Les monitrices me disent que je peux travailler doucement

Arnaud, ouvrier dans un ESAT

Dans l’ESAT d’Arnaud

Je fais des boîtiers pour un client, une entreprise qui fabrique du matériel électrique. Un grand carton arrive dans l’atelier. Je prends un boîtier en plastique et je mets trois vis, trois liens, cinq wagos (connecteurs) et un boîtier de dérivation étanche dans un sachet, après je colle une étiquette dessus. Ensuite il faut poser le sachet comme il faut puis baisser une partie de la soudeuse pour souder le sachet. Et quand c’est fini, on met le sachet dans un carton. Je ne travaille pas très vite. Les monitrices me disent que je peux travailler doucement, c’est un travail minutieux. Je travaille assis mais pour souder, je suis debout.  C’est le travail que j’aime faire mais j’aime bien aussi les autres travails.  
J’ai 39 ans, je suis trisomique 21, c’est comme ça. Ça va, pour moi !

J’ai été scolarisé en maternelle. De 0 à 6 ans je suis aussi allé dans un CAMSP[1]. Puis, à l’école primaire, en CLIS[2], où j’ai appris à lire et écrire.  Puis je suis allé dans une autre CLIS en 1997. À 12 ans, je suis entré dans un IME. Je suis ensuite allé dans deux SEGPA [3] différentes. Avant d’être embauché, en 2015, j’ai fait un stage en mécanique dans cet ESAT où je travaille maintenant. Je suis retourné à l’IME jusqu’à l’âge de 20 ans.
C’est à 20 ans, je suis entré ici. Ça fait donc dix ans que je travaille ici. L’ESAT est géré par une association.

Dans mon atelier qui s’appelle « atelier spécifique », on est treize, tous avec un handicap mental, il n’y a pas d’autre personne trisomique, à part moi, et personne n’est en fauteuil roulant. On ne fait pas tous le même travail. On est quatre, avec moi, qui travaillons en sous-traitance pour cette entreprise. Un collègue prépare les commandes, un autre pèse les vis.

Avant d’être embauché dans cet atelier, j’ai d’abord fait un stage à l’atelier de mécanique. Je faisais des pièces en métal pour les voitures sans permis. J’utilisais une machine, la presse, pour les plier puis je faisais un trou et après je les mettais dans un gros bac en acier. C’est moi qui ai demandé à changer d’atelier au moniteur, je n’aimais pas parce que ça faisait trop de bruit.

Maintenant, à part la mise en sachet des boîtiers et du cartonnage, on fait aussi le montage de grilles de ventilation pour la climatisation et le chauffage pour l’entreprise d’électricité. Il faut mettre vingt-deux ailettes dans les cadres pour fixer les grilles.

Je travaille de temps en temps pour une marque de petit électroménager. Je fabrique des dessus de poignées de fers à repasser. Je mets, comme il faut, le talon, le génotype étalon, les fils bleu, jaune et marron et le crayon blanc et je vérifie s’ils sont bien mis. Nous faisons environ 800 pièces de fer à repasser par jour.

Le travail que je préfère, c’est faire les boîtiers de dérivation étanche, c’est intéressant. Je les assemble à l’ESAT mais, après, ils contiendront des fils électriques. Même si je fais plus de pièces, je gagne toujours le même salaire (689€ par mois), je ne touche pas de prime à la fin du mois. Sur ma fiche de paie il est écrit « Ouvrier en ESAT ». Je suis fier de moi quand je reçois mon salaire.

Je me lève très tôt pour prendre le bus de ville à 7 h 15 car je commence à 8 h 30. Quand j’arrive, je vais au vestiaires, je mets mes chaussures de sécurité et le tee-shirt de l’ESAT.
On a dix minutes de pause le matin et dix minutes l’après-midi. J’en profite pour boire de l’eau, manger un peu.  On s’arrête à 12 h 30, je mange au self. On reprend à 13 h 30. Puis à la fin de la journée, à 16 h 10, je me change. J’enlève le tee-shirt du travail. Mes chaussures de sécurité, je les laisse dans mon casier, au vestiaire. Quand le tee-shirt est sale, je l’emmène et je le lave.
Je reprends le bus à 16 h 30 et j’arrive chez moi vers 17 h. J’habite seul un petit appartement, que mes parents m’ont trouvé, à cinq minutes à pied de la piscine. C’est bien, parce que je vais régulièrement nager avec l’association Handivienne. J’aime faire du sport. Avant la période du covid, avec l’ESAT, on faisait du sport le matin. On faisait de la marche, des sports collectifs et du ping-pong, le lundi matin. On allait aussi à côté du parcours de santé pour jouer au foot. Maintenant, c’est fini.

Mon poste de travail est devant une fenêtre d’où je vois des arbres, de la pelouse.  Dans l’atelier où je travaille, les murs sont blancs, c’est calme, il n’y a pas d’odeur particulière. Quand il fait trop chaud, comme aujourd’hui, on met le rafraîchisseur en route. Il y a treize postes de travail et pour chaque poste une table et une chaise.
J’aime bien les deux monitrices qui travaillent avec nous, elles sont bien sympas. Il y a aussi un chef d’atelier. On a des réunions tous les vendredis avec les collègues et une des monitrices. On parle du fonctionnement de l’atelier.
Les clients de l’ESAT viennent parfois nous voir dans l’atelier. Ils ne nous parlent pas, seulement aux monitrices. Parfois ils disent qu’il y a des défauts, mais, d’autres fois que notre travail est bien fait.


[1] Centre d’Action Médico-Sociale Précoce
[2] Classe pour l’Inclusion Scolaire
[3] Section d’Enseignement Général et Professionnel


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