Les narrateurs racontent comment ils font face, dans leur travail, à une situation d’actualité comme la crise sanitaire ou le travail à distance. Ou comment, par leur travail, ils contribuent à un enjeu de notre société, comme soigner le cancer. Ces textes sont publiés aussi dans la catégorie « histoires de travail », dans la rubrique correspondant à l’activité du narrateur
Didier, vigie à la capitainerie du port de Saint-Nazaire
Parole recueillie et mise en récit par Pierre R., dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Vue générale du port de Saint-Nazaire. Au fond, à droite, le terminal méthanier de Montoir. Photo Pouick44
J’étais en poste à la capitainerie lorsque nous avons été avertis qu’un navire qui avait subi une importante avarie voulait quitter le port sans avoir effectué les réparations indispensables. Nous avons signalé ce problème au Centre de Sécurité des Navires (CSN) qui a imposé à ce navire de faire ces réparations avant de reprendre la mer.
Parole recueillie et mise en récit par Marilaure dans le cadre du projet “travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
L’estuaire de la Loire
Une fois que les passagers sont montés à bord, mon travail, c’est de les accueillir et de communiquer à la capitainerie le nombre de personnes qu’on a scrupuleusement comptées. Puis je retire ce qu’on appelle la coupée, c’est-à-dire la passerelle qui leur a permis d’embarquer sans faire d’acrobatie. Ensuite je largue les amarres et, en sautant du quai sur le pont, je remonte à bord du bateau avant qu’il ne s’éloigne. Une fois que c’est fait, je vérifie à nouveau que tout est en ordre, que les gens sont correctement installés, qu’il n’y a pas de question sur la croisière que le guide d’excursion vient de présenter. Nous sommes quatre à bord, un capitaine, un chef mécano et deux matelots. Éventuellement, on va faire des petits travaux de maintenance pendant la croisière. C’est ce qu’on appelle du matelotage. Ça consiste à préparer des aussières. Ce sont les câbles qui nous permettent de nous amarrer, des grosses cordes – mais on ne dit jamais « corde » sur un bateau – il faut les préparer, parfois les changer etc. Et puis vérifier que les gens ne sont pas malades.
Serge, retraité de la SNCF, ancien agent-circulation à la gare de Saint-Nazaire
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
Dans les postes d’aiguillage – je veux parler des grands postes surélevés qu’il y avait encore dans les gares il y a 30 ans – la situation normale, c’était: « tant de leviers renversés, tous les autres debout ». C’était la position de départ. Un coup d’œil: « C’est bien le cas?… Ça va. » Et puis, en fonction des trains qui arrivaient, et suivant la voie vers laquelle ils allaient, on avait notre petite gymnastique. Depuis le bureau, on regardait les leviers. « Hop, toc, toc, c’est bon… » Il y avait là une quarantaine de leviers alignés dans une grande pièce vitrée qui surplombait les voies. Ça ressemblait à tout ce que les gens ont pu voir dans les films et qui est resté dans leur imaginaire.
Parole d’Étienne, pilote de Loire, recueillie et mise en récit par Pierre, dans le cadre du projet “Travail et territoire” conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
L’expérience de pilotage qui m’a le plus marqué concerne un des plus petits navires qu’on ait à prendre en charge. Ce jour-là, il y avait une très grosse marée et le vent était annoncé à 35 nœuds1 Ce qui est fort mais pas exceptionnel. Tout se passait bien. Chacun était concentré sur sa manœuvre. Et moi, j’arrive au port de Montoir avec ma coque de noix, au milieu des autres navires en manœuvre. Soudain, le vent se met à fraîchir très fort, à monter à 45 nœuds2. Or, le bateau était très venteux : sa structure hors de l’eau avait une prise au vent importante. À chaque rafale, il se mettait à lofer3, ce qui rendait l’accostage compliqué. – On prend un remorqueur, me dit le commandant. – Oui, commandant, j’aimerais bien, mais il n’y en a aucun de disponible !
9 récits de leur travail par des élèves de CAP, stagiaires en EHPAD
Un élève lit son récit lors de la fête du lycée
À l’automne 2025, les élèves de première année du CAP Agent Accompagnant au Grand Âge se sont essayé·es à l’interview réciproque et à la retranscription, sur le chemin de la mise en récit. Au fil de l’année, des rencontres, des stages, des aller-retours dans l’écriture, les textes ont pris forme, jusqu’à être partagés lors de la fête de fin d’année du lycée. Raconter son histoire, son parcours de formation, une anecdote au cours d’un stage. Aller vers le travail. Dire « je ». Dire la place qu’on a prise, dire celle qu’on nous a donnée et celle qu’on voudrait. Questionner l’autre sur ses difficultés, ses galères. Sur ce qui marche, aussi. Raconter, c’est concret. C’est entrer dans une matière-mémoire, riche de sens et de sensations. Raconter, c’est faire exister et se projeter. Aujourd’hui, nous vous donnons à lire ces neufs récits, des paroles sensibles qui vont à rebours des lieux communs sur « les jeunes et le travail ».
Laurent, électromécanicien au service de l’éclairage public et syndicaliste
Parole recueillie par Pierre et mise en récit par Christine dans le cadre du projet Travail & Territoire conduit avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Je suis rentré à la ville comme électricien, mais mon truc c’est l’électromécanique. Un jour, mon chef, Bruno, vient me voir et me dit : « Je sais que tu soudes ». Je lui réponds qu’il peut me donner des choses à souder, à l’arc ou à la baguette. Alors il m’a donné une première bricole à faire, puis d’autres, comme des équerres pour fixer les appareils sur les murs quand ils ont refait l’éclairage des alvéoles de la base sous-marine. De fil en aiguille j’ai refait les serrures des portes métalliques qui étaient restées à l’abandon ; quand les gonds sont cassés, on ne peut plus les ouvrir. Il y a bien des serruriers à Saint-Nazaire, mais c’est très cher.
Parole recueillie par Pierre M. et Claude, et mise en récit par Pierre M dans le cadre du projet « travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Quand je faisais de la charpente, dans le bâtiment, j’exécutais des ouvrages selon des plans dont les tracés étaient, la plupart du temps, rectilignes. Il y avait très peu de courbes, les angles étaient sains. Quand je me trouvais par exemple à la jonction de deux pans de toits qui se rejoignaient, je réalisais ce qu’on appelle une noue[1] dont l’angle était constant, même s’il était un peu ouvert. Rien de tel dans la charpenterie de marine. Quel que soit l’endroit du bateau sur lequel vous intervenez, il y a toujours une évolution de courbes, d’angles et de volumes. La forme d’un bateau change au fur et à mesure que vous évoluez le long du bordage[2]. Si l’on prend l’exemple des membrures[3], rattachées à la quille, et qui ressemblent à une cage thoracique, il faut bien imaginer qu’on ne peut pas dessiner à plat ces pièces parfois larges de 2,5 cm.
Adrien, chef pâtissier et formateur dans un restaurant d’application.
Parole recueillie et mise en récit par Marilaure dans le cadre du projet « Travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Quand Michel, du restaurant « l’Envolée de la chrysalide », m’a demandé : « Est-ce que tu peux donner un cours de macarons à Thibaut, notre chef traiteur, qui a une commande et qui ne sait pas trop comment faire ? », j’y suis allé, ce qui m’a permis de rencontrer les membres de l’équipe et de sympathiser avec eux. L’« Envolée… » est un restaurant d’application qui dépend d’une association créée il y a une quinzaine d’années pour l’inclusion des personnes en situation de handicap, et qui avait ouvert l’école “La chrysalide”, située Boulevard Victor Hugo. On a eu un bon feeling. C’est comme ça que j’ai créé des liens avec cet établissement jusqu’à ce que Patricia me contacte, me présente le projet de l’Académie – une structure de formation que « L’envolée de la Chrysalide » a ouverte il y a six mois – et me demande si je voulais faire partie de cette aventure. On y délivrera deux diplômes afin que certains des jeunes salariés en situation de handicap puissent être formés et reconnus grâce à leur diplôme. Je suis donc devenu formateur à la nouvelle Académie de l’Envolée. Mais je ne fais pas que cela car, pour l’instant, nous n’avons que six élèves le lundi et le mardi : un en « pro commis de cuisine », et cinq en « pro employés polyvalents de restauration ».
Charles, cuisinier, pâtissier, biscuitier, aide traiteur, et serveur
« Je n’ai pas mis longtemps à maîtriser les techniques de pâtisserie »
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M dans le cadre du projet « travail et territoire » mené par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
À « L’envolée de la Chrysalide », j’accueille les gens puis, quand ils s’attablent, je vais commander les amuse-bouche en cuisine, en énonçant le numéro de la table et le nombre de couverts. Puis, quand je sers les amuse-bouche, je dis : « Nous vous laissons le temps de consulter la carte des boissons et des plats et je reviens vers vous dans peu de temps ». Un peu plus tard, je prends les commandes en les notant sur des « bons », c’est-à-dire sur des fiches comportant, pour que ce soit plus facile, un code couleurs et un descriptif de chaque plat, sachant qu’il y a quatre à cinq plats au choix à la saison et deux entrées et deux desserts au choix pour chaque personne. Je coche des cercles correspondant aux demandes. Généralement, tout se passe bien, je réponds à l’attente des clients de manière simple et spontanée. Il peut même m’arriver de les tutoyer parce que, comme mes équipiers en situation de handicap, je peux avoir un comportement un peu familier. Cela ne veut pas dire que nous ne les respectons pas. Nous savons garder les distances qu’il faut. Quand un tutoiement m’échappe, cela ne surprend pas les gens. De toute façon, ils savent bien, en entrant dans ce restaurant, qu’une partie du personnel est comme elle est…
Yannick, chargé d’affaire « Locaux Publics » aux Chantiers de l’Atlantique
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
Paquebot en voie de finition dans un bassin des Chantiers de l’Atlantique
Quand j’arrive au boulot le matin, je dis bonjour à tout le monde. Dès ma première mission, il y a trente ans, j’ai tout de suite compris que c’était important. Sur les plateaux, il fallait serrer les mains. Aujourd’hui, avec le Covid, on ne serre plus les mains mais on continue à se saluer en arrivant. Et si vous êtes manager, comme je le suis aujourd’hui, c’est d’autant plus important de le faire. C’est le premier signe de respect.
Au-delà de la seule forme de politesse, on peut aussi voir dans ce rituel un marqueur de solidarité : ici, on est tous, au sens propre comme au figuré « sur le même navire ». Et cette solidarité, on va en avoir grandement besoin, car, vu les contraintes énormes en termes de budget, de coordination d’une multitude de métiers et de planning, personne, en effet, ne peut faire défaut. On a besoin clairement les uns des autres, c’est ensemble qu’on y arrivera. Il n’y a pas d’autre choix et c’est, en cela, une valeur forte des Chantiers.
Parole recueillie, traduite et mise en récit par Martine
La récolte des oranges
Au début nous étions trois. Au bout de deux ans, nous étions quinze. Et maintenant cinquante agriculteurs sont associés à la coopérative Las Torcas à Órgiva, une petite ville dans la région d’Alpujarra[1], vers Grenade, ont signé un contrat avec nous. Avec nos dix salariés, nous planifions la production : les agriculteurs ont besoin que nous leur donnions des gages de sécurité. Quand la coopérative ne peut pas commercialiser la totalité de leur production – ça arrive parfois – ils cherchent d’autres entreprises pour vendre ce qu’ils ont en trop. Las Torcas les rémunère 30 à 45 jours après qu’ils nous ont apporté leurs fruits.
Un beau facing, c’est quand le produit est bien droit au bout du rayon pour que le client puisse l’attraper plus facilement, et qu’il ne se dise pas qu’il n’y a plus de produits alors qu’en fait si, il y en avait encore au fond. Je fais ce que l’on appelle du PGC (produit de grande consommation) dans une grande surface, c’est-à-dire de la mise en rayon. Mais sur ma fiche de paie, je suis caissière, le travail pour lequel, au départ, j’ai été embauchée. Maintenant j’ai un contrat de polyvalente, c’est-à-dire que je fais du PGC et que, parfois, selon les besoins, je suis caissière.
« Ces tables roulantes changent de hauteur en fonction du poids des poduits«
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M., dans le cadre du projet “Travail et Territoire“ conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint Nazaire.
Photo Anne Landais
Quand j’ai débarqué ici, il y a quinze ans, je ne savais pas à quoi ressemblait un marais salant. Je venais de Savoie où je m’étais liée d’amitié avec des copains d’Assérac qui faisaient du ski en hiver : « Pourquoi tu ne ferais pas les saisons par chez nous, en été ? » C’est comme ça que je suis arrivée ici. Les copains avaient des connaissances parmi les paludiers. « Tu peux faire le sel… » J’ai contacté plusieurs personnes. Finalement, Aude m’a appelée et m’a proposé de travailler sur sa saline parce que, la saison ayant commencé plus tôt que les autres années, elle avait besoin de quelqu’un pour ramasser la fleur de sel1. Donc, en 2010, j’ai commencé à travailler pour Aude.
Avec le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Lundi 9 février 2026, le CCP était à la cantine de TotalEnergie avec son CSE. Les premiers travailleurs et travailleuses passent devant le stand éphémère du CCP, prennent leur plateau-repas et leurs couverts. Certains jettent un regard, d’autres ne le remarquent pas, mais tous entendent : « Bonjour, vous connaissez le CCP?» Les réponses fusent : « Oui, non, c’est quoi ? ». Lire la suite ici, sur le site du CCP.
Le recueil de textes et photographies des récits de travail
Éditions Planche Contact – 10€
En mars 2022 la compagnie Pourquoi se lever le matin ! publiait une série de récits réalisés dans la région de Saint-Nazaire sur le thème Travail & Territoire. Depuis 2024, le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire, avec le projet Auteurs associés en Pays de la Loire s’est associé à cette démarche en recueillant des récits de travail et en les partageant au cours de nombreuses lectures publiques. Quelques-uns de ces récits s’échappent des sites où ils sont publiés pour arriver entre vos mains sous la forme d’un recueil de textes et photographies.
Récits du Centre de Culture populaire de Saint-Nazaire et de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! Sous la direction de Pierre Madiot. Photographies de Anne Landais, Pierre Madiot, Michel Iordanov et Enoch.
Parole recueillie et mise en récit par Pierre R., dans le cadre du projet « Travail et territoire » conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire
Fernand, dans « Tchou-Tchou »
Être clown… Je pense à mon enfance dans la ferme de mes parents à Jéricho, en Vendée. Je voyais l’arrière de la gare de Fontenay-le-Comte où les locomotives à vapeur venaient faire leur plein d’eau. Et je les regardais avec émerveillement. C’est ce qui m’a vraiment donné l’idée, l’envie de jouer quelque chose. D’où le nom de mon premier spectacle, « Tchoutchou ». Être clown c’est comme si on voyait tout pour la première fois, un état d’éveil, d’étonnement, de merveilleux. On invente des tas de choses à partir de là et on apprend à faire avec. Et ça remonte à notre enfance.
Pierre T., employé chez un constructeur de moteurs diesel
Parole recueillie et mise en récit par Pierre M. dans le cadre du projet « Travail et territoire conduit par le Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire.
Autour des bassins du port de Saint-Nazaire, on peut voir d’énormes colis emmaillotés dans des bâches, en attente d’un embarquement. Ce sont des moteurs diesel de plus de 300 tonnes chacun, assemblés dans le bâtiment « essais-assemblage » de l’usine MAN[1] où je travaille. Mon bureau est situé au-dessus de l’atelier de production et à proximité du silo contenant nos pièces de rechange – le « trésor »-. Dès qu’on a besoin d’une pièce, on rentre une référence, on appuie sur un bouton et un chariot va automatiquement la chercher. Il reste à la livrer au client ou à une autre usine MAN quelque part en France ou dans le Monde.
Vincent – enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication
Parole recueillie et mise en récit par Christine
« L’IA est là, les étudiants ne l’ont pas choisi, moi non plus »
“Est-ce que cet article te dit quelque chose ?” : j’étais interpellé ainsi en septembre dernier par les collègues d’un Master où j’avais donné un cours sur la communication et les organisations. Une étudiante me citait dans son mémoire de fin de Master, en m’attribuant un article… que je n’avais jamais écrit. À y regarder de plus près, les quatre-vingts pages de son mémoire avaient été produites en grande partie par une IA générative ! Elle avait pourtant signé sur l’honneur que c’était un travail personnel.
Une conférence de Laurence Devillers, à l’invitation de l’UODC
Invitée le 17 février par l’Université Ouverte Des Compétences, Laurence Devillers, Professeure en IA et éthique à Sorbonne Université et chercheuse au CNRS s’est proposé d’identifier les voies de passage entre promesses enchantées et risques de domination de l’Homme par les machines. Nous proposerons prochainement une note de lecture de son tout récent ouvrage : « L’IA ange ou démon ? – Le nouveau monde de l’invisible » publié par les éditions du Cerf.
Je fais des boîtiers pour un client, une entreprise qui fabrique du matériel électrique. Un grand carton arrive dans l’atelier. Je prends un boîtier en plastique et je mets trois vis, trois liens, cinq wagos (connecteurs) et un boîtier de dérivation étanche dans un sachet, après je colle une étiquette dessus. Ensuite il faut poser le sachet comme il faut puis baisser une partie de la soudeuse pour souder le sachet. Et quand c’est fini, on met le sachet dans un carton. Je ne travaille pas très vite. Les monitrices me disent que je peux travailler doucement, c’est un travail minutieux. Je travaille assis mais pour souder, je suis debout. C’est le travail que j’aime faire mais j’aime bien aussi les autres travails. J’ai 39 ans, je suis trisomique 21, c’est comme ça. Ça va, pour moi !
Christofer, professeur des écoles – maître formateur
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
Le robot Thymio (photo C.Guers)
Dans ma classe de cours élémentaire, l’une de mes élèves ne trouvait pas sa place à l’école. Elle se montrait particulièrement anxieuse, inquiète d’être constamment en échec. Chaque prise de parole semblait lui coûter, chaque exercice écrit devenait une épreuve anticipée. Un jour, pour réaliser un défi qui portait sur la production d’écrit, je lui ai proposé d’utiliser un petit instrument équipé de circuits intégrés et de leds — un « micro:bit » — avec lequel on peut afficher des messages, des images, etc.
L’objectif initial était simple : produire une phrase courte respectant la structure sujet-verbe-complément. Oubliant momentanément le but de la séance, cette élève s’est alors totalement concentrée sur la programmation d’un micro:bit. Ce qui, sur le papier, n’était qu’un détour technique est devenu pour elle un véritable levier cognitif. Et, à force de manipulations, elle a réussi à faire apparaître un sujet puis un verbe et un complément.
Parole recueillie par Dominique et Jacques, mise en récit par François
Dans les locaux de la Mairie
A deux ans, sans que je sache comment je me suis retrouvé sur une voie de chemin de fer dans mon pays le Burkina Faso. Le train n’a pu freiner et j’ai perdu mes deux membres du côté gauche et les trois quart de ceux du côté droit. Je n’en ai aucun souvenir, aussi je considère que je suis une personne handicapée de naissance. Malgré ce lourd handicap, mes parents ont décidé que je devais avoir une vie normale. A douze ans, j’ai rejoint l’école puis le lycée à la capitale et après l’université à Ouagadougou.
Durant douze années, j’ai exercé des fonctions de secrétariat en tant que secrétaire médicale salariée au sein d’un cabinet de cardiologie en ville. J’y assurais l’accueil physique des patients, la retranscription des dictées vocales, la gestion des appels téléphoniques ainsi que de nombreuses autres tâches administratives, sans que mon handicap, alors non diagnostiqué, ne constitue une difficulté majeure dans l’exercice de mes missions.
Il y a deux ans et demi, quand j’ai lu les copies que mes élèves de seconde m’ont rendues sur « La guerre de Troyes n’aura pas lieu », de Jean Giraudoux, j’ai eu la surprise de constater que certaines parlaient du personnage d’Achille, héros légendaire qui joue un rôle clef au cours des combats relatés par Homère. Je n’ai pas compris d’où ils sortaient ça puisque ce personnage ne figure pas dans la pièce de Giraudoux, dont l’action se déroule avant le déclenchement de la guerre.