne une opération à faire en binôme. On ouvre alors la tablette qui contient des directives écrites et des dessins techniques. Ce sont des « gammes » qu’on doit respecter de manière précise, étape par étape. J’ai donc devant moi une grosse pièce à laquelle je vais assembler d’autres pièces en effectuant des serrages plus ou moins forts sur les vis et les boulons.
Au centre de bien-être de cette station de vacances il fallait enchaîner les séances de massage en limitant les moments d’écoute ; juste installer la personne, prendre les infos sur les éventuelles contre-indications et passer très vite au massage. C’était une question de rentabilité. Comme je suis non-voyante, je ne pouvais pas assurer les accueils ni me servir de l’ordinateur. En échange, au lieu de six massages par jour, j’en devais huit ou neuf…