Histoires de travail

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Un médecin entre La Baule et St Nazaire: « Je ne suis pas là pour juger »

Gwénaelle, médecin urgentiste, SOS médecin

Parole mise en texte avec Pierre, Mai 2022

Quand, à huit heures du matin, j’arrive dans la salle de permanence nazairienne de « SOS médecins », je commence, autour des croissants du petit-déjeuner, par échanger avec mes collègues sur les appels auxquels l’équipe de nuit a répondu : madame unetelle qui nous a encore fait venir pour rien à Trignac ; cette jeune mère toxicomane isolée dans la campagne, et les interrogations que pose l’éventualité d’un signalement à la DDAS. Et on évoque les cas qui nous attendent dans d’autres lieux, dans d’autres contextes. L’antenne locale de notre association de permanence de soins intervient en effet sur un territoire fortement contrasté. Au nord et à l’est, les villes ouvrières de Saint-Nazaire et de Trignac, les marais de la Grande Brière du côté de Montoir et de Saint-Malo de Guersac ; à l’ouest les stations balnéaires de Pornichet, La Baule, le Pouliguen et l’arrière-pays de bocage autour de Guérande et de Saint-André des Eaux. 

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Contre l’isolement : le « Café des Geeks »

Julie, chargée de recrutement – Parole du 4 mars, mise en texte par François

Entretien de recrutement

L’entreprise dans laquelle je travaille depuis un peu plus de quatre ans assure des services et du conseil en informatique. Elle rassemble un peu moins de deux cents personnes, essentiellement des ingénieurs et des administrateurs basés en région parisienne. Le cœur de mon emploi, c’est l’identification des besoins en personnel qu’expriment les différents services techniques et ceux à vocation transverse tels le marketing, la communication, le juridique…

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Ce que le « NPM » fait au travail des fonctionnaires et comment il s’y prend

« Un management public sous l’influence du privé » : c’est à écouter sur le site de France Inter, dans Entendez-vous l’éco ? Comment le New Public Management désorganise le travail des fonctionnaires, à l’hôpital et ailleurs. Avec un détour par le statut des fonctionnaires, comme garant de leur autonomie dans le travail et du service rendu. Des éclairages apportés à ce que les travailleurs de la santé expriment dans leurs récits de travail (ici sur notre site). A lire en complément, l’article de Julien Vernaudon publié par Le Vent Se Lève : Le poison de la novlangue managériale dans l’hôpital public ; de ce « langagement » destiné à enrôler les soignants dans ce nouveau management.

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L’éthique du soin à l’épreuve des politiques gestionnaires

Parue dans « the conversation », une contribution de Philippe Bizouarn, médecin anesthésiste- réanimateur au CHU de Nantes, dont le récit de travail « vu d’en haut, du moment qu’on opère les gens tout va bien » est paru sur le site de la Compagnie en février 2021

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De l’utilité de publier des récits de leur travail avec ceux qui le font : entretien avec Fabienne Orsi

En juillet 2020 paraissait l’appel pour la refondation du service public hospitalier. Il y était question de réfléchir à partir des expériences de travail vécues, notamment depuis le début de la crise sanitaire. La Compagnie Pourquoi se lever le matin ! a décidé de s’associer à cet appel et proposé d’y contribuer par le recueil de récits de ce travail. Les récits sont publiés dans notre dossier « refonder le service public hospitalier ». Le travail se poursuit depuis 18 mois. Quels retours aujourd’hui sur cette expérience ? Quelles suites, notamment avec l’enquête sociale en cours de préparation ? Nous en avons discuté avec Fabienne Orsi.

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Donner la parole au travail vivant

Donner la parole au travail vivant, c’est le sens de l’engagement de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! dans les ateliers pour la refondation du service public hospitalier.

Vidéo extraite du dossier « prendre soin ensemble » réalisé par Remix the commons, lors des rencontres de Marseille en juillet 2021

D’autres témoignages à découvrir en ligne : Antoine Lamer : Libérer le logiciel de l’hôpital, Aux 8 Pillards : accueillir ce qui nous soigne, Benjamin Coriat : Sortir l’hôpital de ses murs, Candice Lafarge : L’humain au coeur du travail en santé, Delphine Glachant : Prendre soin de la psychiatrie, Dominique Acker : Pour la coopération et l’investissement dans la santé, Fabienne Orsi : Refaire travail commun en santé, Frédérick Stambach : Faire face à la pénurie en santé, Hélène Froment : Soigner avec les habitants, Isabelle Simon : Faire face à la dégradation de la qualité des soins, Martin Pavelka : Résister pour soigner, Philippe Bizouarn : Témoignage, Sébastien Firpi : Repenser le soin et faire commun, Thomas Coutrot : La santé face à la logique financière, Yazid Attalah : l’hôpital on l’aime !

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Sans empathie, le commissaire enquêteur recueille du « brut »

Bernard, commissaire enquêteur

Parole du 16 mars 2022, mise en texte par François

Pour le grand public, un commissaire enquêteur serait un homme, plus rarement une femme, qui exerce ses fonctions dans un service de police. En réalité, il a pour mission d’entendre les riverains susceptibles d’être affectés par des projets d’implantation d’un ouvrage, par la révision d’un plan d’urbanisme… qui ont vocation à modifier leur territoire. Pour cela, il est amené à les rencontrer, souvent en mairie. Assez contre intuitivement, les confinements sanitaires n’ont pas massivement bouleversé mon travail au quotidien qui consiste pour l’essentiel à la rédaction de rapports. Ils ont par contre  modifié mes relations avec mes principaux interlocuteurs que sont les citoyens et les représentants d’associations  concernés par une enquête publique.

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« Les chantiers, c’est toute une vie. » Itinéraires d’un attineur 

Yvan, magasinier aux Chantiers de l’Atlantique

Parole mise en texte avec Pierre, mars 2022

Avant d’être affecté au magasin de petit outillage, j’ai passé plusieurs années au cœur du chantier naval puisque je faisais partie de l’équipe chargée d’implanter au sol les plots qui supportent la coque du navire au fur et à mesure qu’on le construit. Mon rôle était, au fond de la cale, de tracer la silhouette de la coque, de placer des blocs de béton sur lesquels j’ajustais au rabot et au laser les poutres en chêne qu’on appelle des « tins ». J’étais ce qu’on appelle un « attineur »…  

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Ma fatigue était liée au fait que seul un sens, la vision, était mobilisée.

Véronique, ingénieure pédagogique multimodale

Parole du 1er mars 2022, mise en texte par François

Après plusieurs années d’activité en qualité de responsable pédagogique dans un centre de formation pour adultes, j’ai eu le sentiment de ne plus réellement progresser. La bureaucratie qui régnait au sein du GRETA m’étouffait à petit feu. J’y avais perçu néanmoins l’intérêt de développer des actions en distanciel, en diversifiant les modalités de formation. J’ai donc pris la décision de m’engager dans un diplôme de niveau master II.

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« Le futur du travail » un essai du sociologue J. S. Carbonnel

Parution le 18 02 2022 aux Editions Amsterdam 192 pages – 12 €

Quelles conséquences des nouvelles technologies sur le travail, sur la quantité d’emplois mais aussi sur leur qualité ? Les machines ont-elles remplacé les ouvriers ou leurs emplois sont-ils partis ailleurs ? Les nouvelles technologies poussent-elles à la déqualification, ou est-ce le contraire ? Quelles conséquences sur l’intensification du travail, notamment dans les « usines à colis » de la logistique, secteur employant aujourd’hui beaucoup plus de salariés que l’automobile ? Les nouvelles technologies sont-elles seules responsables des évolutions du contrôle managérial et l’ubérisation des emplois ?

L’auteur de cet essai, le sociologue Juan Sebastian Carbonnel répondait à ces questions à partir de ses travaux de recherche. Il était l’invité du 13/14 de France Inter, ce 28 mars, 13 minutes d’interview à écouter sur le site de la radio.

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L’hôpital… vu d’en haut ou vu d’en bas ?

Des échos de la journée de rencontre du 28 février 2022

Le 28 février se tenait une journée de rencontre organisée autour de l’hôpital public, partant du clivage des univers de travail entre l’hôpital vu d’en haut… et l’hôpital vu d’en bas. Les échanges ont largement fait écho aux récits de travail engagés par la Compagnie avec les Ateliers pour la refondation du service public hospitalier. Que ce soit par leur contenu, voir notamment le récit « Vu d’en haut, du moment qu’on opère les gens, tout va bien« , ou par la diversité des acteurs impliqués dans ce projet. François participait à cette journée pour la Compagnie. Il nous la raconte.  

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« Pour une fois, tous les ouvriers des Chantiers avaient été conviés à la cérémonie du lancement du Queen Mary 2 »

Laurence, décoratrice aux Chantiers de l’Atlantique

Parole de janvier 2021, mise en texte avec Pierre

Depuis la voie express, je vois à l’horizon les pylônes du pont de Saint-Nazaire et le grand portique rouge des Chantiers de l’Atlantique. Ce sont les marques qui indiquent que je m’approche de mon lieu de travail. Entre les marais du Mès où j’habite et le site du bateau en construction, il y a quarante-cinq minutes de trajet. Arrivée aux abords de la gare SNCF, j’ai conscience d’entrer progressivement dans l’environnement du chantier naval. Je bute sur le port. Contourner le bassin de Penhoët dont une rangée de cafés ouvriers borde les eaux un peu glauques. S’engouffrer entre deux très longs bâtiments industriels aveugles dont la perspective semble se refermer comme un entonnoir. Ici se pressent les gens qui arrivent au boulot au même moment. Ça bouchonne. Visuellement, ce passage ressemble à un sas au-delà duquel j’entre dans une autre dimension. Pas d’erreur : j’y suis… Il faut encore se trouver une place de stationnement à proximité de la porte qui donne accès à la forme des navires en phase de finition, au bord de l’estuaire.

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Les liens entre travail et territoire : et si on les cherchait dans le récit du quotidien ?

La Compagnie Pourquoi se lever le matin engage la collecte de récits du travail ancré dans le territoire de Saint-Nazaire

On peut dire que chaque territoire est plus ou moins caractérisé par une activité dominante liée à un contexte géographique, socio-économique, culturel et historique singulier. Cela se voit dans le paysage, dans l’urbanisme, dans l’aménagement, dans la façon dont les activités coexistent et s’associent plus ou moins. Cela se voit  dans l’empreinte que ces activités laissent sur l’espace et sur les gens. Cela se voit dans la manière dont ces derniers en parlent, et, souvent, dont ils en tirent une certaine fierté.

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Les éoliennes à Saint-Nazaire, ville à la mer, ville ouvrière

Sylvie, Leader management documentation manufacturing

Parole de mars 2022, mise en texte avec Pierre

Au bout de la route… les mâts des éoliennes

Dès que General Electric a acquis Alstom, en 2014,  j’ai cherché l’opportunité de rejoindre le site de Montoir de Bretagne, proche de Saint Nazaire, spécialisé dans la fabrication d’éoliennes offshore. En septembre 2018 j’ai rejoint ce site en détachement dans un premier temps. Et en juin 2020, lorsque le projet du champ éolien offshore du « Banc de Guérande » a débuté, j’ai été mutée définitivement.

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Travail à distance : bricolages éphémères ou porteurs d’avenir ?

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de nos récits

Contribution de François Granier

Publiée avec TaF en mars 2022

Le mot « bricolage » est souvent connoté négativement. A l’expression « Mais c’est du bricolage ! » s’oppose : « Ça, c’est du travail de pro’ ! ». Pourtant, Emmanuel Mounier dans son « Traité du caractère » (1946) nous propose une approche plus positive. Pour lui, le bricolage : « … se révèle par l’aptitude aux jeux, la débrouillardise, l’aptitude à se tirer de difficultés complexes ou à tirer parti de moyens de fortune, l’aptitude à établir des plans, parfois le goût de fabriquer, de réaménager. »

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Droits des femmes : pour leur santé au travail, on est loin du compte

La baisse globale des accidents du travail masque une hausse significative de ceux dont une femme est victime

42 % : c’est le taux d’augmentation des accidents du travail pour les femmes entre 2001 et 2019. Quant aux maladies professionnelles : + 160%.

Des chiffres qu’il était bon de rappeler en ce 8 mars. Des explications dans cette enquête publiée par Disclose, et dans le témoignage recueillis par les journalistes auprès de Francine, auxiliaire de vie.

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Aujourd’hui, l’hôpital public ne meurt pas, il est assassiné à petit feu.

David, aide soignant dans un centre hospitalier du Sud Est

Parole du 17 janvier 2022, mise en texte avec François

J’exerce depuis douze ans mes activités d’aide-soignant au sein du service des urgences d’un Centre hospitalier dans le sud-est. Auparavant, et durant cinq ans, j’ai été aide-soignant à domicile. Voilà donc dix- sept ans que je travaille à l’hôpital public dont huit ans de nuit. Ce n’est pas mon premier emploi. J’ai une formation de topographe mais ce métier, pour diverses raisons, ne m’a pas plu. Je voulais exercer une activité qui soit utile aux autres. Aussi, j’ai décidé de me reconvertir en passant un concours.

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Pour l’administration tout est marqué dans les ordinateurs, pour les soignants des urgences la relève est indispensable

Yann, aide-soignant aux urgences d’un hôpital du sud-est

Parole du 26 janvier 2022, mise en texte avec Christine

Un patient qui arrive aux urgences a forcément mal quelque part, ou peur. Tant qu’il est en stress par rapport à sa douleur ou à son angoisse, il aura du mal à répondre à mes questions. Des informations importantes pour sa santé ne lui reviendront que lorsqu’il sera apaisé. Alors j’essaye de le calmer, le rassurer, lui dire qu’il est pris en charge, en attendant que les médicaments antidouleur fassent leur effet. Le moment où je le déshabille est important aussi pour sa prise charge médicale. Si la personne peut le faire elle-même, je lui dis d’enlever les vêtements du haut, que je vais fermer le box et que l’on viendra après pour les examens. Sinon, je vais la déshabiller, si besoin avec l’aide d’un collègue. Là, j’observe.

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A l’hôpital, les héros sont fatigués

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de nos récits

Contribution de Pierre Madiot

Publiée avec TaF en février 2022

Les applaudissements se sont tus. Les acclamations que les gens adressaient depuis leurs balcons, au printemps 2020, rendaient certes hommage à l’abnégation des soignants mais sans doute aussi au service public hospitalier. Depuis, le COVID a continué de galoper et le service public de l’hôpital, porté à bout de bras par ses médecins, infirmiers, aides-soignants, agents, secrétaires, a révélé, s’il en était besoin, la misère et la désorganisation dans laquelle l’a plongé la marchandisation des soins. Aujourd’hui, les héros sont fatigués : ils tombent eux aussi malades et beaucoup, épuisés, écœurés choisissent de quitter l’hôpital. Anne-Claire est de ceux-là. Elle était infirmière aux urgences à l’hôpital Bicêtre.

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Mon blanc de travail – Un cri du care

Un cri du care, livre de Margot Smirdec, médecin anesthésiste – réanimatrice

En septembre dernier, Margot nous avait déjà livré sa parole dans le récit qu’elle a fait, avec François, de son travail : « La crise du Covid n’était qu’un symptôme des mots de notre société« . Aujourd’hui, elle publie Mon blanc de travail – Un cri du care chez Librinova : « À travers son journal de bord, Margot nous invite à une réflexion sur notre société à la fois lucide, précise et sans détour, et aussi pleine de douceur et de poésie. Avocate d’une voie nouvelle : celle de la nuance, elle nous laisse entrevoir l’espoir d’un monde meilleur, où l’intelligence collective et l’ouverture aux autres auront toute leur place. Margot s’empare de sa voix de médecin anesthésiste-réanimatrice, au cœur de la crise Covid, pour nous livrer ici un véritable manifeste politique et philosophique, comme un éloge à la grâce de l’humain inscrite en chacun de nous.« 

Le livre est disponible en version numérique sur le site de l’éditeur,  au prix symbolique de 3,99 € … en attendant une version « papier ». En outre, l’éditeur propose sur son site l’accès gracieux à des extraits

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Ce que « l’externalisation » fait au travail

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de récits

WhatsApp

Contribution de Christine Depigny-Huet

Publiée par TAF en janvier 2022

Lu dans TaF n°7 : nettoyage sous-traité, salariées malmenées. Invisibilisées par leurs horaires, elles sont moins payées, moins protégées, et elles travaillent plus. On nous dit « qu’on n’a pas le choix ». La novlangue diffuse le dogme du « recentrage sur notre cœur de métier ». Les organisations sont chamboulées, le travail aussi. Tant pour les prestataires que pour les salariés du donneur d’ordre. La fonction publique n’est pas épargnée. Qu’est-ce que cela fait à leur travail ? Qu’en disent les narrateurs des récits publiés par la Compagnie ?

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Chercheuse engagée dans la Cité

Fabienne, chercheuse en économie

Parole du 30 novembre 2021, mise en texte avec Christine

Photo Philippe Bizouarn

 « A bas les brevets sur les gènes ! ». Là où des citoyens – dont je fais partie – manifestent contre la brevetabilité du vivant, mon travail de chercheuse en économie consiste à produire l’explication de ce qu’il a fallu pour en arriver là. Alors, je travaille sur le droit, les arrêts de jurisprudence, les politiques publiques, la dérégulation, les articulations avec la finance… Et j’examine les conséquences, par exemple sur le blocage de la recherche en génétique, ou sur l’accès aux innovations. C’est exactement ce que je fais en ce moment sur les vaccins contre le covid 19. Mes vingt-cinq ans d’expérience et le savoir que j’y ai acquis me permettent d’expliquer de manière approfondie les enjeux qui se nouent autour de la propriété intellectuelle sur les vaccins dans cette situation inédite de pandémie.

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Deux ans après : les séquelles de l’enseignement à distance

Sophie, enseignante en collège

Parole de janvier 2022, mise en texte avec Pierre. Post scriptum du texte « distance et proximité en classe virtuelle » publié en juillet 2020

Au début de cette année, la première fois que je suis allée récupérer le groupe d’une quinzaine de cinquièmes à qui j’enseigne la Langue et Culture Antique (LCA), j’ai vu arriver une bande d’élèves à l’état brut, qui ignoraient les codes du collège, qui sautaient partout. Il a fallu les calmer: «  On attend, on s’assoit, on sort ses affaires, on prend le temps ». Je les place en îlots et on commence par des petits jeux pour faire en sorte qu’ils interagissent. Puis je distribue un document en format A3 à chaque groupe et on répartit les rôles… Là, tout se complique à nouveau : « Pourquoi je n’ai pas une feuille pour moi ? » Puis au moment de la mise en commun : « C’est pas moi qui ai écrit ci… C’est pas moi qui ai dit ça… ». Ce ne sont pas des élèves particulièrement en difficulté mais ils ne s’écoutent pas, ne savent pas travailler ensemble. 

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Les assises citoyennes du soin psychique – 11 et 12 mars 2022

Quelques récits du travail dont il sera question lors de ces assises

Les Assises citoyennes du soin psychique proposent, en écho à un mouvement de mobilisation plus large face à la déshumanisation générale du soin, un espace de réflexion, création et formation dans l’échange libre sur les expériences et les savoirs. Elles invitent le citoyen – soignant, patient, parent, enseignant, éducateur, magistrat, chercheur, administratif,… à transmettre et relancer des pratiques de soins psychiques. Inscriptions ici

Les enjeux du soin psychique, ils – elles en parlent dans les récits de leur travail, élaborés avec la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! Notamment

Delphine, praticien hospitalier en psychiatrie : « si on ne se réunit plus on ne peut plus soigner »

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‘‘La crise sanitaire recentre l’expérience de travail ’’

Une interview de Florence Osty publiée par la Revue Cadres de la CFDT

En quoi la crise sanitaire révèle-t-elle l’utilité sociale du travail ? Qu’est-ce qui distingue les travailleurs de première ligne des télétravailleurs ? Comment reconnaître le travail réel dans cette période qui déstabilise les organisations ? En juin 2020, la sociologue du travail répondait à ces questions pour la revue Cadres et concluait ainsi : « … la crise sanitaire, en imposant l’incertitude à tous les niveaux, de la prospective économique aux gestes barrières quotidien, rappelle la nécessité d’être à l’écoute du travail réel et de permettre aux individus de se construire à partir de la reconnaissance de celui-ci« .

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L’hôpital ne souffre-t-il pas du travail confisqué ?

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de récits

Contribution d’Olivier Frachon

Publiée par TaF en décembre 2021

Les luttes des soignants ont débuté avant la crise sanitaire, leurs mobilisations importantes, multiples ont revêtu plusieurs formes. De la grève des urgences à celle du codage des actes, des mobilisations et manifestations aux démissions administratives de chef-fe-s de services, les personnels de santé se sont mobilisés à de nombreuses reprises pour obtenir des moyens pour l’hôpital public, pour la reconnaissance de leur travail, et pour en finir avec le nouveau management public et ses conséquences sur la santé publique.

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« Je n’arrivais pas à faire miens les intérêts de l’entreprise » : génération démission !

Une émission à écouter en replay sur France Culture

Jérémy était analyste financier dans une grande banque, Mathilde était responsable du « verdissement » de la flotte de véhicules du Programme Alimentaire Mondial de l’ONU, Romain était consultant en énergie. Ils ont moins de trente ans, ils racontent leur travail et leur démission. C’était le 7 décembre 2021 dans  » les pieds sur terre », l’émission qui donne la parole sans blabla. Et sans illusion non plus : c’est plus facile quand on était sur une trajectoire d’élite, bardé de diplômes prestigieux.

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La fabrication du récit : un moment où le narrateur prend la main sur son travail 

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de récits

Contribution de Christine Depigny-Huet

Publiée par TaF en novembre 2021

Elle me le déclare d’emblée, elle est très honorée mais surprise que l’on vienne l’interviewer pour le livre en préparation sur le travail des soignants dans sa clinique d’oncologie. Elle, agent de service hospitalier, ne fait que passer la serpillère et servir les plateaux repas. Mais elle veut bien m’expliquer comment elle procède. Comment elle entre dans la chambre du patient, toujours en frappant. Mais différemment selon la personne qu’elle sait trouver derrière la porte. Selon les cas, son « toc-toc » pourra être tonitruant ou discret. 

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Mettre en mot des histoires de travail

Publié en partenariat avec la plateforme Travailler au Futur : mettre le travail en débat à partir de nos récits

Contribution de Christine Depigny-Huet et Pierre Madiot

Publiée par TaF en octobre 2021

Un bâtiment hospitalier ne soigne pas par lui-même. Une salle de classe n’enseigne pas. Les salades ne poussent pas toutes seules. De même, un train n’avance, un produit ne se fabrique ni ne se vend, un colis ne se livre … qu’avec du travail humain, vivant. Pour apporter le point de vue du travail, exprimé par ceux qui le font, dans les débats qui agitent notre société : santé, alimentation, enseignement, transport, énergie … nous avons créé l’association  La Compagnie Pourquoi se lever le matin ! qui se propose de recueillir et de mettre en forme les récits que chacun peut faire de son propre travail.

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L’enfant qui nous arrive

Sandrine, pédopsychiatre de secteur

Parole de juillet 2020, recueillie par Julien, mise en texte par Christine et Pierre, relue et revue par Sandrine en décembre 2021

Photo Philippe Bizouarn

Pour inaugurer un suivi au CMP, il faut que les parents appellent. Ce qui se joue ainsi en amont de la consultation, qui va se dire par téléphone à ce moment-là, est très important. Ça commence avec l’acuité de la secrétaire qui va sentir si ça se complexifie ou pas dès ce contact, et ouvrir les modalités d’accueil. Vaut-il mieux que le consultant soit médecin ou psychologue ? Est-ce mieux de recevoir l’enfant seul ? Avec ses parents ? Ses parents seuls ? Ces questions viennent pointer le « comment » on rencontre la problématique de l’enfant. Ensuite, on va recevoir l’enfant six, sept ou huit fois, pour se faire une idée clinique du tableau initial. On essaie de cibler ce qui sera le plus parlant. Faut-il plutôt favoriser ce qui se passe dans le dialogue singulier de cet enfant à ses parents ? L’enfant aurait-t-il besoin de parler à distance de ses parents, en privilégiant un espace de parole en individuel de type psychothérapique ?

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Autant que du pouvoir d’achat, les salarié.es veulent du pouvoir d’agir sur leur travail

Une tribune de Thomas Coutrot parue sur le blog convivialiste du Club de Médiapart

C’est la grande démission ! Soignant.es, aides à domicile, employé.es des restaurants ou ouvrier.es du nettoyage et du bâtiment, et même enseignant.es, fuient en masse un travail insoutenable.

Le Grenelle de la santé, malgré une hausse tangible des salaires, n’a en rien enrayé l’exode qui menace d’effondrement l’hôpital public : en pleine pandémie, des milliers de lits ferment, faute non plus de crédits mais de personnel.

Les magistrat.es ne veulent plus d’une justice en lambeaux.

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« La crise du COVID n’était qu’un symptôme des maux de notre société »

Margot, Médecin anesthésiste-réanimatrice

Parole du 28 septembre 2021, mise en texte avec François

Quand j’ai eu à choisir mon orientation après mes études secondaires, j’avais le ferme désir de m’engager dans un métier qui aurait du sens, qui serait tourné vers les autres, avec une vision un peu stéréotypée. J’hésitais entre médecin et avocat. Cependant, après réflexion, à cet âge-là, je ne me voyais guère défendre des justiciables accusés de crimes odieux. En optant pour des études médicales, j’entrevoyais plutôt une spécialisation privilégiant une approche globale du soin de la personne. La psychiatrie répondait a priori à ce vœu mais j’ai été déçue, voire choquée, par les pratiques dont j’ai été témoin lors de ma formation. Quant à choisir la spécialisation « Médecine générale », je n’étais pas à l’aise avec l’apprentissage que j’en avais eu dans notre approche occidentale très technicienne, trop superficielle à mon goût, s’intéressant à l’aigu et à l’organe, peu à a personne.

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Télétravail : je t’aime moi non plus

L’enquête nationale 2021 de l’UGICT CGT sur le télétravail confirme les tendance de l’édition 2020 et apporte de nouveaux éclairage

La comparaison entre les résultats 2020 et 2021 démontre que le télétravail en mode dégradé du premier confinement reste la norme … le temps et la charge de travail ont augmenté pour près de la moitié des répondants … pourtant … le télétravail est plébiscité comme vecteur de temps libéré et d’autonomie au travail. Il s’accompagne d’une redéfinition des priorités et d’une quête de sens sur le contenu et la finalité du travail. La quasi-totalité des répondant.e.s (15 000) souhaite ainsi continuer à télétravailler mais pas à temps plein

Voir dans le dossier de presse du 6 septembre 2021 l’ensemble des résultats, notamment les conséquences sur la santé (alerte rouge !), sur le fonctionnement des collectifs, sur le travail des managers …

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« L’urgence c’est de vivre », notes de lecture d’Olivia Gross

Publiées dans la revue Éducation et socialisation – Les cahiers du CERFEE

Extrait :  » … Ce que nous apprennent ces entretiens, c’est que ces doutes ne semblent pas être partagés par ces professionnels. Le sens à leur travail, ils le trouvent évidemment dans les succès – et il y en a – mais aussi dans les petits riens du quotidien, dans le fait d’avoir facilité le parcours d’un malade, d’avoir pu l’aider un tant soit peu, de l’avoir déchargé des tracas, en particulier administratifs, ou d’avoir contribué à ce qu’un malade oublie pour quelques instants où il est (p. 66), retrouve des sensations oubliées (p. 96), oublie jusqu’à sa maladie (p. 96), ou au contraire l’accepte (p. 98). Finalement, changer l’état d’esprit des patients guide bien souvent le sens de l’action. Ils ont aussi tous rappelé à leur manière que « la médecine, c’est fait pour soigner, pas pour guérir à tout prix » (p. 149) … Mais une part importante de la satisfaction au travail est aussi étroitement liée au sentiment d’appartenance à une équipe … »

L’intégralité est disponible sur le site d’OpenEdition

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Un centre de santé pas comme les autres : film documentaire

La vie au « château en santé » à Marseille

En décembre 2020, la Compagnie Pourquoi se lever le matin publiait, dans le cadre de son travail avec les Ateliers pour la refondation du service public hospitalier, le récit de travail d’Élisa « Nous étions devenues des personnes en mission humanitaire dans un des pays les plus riches de la planète ».

Ce 12 octobre 2021 est mis en ligne, ici en replay, par France 3 PACA le documentaire réalisé par Olivier Bertrand au Château en Santé, avec Élisa et ses collègues. Il a choisi le temps long pour raconter la vie au Château, le quotidien avec les patients, les consultations, si différentes de celles des cabinets médicaux classiques, les échanges et les interrogations des soignants. « Au départ ils ne voulaient pas spécialement de ce film. Ils fuyaient la lumière, préféraient s’enraciner dans le quartier » écrit le réalisateur. « Et puis ils ont fini par accepter l’idée que ce projet de soin innovant, ce projet politique, mérite d’essaimer. Alors ils m’ont ouvert toutes les portes, du centre, de leurs réunions, des consultations lorsque les patient.e.s le souhaitaient. Cette confiance m’a permis de filmer en immersion, à leurs côtés, cette aventure et ces combats ». Ainsi se dessine une chronique joyeuse, politique, parfois aussi décourageante, dure, où chacun trouve sa place pour agir.

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J’adore travailler en binôme, c’est la garantie de soins de qualité pour nos petits patients.

Michel, aide-soignant en pédiatrie

Parole du 2 juin 2021, mise en texte avec François

Le CHU Robert Debré

Après mon service militaire en 1992, je suis rentré à l’APHP en qualité d’agent hospitalier à l’hôpital Robert Debré. À l’époque, les hôpitaux recrutaient massivement. Titularisé au bout de six mois, j’ai travaillé dans pas mal de services. J’ai été brancardier puis vaguemestre puis affecté dans des labos. A l’époque, les horaires de travail étaient clairement affichés et cela me permettait de pratiquer le rugby et d’enseigner la boxe dans un club. Mais, assez vite je me suis décidé à passer à autre chose.

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Attention danger télétravail ?

Une série de 4 podcasts, réalisés par Amandine Mathivet, à écouter sur la plateforme de TaF

le podcast d’Amandine Mathivet

Au fil de quatre podcast, Amandine Mathivet questionne successivement des inspecteurs du travail, des médecins du travail, des syndicalistes et des sociologues sur les effets d’un travail à distances imposé brutalement, et massivement, un an et demi après le début de la crise sanitaire. C’est ici, sur la plateforme de Travailler au Futur, le podcast « au turbin »

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L’hôpital coule, coule doucement

Charlie, Secrétaire médicale dans un hôpital pour enfants

Parole du 28 mai 2021, mise en texte par François

Être secrétaire médicale dans un hôpital intégralement dédié aux enfants implique d’accueillir non seulement nos petits patients mais aussi leurs parents. Bien souvent ceux-ci sont angoissés et il faut donc d’abord se montrer calme et rassurante. 

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La santé a un coût mais pas de prix !

Fabrice, chef de service au CHU de La Timone

Parole du 7 mai 2021, mise en texte avec Olivier

Être utile au quotidien et travailler en équipe !

Je considère que l’hôpital public a pris une autre direction que celle qu’il avait quand je m’y suis engagé, celle d’un système de santé qui se voudrait rentable alors que par définition il ne peut l’être. Cela m’inquiète, bien qu’étant dans un secteur privilégié par rapport à d’autres secteurs hospitaliers car en réanimation le nombre d’infirmières est normé. Mais cela est un inconvénient puisque lorsque l’on manque de personnel, on ferme des lits, et on réduit l’offre de soins comme c’est le cas actuellement. Plusieurs fois par semaine nous annulons et reportons des interventions comme aujourd’hui. Cela crée des tensions avec les chirurgiens, avec les familles et rend les conditions de travail très difficiles.

Je suis à la tête d’un département d’anesthésie/réanimation pédiatrique, une grosse structure assez rare en France.

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Le combat pédagogique sur les valeurs est aussi important que les actions au coup par coup

Hélène – Comité de Défense de l’hôpital de Concarneau, membre du bureau de la Coordination Nationale 

Parole du 9 juin 2021 mise en texte avec Roxane. 

Depuis 2 ans je fais partie de la Commission des usagers de l’hôpital Quimper Concarneau. C’est une des instances considérées par le ministère de la Santé comme organisant la démocratie sanitaire en France.  La Commission des usagers travaille sur les réclamations courrier ou téléphoniques déposées à l’hôpital par les patients ou leur famille. Des réunions de conciliation peuvent être proposées entre le patient ou sa famille, un membre de la Direction, le médecin conciliateur et un représentant de l’usager.  Par exemple, une famille s’est plainte du manque d’empathie du service d’accueil en face du patient et de la famille en visite. Après étude des dossiers de l’année précédente, nous proposons des axes d’amélioration pour faire en sorte que les choses s’améliorent.

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L’enjeu d’aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les fermetures de lits, c’est celui du droit à la santé

Rosine, militante au comité pour la défense de l’hôpital de Vire et à la coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité

Parole du mardi 4 mai 2021, mise en texte avec Christine

J’en ai assez de la visioconférence. Même si je dois partir de chez moi à 6 heures et rentrer à 22 heures 30, je préfère largement aller à Paris, trois fois par an, pour les réunions du conseil d’administration et du bureau de la coordination. Ces réunions, ces échanges directs, me manquent. 

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« Aller là où l’on a besoin de nous ! »

Julie, Infirmière – Service des urgences pédiatriques, APHP

Parole recueillie le 7 mai 2021, mise en texte par François

Je suis infirmière aux Urgences pédiatriques depuis quatre ans. C’est mon premier poste. Nous avons encore la chance de pouvoir choisir notre affectation. Très tôt, durant ma formation, j’ai su que j’avais envie de travailler dans ce type de service, j’ai senti que cela pourrait me plaire, d’être auprès de petits et de leurs familles. Les parents ne viennent pas aux urgences par plaisir. Certains affirment que beaucoup de familles ne devraient pas y venir, qu’ils sont là “pour rien”. Moi, je ne suis pas d’accord avec cela, même s’il est vrai que certaines personnes en abusent. Nous accueillons surtout des parents perdus, angoissés, avec une réelle inquiétude, fondée ou non c’est un autre débat, et nous devons prendre en compte cette inquiétude.

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Il suffit d’un grain de sable et le planning déraille

Emma, secrétaire hospitalière

Parole du 7 mai 2021, recueillie et écrite avec Roxane

En tant que secrétaire hospitalière, j’organise les prises en charge des hospitalisations pour des examens pédiatriques. Pour le plus grand nombre des enfants, je travaille dans le cadre de leur première consultation avec les médecins du service. Nous nous déplaçons aussi dans les autres services pour effectuer des enregistrements du sommeil, chez des tout-petits qui sont déjà hospitalisés. Ceci implique une gestion du planning très rigoureuse.

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La santé communautaire : un artisanat de terrain qui a fait ses preuves

Anne, sociologue

Parole d’avril 2021, collectée par Martine et mise en texte par Christine

La santé communautaire s’est expérimentée dans un contexte de « catastrophes sanitaires et sociales » pour les usagers de drogues. Ce sont les termes du diagnostic posé par le rapport Henrion en 1994, rapport officiel à l’origine de la réduction des risques pour les usagers de drogues. La menace du sida était redoublée par une exclusion des soins qui avait des conséquences meurtrières.

Je me souviens d’une affichette aux urgences de l’hôpital St Antoine qui annonçait : « les toxicomanes ne sont pas acceptés ici ». C’était dans les années 80, années où l’héroïne s’est diffusée de plus en plus largement. A cette époque, les toxicomanes étaient à priori exclus des services hospitaliers, ils étaient orientés vers des services spécialisés qui ne connaissaient qu’une réponse : la désintoxication. On n’imaginait pas pouvoir soigner les personnes tant qu’elles n’étaient pas désintoxiquées. Faute d’un premier diagnostic, une septicémie pouvait passer inaperçue, comme je l’ai constaté en 1990 lors de la mort d’une jeune femme à la porte de l’hôpital.

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Les usagers ont du mal à obtenir les informations de gestion

Yves, militant au Comité pour la défense de l’hôpital de Douarnenez

Parole du 6 mai 2021, mise en texte avec Christine

Je n’hésite pas à foncer quand il le faut. Par exemple, au début de la bagarre pour sauver le service de chirurgie, nous avions appris qu’il se tenait une réunion avec un responsable de l’ARS, l’Agence Régionale de Santé, et le directeur de l’hôpital de Douarnenez. Je suis arrivé devant la porte, je l’ai ouverte, et tout le monde est entré derrière moi. Nous étions une trentaine. Nous avons retenu le responsable de l’ARS pendant quelques heures. Je crois qu’il ne l’a pas trop mal pris, et que d’une certaine façon il a compris.

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Gens simples, patients actifs

Jean-Michel, dermatologue

Parole d’avril 2022, mise en texte avec Pierre

Quand je faisais mes études de médecine à Rennes, on se rendait souvent avec des amis sur le littoral du Sud-Bretagne. Au-delà de Savenay, passé Trignac, on bifurquait vers la Baule en empruntant le périphérique légèrement en surplomb qui ceinture la ville de Saint-Nazaire et l’enferme entre, d’un côté, le port, ses grues, ses portiques ses friches industrielles et de l’autre, les marais de Brière et la campagne qui environne la chic station balnéaire bauloise. Cette quatre-voies forme une limite qui matérialise la juxtaposition de deux mondes que tout semble séparer. Je n’avais vraiment aucune envie d’entrer dans l’univers de Saint-Nazaire dont l’image me paraissait complètement négative. Je n’étais pas très au courant de l’histoire ouvrière de cette ville. Je devais tout juste savoir que le paquebot France y avait été construit. 

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Pas d’ambulance, pas de chaîne des soins

Samy, conducteur ambulancier au SMUR de Bordeaux. Parole du 7 avril 2022, mise en texte par Christine

Photo Jech

« Ambulancier », ça n’existe pas dans le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière. Officiellement, je suis « conducteur ambulancier » au SMUR, le Service Médical d’Urgence et de Réanimation. Cela signifie que je ne suis pas supposé être au contact du malade. Comme si je pouvais manutentionner un patient sans être à son contact, alors que je le porte pour le mettre sur son brancard et que je le transfère sur son lit en arrivant !

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Le blog de Jean-Marie Charpentier

Tous les mois, un billet inspiré par l’actualité et guidé par le point de vue du travail, à lire sur ce blog.

25 avril 2022 : « C’est du côté du travail que ça coince » nous dit l’ami Jean-Marie après le second tour des élections présidentielles. « Il y a manifestement trop de ressentiment qui n’arrive pas à trouver de débouchés dans le cadre de l’entreprise, alors que c’est là que se joue non seulement la situation des salariés, mais aussi, on le voit bien, une part de citoyenneté. Certes, le chômage a reculé, mais qu’en est-il de la qualité de l’emploi ? «