Un médecin entre La Baule et St Nazaire: « Je ne suis pas là pour juger »

Gwénaelle, médecin urgentiste, SOS médecin

Parole mise en texte avec Pierre, Mai 2022

Quand, à huit heures du matin, j’arrive dans la salle de permanence nazairienne de « SOS médecins », je commence, autour des croissants du petit-déjeuner, par échanger avec mes collègues sur les appels auxquels l’équipe de nuit a répondu : madame unetelle qui nous a encore fait venir pour rien à Trignac ; cette jeune mère toxicomane isolée dans la campagne, et les interrogations que pose l’éventualité d’un signalement à la DDAS. Et on évoque les cas qui nous attendent dans d’autres lieux, dans d’autres contextes. L’antenne locale de notre association de permanence de soins intervient en effet sur un territoire fortement contrasté. Au nord et à l’est, les villes ouvrières de Saint-Nazaire et de Trignac, les marais de la Grande Brière du côté de Montoir et de Saint-Malo de Guersac ; à l’ouest les stations balnéaires de Pornichet, La Baule, le Pouliguen et l’arrière-pays de bocage autour de Guérande et de Saint-André des Eaux. 

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Pas d’ambulance, pas de chaîne des soins

Samy, conducteur ambulancier au SMUR de Bordeaux. Parole du 7 avril 2022, mise en texte par Christine

Photo Jech

« Ambulancier », ça n’existe pas dans le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière. Officiellement, je suis « conducteur ambulancier » au SMUR, le Service Médical d’Urgence et de Réanimation. Cela signifie que je ne suis pas supposé être au contact du malade. Comme si je pouvais manutentionner un patient sans être à son contact, alors que je le porte pour le mettre sur son brancard et que je le transfère sur son lit en arrivant !

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Aujourd’hui, l’hôpital public ne meurt pas, il est assassiné à petit feu.

David, aide soignant dans un centre hospitalier du Sud Est

Parole du 17 janvier 2022, mise en texte avec François

J’exerce depuis douze ans mes activités d’aide-soignant au sein du service des urgences d’un Centre hospitalier dans le sud-est. Auparavant, et durant cinq ans, j’ai été aide-soignant à domicile. Voilà donc dix- sept ans que je travaille à l’hôpital public dont huit ans de nuit. Ce n’est pas mon premier emploi. J’ai une formation de topographe mais ce métier, pour diverses raisons, ne m’a pas plu. Je voulais exercer une activité qui soit utile aux autres. Aussi, j’ai décidé de me reconvertir en passant un concours.

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Pour l’administration tout est marqué dans les ordinateurs, pour les soignants des urgences la relève est indispensable

Yann, aide-soignant aux urgences d’un hôpital du sud-est

Parole du 26 janvier 2022, mise en texte avec Christine

Un patient qui arrive aux urgences a forcément mal quelque part, ou peur. Tant qu’il est en stress par rapport à sa douleur ou à son angoisse, il aura du mal à répondre à mes questions. Des informations importantes pour sa santé ne lui reviendront que lorsqu’il sera apaisé. Alors j’essaye de le calmer, le rassurer, lui dire qu’il est pris en charge, en attendant que les médicaments antidouleur fassent leur effet. Le moment où je le déshabille est important aussi pour sa prise charge médicale. Si la personne peut le faire elle-même, je lui dis d’enlever les vêtements du haut, que je vais fermer le box et que l’on viendra après pour les examens. Sinon, je vais la déshabiller, si besoin avec l’aide d’un collègue. Là, j’observe.

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L’enfant qui nous arrive

Sandrine, pédopsychiatre de secteur

Parole de juillet 2020, recueillie par Julien, mise en texte par Christine et Pierre, relue et revue par Sandrine en décembre 2021

Photo Philippe Bizouarn

Pour inaugurer un suivi au CMP, il faut que les parents appellent. Ce qui se joue ainsi en amont de la consultation, qui va se dire par téléphone à ce moment-là, est très important. Ça commence avec l’acuité de la secrétaire qui va sentir si ça se complexifie ou pas dès ce contact, et ouvrir les modalités d’accueil. Vaut-il mieux que le consultant soit médecin ou psychologue ? Est-ce mieux de recevoir l’enfant seul ? Avec ses parents ? Ses parents seuls ? Ces questions viennent pointer le « comment » on rencontre la problématique de l’enfant. Ensuite, on va recevoir l’enfant six, sept ou huit fois, pour se faire une idée clinique du tableau initial. On essaie de cibler ce qui sera le plus parlant. Faut-il plutôt favoriser ce qui se passe dans le dialogue singulier de cet enfant à ses parents ? L’enfant aurait-t-il besoin de parler à distance de ses parents, en privilégiant un espace de parole en individuel de type psychothérapique ?

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« La crise du COVID n’était qu’un symptôme des maux de notre société »

Margot, Médecin anesthésiste-réanimatrice

Parole du 28 septembre 2021, mise en texte avec François

Quand j’ai eu à choisir mon orientation après mes études secondaires, j’avais le ferme désir de m’engager dans un métier qui aurait du sens, qui serait tourné vers les autres, avec une vision un peu stéréotypée. J’hésitais entre médecin et avocat. Cependant, après réflexion, à cet âge-là, je ne me voyais guère défendre des justiciables accusés de crimes odieux. En optant pour des études médicales, j’entrevoyais plutôt une spécialisation privilégiant une approche globale du soin de la personne. La psychiatrie répondait a priori à ce vœu mais j’ai été déçue, voire choquée, par les pratiques dont j’ai été témoin lors de ma formation. Quant à choisir la spécialisation « Médecine générale », je n’étais pas à l’aise avec l’apprentissage que j’en avais eu dans notre approche occidentale très technicienne, trop superficielle à mon goût, s’intéressant à l’aigu et à l’organe, peu à a personne.

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J’adore travailler en binôme, c’est la garantie de soins de qualité pour nos petits patients.

Michel, aide-soignant en pédiatrie

Parole du 2 juin 2021, mise en texte avec François

Le CHU Robert Debré

Après mon service militaire en 1992, je suis rentré à l’APHP en qualité d’agent hospitalier à l’hôpital Robert Debré. À l’époque, les hôpitaux recrutaient massivement. Titularisé au bout de six mois, j’ai travaillé dans pas mal de services. J’ai été brancardier puis vaguemestre puis affecté dans des labos. A l’époque, les horaires de travail étaient clairement affichés et cela me permettait de pratiquer le rugby et d’enseigner la boxe dans un club. Mais, assez vite je me suis décidé à passer à autre chose.

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Un dimanche “ordinaire” aux urgences

Mélanie, infirmière aux urgences

Parole du 31 mai 2021, mise en texte avec Christine

« 93 entrées en 12 heures, une toutes les 8 minutes »

Ici, nous tournons sur les quatre postes : l’accueil avec le tri, les soins, les urgences vitales et le SMUR. Hier c’était dimanche, et j’étais affectée aux soins. Quand je suis arrivée à 7 heures, il restait seize patients de la nuit, dont cinq devaient sortir dans la matinée. J’ai commencé à faire le tour, repérer les patients visuellement, prendre leurs constantes, parler avec ceux qui ne dormaient pas … quand le premier camion pompier est arrivé. Il était 7h55 et ensuite ça n’a jamais désempli : 93 entrées en douze heures, une toutes les huit minutes ! Les pompiers et les ambulances arrivaient par flots de deux, trois, quatre, et même cinq équipages. Sans compter les personnes venues par leurs propres moyens – les piétons – qui attendait d’être vues par l’infirmier de tri.

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L’hôpital coule, coule doucement

Charlie, Secrétaire médicale dans un hôpital pour enfants

Parole du 28 mai 2021, mise en texte par François

Être secrétaire médicale dans un hôpital intégralement dédié aux enfants implique d’accueillir non seulement nos petits patients mais aussi leurs parents. Bien souvent ceux-ci sont angoissés et il faut donc d’abord se montrer calme et rassurante. 

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La santé a un coût mais pas de prix !

Fabrice, chef de service au CHU de La Timone

Parole du 7 mai 2021, mise en texte avec Olivier

Être utile au quotidien et travailler en équipe !

Je considère que l’hôpital public a pris une autre direction que celle qu’il avait quand je m’y suis engagé, celle d’un système de santé qui se voudrait rentable alors que par définition il ne peut l’être. Cela m’inquiète, bien qu’étant dans un secteur privilégié par rapport à d’autres secteurs hospitaliers car en réanimation le nombre d’infirmières est normé. Mais cela est un inconvénient puisque lorsque l’on manque de personnel, on ferme des lits, et on réduit l’offre de soins comme c’est le cas actuellement. Plusieurs fois par semaine nous annulons et reportons des interventions comme aujourd’hui. Cela crée des tensions avec les chirurgiens, avec les familles et rend les conditions de travail très difficiles.

Je suis à la tête d’un département d’anesthésie/réanimation pédiatrique, une grosse structure assez rare en France.

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Le combat pédagogique sur les valeurs est aussi important que les actions au coup par coup

Hélène – Comité de Défense de l’hôpital de Concarneau, membre du bureau de la Coordination Nationale 

Parole du 9 juin 2021 mise en texte avec Roxane. 

Depuis 2 ans je fais partie de la Commission des usagers de l’hôpital Quimper Concarneau. C’est une des instances considérées par le ministère de la Santé comme organisant la démocratie sanitaire en France.  La Commission des usagers travaille sur les réclamations courrier ou téléphoniques déposées à l’hôpital par les patients ou leur famille. Des réunions de conciliation peuvent être proposées entre le patient ou sa famille, un membre de la Direction, le médecin conciliateur et un représentant de l’usager.  Par exemple, une famille s’est plainte du manque d’empathie du service d’accueil en face du patient et de la famille en visite. Après étude des dossiers de l’année précédente, nous proposons des axes d’amélioration pour faire en sorte que les choses s’améliorent.

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L’enjeu d’aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les fermetures de lits, c’est celui du droit à la santé

Rosine, militante au comité pour la défense de l’hôpital de Vire et à la coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité

Parole du mardi 4 mai 2021, mise en texte avec Christine

J’en ai assez de la visioconférence. Même si je dois partir de chez moi à 6 heures et rentrer à 22 heures 30, je préfère largement aller à Paris, trois fois par an, pour les réunions du conseil d’administration et du bureau de la coordination. Ces réunions, ces échanges directs, me manquent. 

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« Aller là où l’on a besoin de nous ! »

Julie, Infirmière – Service des urgences pédiatriques, APHP

Parole recueillie le 7 mai 2021, mise en texte par François

Je suis infirmière aux Urgences pédiatriques depuis quatre ans. C’est mon premier poste. Nous avons encore la chance de pouvoir choisir notre affectation. Très tôt, durant ma formation, j’ai su que j’avais envie de travailler dans ce type de service, j’ai senti que cela pourrait me plaire, d’être auprès de petits et de leurs familles. Les parents ne viennent pas aux urgences par plaisir. Certains affirment que beaucoup de familles ne devraient pas y venir, qu’ils sont là “pour rien”. Moi, je ne suis pas d’accord avec cela, même s’il est vrai que certaines personnes en abusent. Nous accueillons surtout des parents perdus, angoissés, avec une réelle inquiétude, fondée ou non c’est un autre débat, et nous devons prendre en compte cette inquiétude.

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Il y a un moment où l’on se dit que la coupe est pleine

Anne-Claire, ex-infirmière aux urgences de Bicêtre

Parole de juin 2021, mise en texte avec Pierre

Le 18 novembre 2019, sous les objectifs des journalistes, les officiels débarquaient aux urgences de l’hôpital Bicêtre. Il y avait là le directeur de l’ARS Ile-de-France, celui de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris et quelques autres personnalités venues assister à la signature du premier « Contrat zéro brancard ». Tous se sont chaleureusement congratulés autour du champagne et des petits fours, se réjouissant d’inaugurer le premier dispositif destiné à désengorger les urgences et éviter que les patients y passent jusqu’à 70 heures dans les couloirs. Ce que ces responsables ont oublié, c’est que le projet qu’ils venaient inaugurer en grande pompe avait été pensé et écrit par les infirmiers et aides-soignants depuis 2015, qu’il avait été validé par les médecins en 2016 et que, depuis cette date, il était resté bloqué à l’ARS. Il avait fallu la grève des urgences de 2019 pour voir les décideurs sortir le projet de l’oubli en espérant calmer le mécontentement des soignants qui refusaient de tolérer que des patients meurent oubliés sur des brancards. 

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Il suffit d’un grain de sable et le planning déraille

Emma, secrétaire hospitalière

Parole du 7 mai 2021, recueillie et écrite avec Roxane

En tant que secrétaire hospitalière, j’organise les prises en charge des hospitalisations pour des examens pédiatriques. Pour le plus grand nombre des enfants, je travaille dans le cadre de leur première consultation avec les médecins du service. Nous nous déplaçons aussi dans les autres services pour effectuer des enregistrements du sommeil, chez des tout-petits qui sont déjà hospitalisés. Ceci implique une gestion du planning très rigoureuse.

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La santé communautaire : un artisanat de terrain qui a fait ses preuves

Anne, sociologue

Parole d’avril 2021, collectée par Martine et mise en texte par Christine

La santé communautaire s’est expérimentée dans un contexte de « catastrophes sanitaires et sociales » pour les usagers de drogues. Ce sont les termes du diagnostic posé par le rapport Henrion en 1994, rapport officiel à l’origine de la réduction des risques pour les usagers de drogues. La menace du sida était redoublée par une exclusion des soins qui avait des conséquences meurtrières.

Je me souviens d’une affichette aux urgences de l’hôpital St Antoine qui annonçait : « les toxicomanes ne sont pas acceptés ici ». C’était dans les années 80, années où l’héroïne s’est diffusée de plus en plus largement. A cette époque, les toxicomanes étaient à priori exclus des services hospitaliers, ils étaient orientés vers des services spécialisés qui ne connaissaient qu’une réponse : la désintoxication. On n’imaginait pas pouvoir soigner les personnes tant qu’elles n’étaient pas désintoxiquées. Faute d’un premier diagnostic, une septicémie pouvait passer inaperçue, comme je l’ai constaté en 1990 lors de la mort d’une jeune femme à la porte de l’hôpital.

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Les usagers ont du mal à obtenir les informations de gestion

Yves, militant au Comité pour la défense de l’hôpital de Douarnenez

Parole du 6 mai 2021, mise en texte avec Christine

Je n’hésite pas à foncer quand il le faut. Par exemple, au début de la bagarre pour sauver le service de chirurgie, nous avions appris qu’il se tenait une réunion avec un responsable de l’ARS, l’Agence Régionale de Santé, et le directeur de l’hôpital de Douarnenez. Je suis arrivé devant la porte, je l’ai ouverte, et tout le monde est entré derrière moi. Nous étions une trentaine. Nous avons retenu le responsable de l’ARS pendant quelques heures. Je crois qu’il ne l’a pas trop mal pris, et que d’une certaine façon il a compris.

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“ Ma spécialité, c’est vraiment de prendre en charge à la fois l’enfant et sa famille”

Estelle, infirmière puéricultrice aux Urgences dans un hôpital de l’Est

Parole du 5 mai mise en texte avec Jacques

Il y a quelques mois j’étais dans la lutte face à ma direction pour évoquer les problèmes récurrents dans le service : problèmes de lits, problèmes de confort pour les patients, problèmes d’architecture non prévue pour prendre en charge certains patients. Depuis une semaine je suis un peu résignée au travail. Je vais faire ma journée et pas forcément prendre soin de moi. Je vais enchaîner mes soins, faire au mieux pour avoir l’impression de ne pas être une machine de guerre, c’est-à-dire passer d’un patient à l’autre.  En ce moment, j’en ai ras le bol. Je pense que je commence à être un peu fatiguée.

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“On sait qu’à l’ hôpital la famille participe à 50 % à la thérapie. Le patient est l’acteur principal, il y a autour de lui les acteurs du soin et … sa famille. “

Candice, aide-soignante en réanimation médicale.

Parole du 3 mai 2021, mise en texte avec Roxane.

Quand j’arrive à l’hôpital, dans le secteur réanimation, il est 7 h, je me suis levée à 5. Quand le conteneur à poubelles, à l’entrée du service, est plein à craquer, je me dis que les collègues ont charbonné toute la nuit. Dans les couloirs, il y a une odeur de caca, de pipi, mélangée à celles de la crème, du fer – parce que l’odeur du fer rappelle celle du sang –  de café chaud, de produits pharmaceutiques. Tout ça se confond à tous les parfums que chacun a sur soi en arrivant le matin pour travailler. 

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« Construire, en équipe et avec chaque patient en situation de précarité, le parcours de soins le plus adapté et durable »

Thibaud, médecin généraliste au sein d’une PASS – Permanence d’Accès aux Soins de Santé – à Marseille

Parole de mai 2021, discutée avec l’équipe de la PASS, mise en texte par François

Pour cinquante pourcent de mon temps, je suis médecin généraliste au sein de la Permanence d’Accès aux Soins de Santé « Adultes » de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Très prochainement, j’assurerai l’autre partie de mon temps de travail en qualité de médecin urgentiste au Centre Hospitalier du Pays d’Aix.

Les PASS sont des dispositifs créés par la loi du 29 juillet 1998 de lutte contre l’exclusion, qui vise à garantir sur l’ensemble du territoire national l’accès pour tous aux « droits fondamentaux, dans les domaines de l’emploi, du logement, de la justice, de l’éducation, de la formation et de la culture, de la protection de la famille et de l’enfance, et de la protection de la santé« . Les missions des PASS sont énoncées dans le Code de Santé Publique, et présentées par une circulaire de la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) de 2013 … 15 ans après la loi.

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« L’urgence c’est de vivre » : un livre dont le sommaire dit, bien mieux qu’un discours, qui sont les acteurs engagés dans la chaîne des soins en oncologie

Voir les métiers exercés par les personnes qui prennent la parole dans le livre

Table des matières

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Soigner dans les quartiers Nord de Marseille

Anne, rhumatologue, ancienne coordinatrice d’un espace santé des quartiers Nord de Marseille

Parole d’avril 2021, mise en texte avec Pierre

Cette femme d’une soixantaine d’années, accompagnée de son mari, de sa fille et de son petit-fils de dix ans, était arrivée à notre Espace santé des quartiers Nord de Marseille avec un gros ulcère à la jambe. Le service vasculaire de l’hôpital Nord nous l’avait adressée, sachant que notre infirmière avait la formation requise pour faire les pansements complexes dont cette femme avait besoin. Elle venait d’Europe de l’Est, son mari Turc avait imposé le voile à sa fille de trente ans et, la famille vivant plus ou moins dans la rue, sans papiers, le petit-fils n’était pas scolarisé. Personne ne parlait le français.

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« Les urgences n’étaient pas moins urgentes, elles étaient même plus aiguës »

Sébastien, psychologue clinicien hospitalier de psychiatrie publique de secteur en milieu carcéral

Parole de mars 2021, mise en texte avec Christine

Il n’est jamais évident de témoigner d’une clinique institutionnelle de manière « individuelle », cela engage toujours une certaine subjectivité. Il s’agit ainsi d’avoir la préoccupation de la lier à l’expérience du collectif soignant.

Quand j’arrive au travail, après l’entrée dans la prison, je dois d’abord déposer dans un casier tout ce qui y est interdit, comme le téléphone ou les appareils numériques. Au portique de sécurité, tout ce qui sonne comme métaux doit passer au scan. Ensuite je dois franchir un sas, une autre porte, puis une autre, puis la cour d’honneur, avant d’entrer dans le lieu de détention où ne circulent que les professionnels et les personnes détenues. Après plusieurs portes, plusieurs sonnettes, plusieurs contrôles, j’arrive dans l’infirmerie, l’unité de soins.

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L’autonomie rencontrée grâce au Covid (6/6)

Jean-Luc, Chef de pôle au CHU de La Timone suite de : « Une bagarre où l’on se heurte à de vrais professionnels – Parole de Jean-Luc » (5/6)

Parole du 30 janvier, mise en texte avec Olivier

Le Covid, c’est comme un exode

A chaque vague on déprogramme les patients non urgents au point de vue chirurgical. On va parfois jusqu’à diminuer notre capacitaire de 70%, dans toute la Timone et dans tous les hôpitaux, pour ne faire que des urgences, pour faire rentrer les malades du Covid. 
Entre les vagues on opère en saturant les programmes opératoires parce qu’on a peur qu’après on ne puisse plus faire que les urgences vitales. C’est notre seul moyen d’éviter les pertes de chance. Il y a un problème sanitaire assez compliqué. Sur le plan épidémiologique il est logique de confiner tout le monde, après sur le plan économique et psychologique, confiner est violent. Chaque jour, les décisions sont difficiles à prendre. Je n’aimerais être à la place des gouvernants.

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Une bagarre où l’on se heurte à de vrais professionnels (5/6)

Jean-Luc, Chef de pôle au CHU de La Timone,
suite de : Les pouvoirs centralisés étouffent les collectifs de santé – (4/6)

Parole du 30 janvier, mise en texte avec Olivier

Le Collectif Inter-Hôpitaux, un mouvement national

Il y a eu un mouvement de médecins, un mouvement national qui s’appelle le Collectif Inter-Hôpitaux. Il y a des médecins, des paramédicaux, des sages-femmes, des manipulateurs radio, des usagers. Tous les personnels soignants et non soignants de l’hôpital se sont réunis dans un collectif pour revendiquer trois axes principaux :

  • arrêter la fermeture de lits,
  • rendre l’attractivité des carrières correcte pour les médecins, et pour les paramédicaux, 
  • modifier la gouvernance pour que les médecins et les paramédicaux y participent.
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