Parole recueillie et mise en récit par Martine
Un beau facing, c’est quand le produit est bien droit au bout du rayon pour que le client puisse l’attraper plus facilement, et qu’il ne se dise pas qu’il n’y a plus de produits alors qu’en fait si, il y en avait encore au fond. Je fais ce que l’on appelle du PGC (produit de grande consommation) dans une grande surface, c’est-à-dire de la mise en rayon. Mais sur ma fiche de paie, je suis caissière, le travail pour lequel, au départ, j’ai été embauchée. Maintenant j’ai un contrat de polyvalente, c’est-à-dire que je fais du PGC et que, parfois, selon les besoins, je suis caissière.

Les cartons arrivent sur des palettes dans la réserve, ils sont plastifiés pour protéger les produits qui sont dedans. Tous les produits frais sont livrés la nuit, les livreurs ont un code, ils les posent dans les frigos. Par contre, on reçoit le sec en pleine journée.
Une collègue “dépote”, c’est-à-dire qu’elle enlève le plastique puis elle pose la livraison sur les tables roulantes en fonction du rayon où les produits vont être rangés, ces tables changent de hauteur en fonction du poids des produits. J’emmène la table jusqu’au rayon puis je mets les produits sur les étagères. S’il n’y a pas assez de place, je les mets sur une palette de repasse, une étagère assez grande qui roule, rangée au bout du rayon. Quand j’ai fini, je la ramène à la réserve.
À 9 heures, une personne appelle au micro toute l’équipe de PGC, les managers et les sous-managers dans la réserve pour faire un débriefing juste avant la pause. Les managers circulent dans le magasin, et pendant le débriefing ils nous disent si notre travail est bien fait, ou pas, si on a été assez rapides ; parfois ils nous ré-expliquent des choses. ils nous annoncent le chiffre d’affaires de la veille. Ils nous informent également des avis des clients, sans les détailler. Les Parisiens sont beaucoup plus stricts dans le rangement du magasin et donnent beaucoup plus d’avis négatifs sur le site, c’est comme ça qu’on sait qu’ils sont là.
Après la pause, je finis ce que j’ai commencé dans le rayon comme rajouter des produits. Dans la réserve, c’est un peu le bazar. Quand il reste des tables de livraison qu’on n’a pas encore faites, on doit aller dans un rayon qui n’est pas le nôtre. Mais, moi, la plupart du temps, c’est toujours les mêmes, je ne change pas. Au rayon frais, je travaille aux fromages, fromages blancs et au rayon traiteur. Et pour les rayons secs, ce sont les gâteaux et le bio. Mais s’il n’y a pas de livraison, je fais autre chose, du facing ou remettre les produits en place.
Au rayon sec, il y a sept étagères pour chaque gondole. Quand il faut que je mette le produit tout en bas, je m’assois par terre. Je n’ai pas envie d’avoir mal au dos, ni de de me blesser. Mais si c’est en haut, c’est compliqué, je mesure 1m53, je ne peux pas attraper les choses qui sont à deux mètres. On a des petits escabeaux qui roulent, ils sont pratiques mais c’est pénible, il faut aller les chercher, monter, redescendre. En plus, l’escabeau n’est pas très large et les caisses sont assez grandes, donc pour descendre c’est dangereux. Et quand il n’y a pas de tabouret libre, je ne peux rien mettre en rayon.
D’abord je regarde les dates du produit déjà en rayon et celle du produit qui est sur la table. Si c’est la même date, je ne fais pas de rotation, mais si la date du produit que je dois mettre en rayon est plus lointaine, j’enlève tous les produits et puis je mets les nouveaux derrière. Quand les dates sont dépassées, je jette. C’est vrai que ça prend du temps de surveiller les dates.
Quand je n’ai pas pu tout mettre en rayon, je range les produits dans des caisses que je pose sur une palette de repasse. C’est une collègue qui l’emmène à la réserve. Le tas de ces caisses empilées est très haut, et lourd. Je suis petite, du coup je suis obligée de m’étirer, ça peut me faire mal au dos. Donc on a déjà fait remonter ça pendant un débrief. Les collègues m’ont placée à côté d’une repasse et ils ont dit aux managers : “Regardez, Sophie n’est pas très grande. Ne mettez pas les caisses trop haut !”. Au rayon frais, c’est moins haut et il y a des petites barres sur lesquelles on peut monter. Les produits qui sont en trop, on les pose sur des roulants. Quand j’ai besoin de compléter les rayons, je vais dans la réserve chercher les gâteaux avec un transpalette manuel.
Je ne m’occupe pas de l’affichage des prix, c’est plutôt les managers qui le font, mais si les labels (affichage électronique des prix), ne fonctionnent plus, je peux les changer. Je scanne le code-barre du produit avec un truc qui ressemble à un téléphone dans lequel il y a une application, et après je scanne le code-barre du label. Le prix ne change pas tout de suite. Il faut ensuite vérifier que ça a marché. Au rayon frais, quand il y a un nouveau produit avec une « offre découverte », on appelle une collègue qui change le code barre. Elle ne fait que ce travail-là.
Je commence très tôt, physiquement, c’est dur, et, jusqu’à l’ouverture, je ne suis pas dérangée. Il faut avancer vite parce qu’on a pas mal de tables à faire. Les clients arrivent à 8h30, je me rends alors compte que suis là depuis 5 h. Mais j’aime bien aussi quand ils sont là parce qu’ils posent des questions, même si j’avance moins vite quand ils sont nombreux. On ne peut pas se permettre de leur dire « Poussez-vous, c’est moi d’abord ».
Quand un client me pose des questions sur un rayon et que je sais qu’il ne va pas trouver si je lui explique, je l’accompagne. Mais, si les clients ne me disent pas “bonjour” et ne répondent pas à mon salut, ce n’est pas supportable. Je suis polie, moi, mes parents m’ont appris à dire bonjour aux gens. Sinon, s’ils ne répondent pas, je le répète une deuxième fois. Les clients, eux, aiment qu’on leur dise bonjour, donc j’aimerais qu’ils fassent pareil avec nous, les employés. J’aime encore moins quand les clients me demandent quelque chose, ne me disent pas bonjour, et qu’en plus ils sont au téléphone.
L’été, on est vraiment débordés, même si des saisonniers viennent nous aider. La réserve est remplie à ras bord. À La Baule il y a pas mal de maisons secondaires qui appartiennent à des Parisiens et à des Nantais. Il y a aussi des étrangers, je ne parle que le français. J’essaie de satisfaire le client, de trouver une solution. Je comprends un petit peu l’anglais et je suis très observatrice, je me débrouille avec des gestes ou un mot.
C’est quand je suis caissière, que je suis le plus en contact avec les clients
Quand j’arrive, je mets mon caisson dans la caisse, je rentre mon identifiant et mon code sur l’écran. S’il y a des clients, je m’en occupe. S’il n’y en a pas, de temps en temps, mes collègues qui sont à l’accueil me disent d’aller faire un peu de facing dans les rayons. On sait qu’on peut compter sur moi pour aller aider ceux qui sont en PGC, je ne supporte pas de rester sans rien faire. Et je n’aime pas non plus quand il y a trop de clients parce que je n’en vois pas la fin. En sens inverse, quand mes collègues à l’accueil voient qu’il y a trop de monde, elles appellent celles qui sont en train de faire du facing ou de la mise en rayon.
Toutes les caissières ont un caisson avec leur nom et prénom. Je pars toujours avec quand j’ai fini et je vais le ranger dans un tiroir dont j’ai la clé. Dedans, il y a des espèces, les managers font confiance aux caissières mais il y a quand même des contrôles à la fin de chaque mois. Même si, depuis octobre, je ne fais que de la mise en rayon, je peux donc, à tout moment revenir travailler comme caissière. Par exemple, quand il a neigé, il n’y avait pas beaucoup de caissières, on m’a demandé de sortir mon caisson.
Quand je suis en caisse, ce que je n’aime pas trop, ce sont les clients qui s’énervent contre moi alors que leur ticket de réduction est périmé, ou que mes collègues ont oublié d’enlever l’affiche de réduction. Depuis que je suis en PGC, pour faciliter la tâche de la collègue, j’enlève les réductions périmées.
Quand un client est insupportable, je lui parle gentiment, je ne vais pas lui crier dessus. Je lui dis : “Oui, je comprends votre situation, j’appelle ma responsable et vous allez voir avec elle”, parce que sinon, ça n’avance pas derrière. Il y a les habitués, plutôt des clientes, elles choisissent ma caisse et me disent : “Bonjour, vous allez bien ?” avec un grand sourire. Moi, ça me fait plaisir, je discute un peu avec elles. Je suis sociable, souriante, les habitués aiment bien.
Même si j’ai des difficultés à lire, à cause de ma dyslexie, ça ne me pose pas de problème pour la mise en rayon parce que je ne lis pas ce qu’il y a sur le produit sauf pour certains labels. Je me suis déjà trompée, j’ai inversé fraise et framboise. En caisse, pour taper le code-barre, ça va. Et puis j’ai toujours le réflexe d’annoncer le prix au client, mais j’ai un problème. Je trouve que certains sons se ressemblent comme le début des mots 80 et 90 ou 60 et 70. C’est compliqué par exemple pour lire 7,90€, je dis 7,80€. Et du coup, je dis : “Ah, désolée, c’est pas ça”. J’ai réussi mon CAP avec des aménagements. Donc, pendant que le client cherche sa carte ou range ses produits, je regarde le prix et je me répète le montant pour ne pas faire d’erreur. Parce que les clients, surtout quand ils sont âgés, ne voient pas l’écran, il est assez loin, c’est écrit trop petit.
Le pire, c’est quand je dois faire les factures pour les entreprises. Il faut écrire le nom de l’entreprise et celui de la ville sur l’écran. Je leur demande de parler un peu moins vite, parce qu’avec la dyslexie, quand ils parlent trop vite, j’oublie ou je saute des lettres, il y en a que je ne sais plus écrire. B et D ou les sons “on” et “en”, pour moi, c’est pareil. Alors parfois je leur demande d’épeler. La plupart du temps, ils sont compréhensifs, mais je fais en sorte de ne pas montrer que j’ai des difficultés. Je leur demande de répéter ou je leur re-épèle ce qu’ils m’ont dit. Quand le client n’a pas sa carte de fidélité, il me dit son nom, alors je lui demande de l’orthographier. D’autres fois, je lui propose de me donner son numéro de téléphone, c’est plus simple, surtout que, sur l’écran, c’est plus facile pour le retrouver, puisqu’il n’y en a qu’un seul.
Je connais le magasin depuis longtemps, j’y fais mes courses depuis que je suis petite. Dans le cadre de mes études en vente, j’ai un CAPa SAPVER (CAP agricole Service Aux personnes et Vente en Espace Rural), j’avais postulé pour faire des stages dans cette grande surface où je travaille maintenant. Ma candidature avait été retenue, j’ai donc fait deux stages. Avec la tutrice de stage et nos profs, j’ai appris à mettre en rayon, à dire bonjour à un client, à faire un facing. C’était il y a trois ans. J’ai bientôt 21 ans.
Je fais de la mise en rayon depuis trois mois et demi. Au départ, j’ai postulé pour travailler ici comme caissière, j’ai commencé le 31 mars 2025. Les managers savaient que j’avais déjà fait de la mise en rayon en tant que stagiaire et aussi cet été. Depuis octobre, j’ai commencé à ne faire que de la mise en rayon. De base, c’était juste pour 15 jours. Cette proposition est venue parce qu’il manquait du personnel. Les caissières les plus anciennes ne veulent pas faire ce travail parce qu’il faut se lever à 4h du matin, elles trouvent que c’est plus trop de leur âge. Au bout de 15 jours, je leur ai demandé si je restais avec eux ou si je retournais en caisse, on m’a demandé de rester un mois de plus. Et au bout d’un mois, la directrice m’a appelée pour me demander si je voulais rester en PGC ou en caisse. Moi, j’aime bien les deux, donc elle m’a dit qu’elle me laissait jusqu’à la fin de l’année 2025. On est le 27 janvier 2026…
Sophie
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