L’autonomie rencontrée grâce au Covid (6/6)

Jean-Luc, Chef de pôle au CHU de La Timone suite de : « Une bagarre où l’on se heurte à de vrais professionnels – Parole de Jean-Luc » (5/6)

Parole du 30 janvier, mise en texte avec Olivier

Le Covid, c’est comme un exode

A chaque vague on déprogramme les patients non urgents au point de vue chirurgical. On va parfois jusqu’à diminuer notre capacitaire de 70%, dans toute la Timone et dans tous les hôpitaux, pour ne faire que des urgences, pour faire rentrer les malades du Covid. 
Entre les vagues on opère en saturant les programmes opératoires parce qu’on a peur qu’après on ne puisse plus faire que les urgences vitales. C’est notre seul moyen d’éviter les pertes de chance. Il y a un problème sanitaire assez compliqué. Sur le plan épidémiologique il est logique de confiner tout le monde, après sur le plan économique et psychologique, confiner est violent. Chaque jour, les décisions sont difficiles à prendre. Je n’aimerais être à la place des gouvernants.

Pourquoi avec les moyens que possède l’Europe n’arrive-t-on pas à vacciner plus ?

L’Europe avait l’occasion de montrer qu’elle a une véritable existence, et elle s’empêtre dans des discussions oiseuses avec des industriels qui ne sont pas à la hauteur. Et elle n’arrive pas avoir une voix unanime. Elle démontre son inefficacité, en tout cas sur le plan administratif et c’est un peu consternant. Si on y mettait le prix, et la pression nécessaire sur les fabricants de vaccins, ça pourrait aller plus vite. La crise sanitaire mondiale est telle qu’on doit avoir la puissance de faire sauter les brevets. Si on monte un hôpital pour 10 000 patients en quelques semaines on doit pouvoir monter des usines pour des vaccins ou transformer les usines existantes. On arrête de vacciner le vendredi soir pour reprendre le lundi, alors que le pays est paralysé et que l’on a 300 morts par jour ! L’état doit pouvoir faire une pression sur les laboratoires mais il est aussi responsable : si on a les doses on doit vacciner

Pourquoi ne pas mobiliser tout le monde pour vacciner quand il y a 300 morts par jour ?

Pourquoi ne pas demander aux chirurgiens qui actuellement annulent des interventions, de se mettre aux vaccins, on pourrait vacciner 24/24. Si on peut opérer une épaule, on peut vacciner.

Vacciner au stade vélodrome 
A Marseille on peut réquisitionner le stade Vélodrome, il y a l’énergie nécessaire avec les éclairages du stade, on installe des tentes militaires et on vaccine la population. Quand on était à l’école et qu’il y avait le BCG on nous mettait tous en rang et on était vaccinés. Il y a trois-cents morts par jour, il faut peut-être passer à une étape un peu plus militaire. Je ne veux pas bousculer les gens mais quand même ! Quand on voit des gens en réanimation, sur le ventre, intubés, ventilés, avec des poumons blancs, les idées sont plus claires !

Quand on se retournera sur cette période, on se dira peut-être que c’est bizarre que les pays les plus riches du monde n’aient pas pu accélérer les démarches. A l’échelle de population ce n’est peut-être pas un drame, car on va arriver à la fin de l’année à ce que l’on soit tous vaccinés. Mais c’est un minimum.

L’autonomie on l’a rencontrée grâce au Covid

Lors de la première vague du Covid, l’administration a été débordée, l’ARS surtout a été complètement dépassée et le pouvoir a été donné aux médecins pour débrouiller les situations et arriver à faire ce que l’on fait maintenant avec la troisième vague. C’est-à-dire déprogrammer les malades, réorganiser les services, transformer les services hospitaliers en unités Covid, libérer des réanimateurs-anesthésistes de bloc et des respirateurs de bloc vers des salles de réveil, vers des unités de réanimation Covid néoformées. A ce moment l’administration et l’ARS, débordées, ont donné le pouvoir aux médecins qui ont montré qu’ils s’en débrouillaient fort bien.
On a vécu une période un peu faste à ce moment-là, jusqu’à ce que les lits ouverts aient été refermés et les contrats des personnes recrutées en CDD aient été annulés. De manière complètement aberrante. Les CDD engagés pour la deuxième phase, des infirmières anesthésistes ou des infirmières à la retraite, des personnes qui étaient venues nous donner un coup de main ont été sèchement congédiées le 31 décembre. A cette période on annonçait déjà la 3ème vague. Et maintenant on leur court après pour essayer de les faire revenir.

Il y a quand même une incurie administrative

L’incurie des ARS est assez magistrale dans une crise dont je ne dis pas qu’on en maîtrise tous les paramètres. Cependant chaque fois qu’il y a une crise aiguë, ce sont les médecins de terrain qui doivent assumer. C’est à nous de nous débrouiller devant la montée en flèche à laquelle on assiste aujourd’hui.

Parole de Jean-Luc, Chef de pôle, mise en texte avec Olivier (6 / 6)

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