Pourquoi travaillons-nous ? : un ouvrage et une conférence de Dominique Méda

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Une « Grande Conversation » menée par Laurent Bainier et Christophe Bys pour The Conversation France, qui offre une plongée éclairante dans notre rapport au travail aujourd’hui. L’émission, « Pourquoi travaillons-nous ? » est disponible ici en écoute différée.

Nous avons le plaisir de partager ici les points clés abordés lors de l’émission consacrée à Dominique Méda, sociologue, philosophie et professeure à l’Université de Paris Dauphine, à l’occasion de la parution de son dernier ouvrage « Le Travail : Pourquoi travaillons-nous ? », (éditions Autrement).

L’émission a débuté sur l’étymologie, controversée, du mot « travail », attribuant ses origines au « tripalium » (instrument de torture) et à la souffrance. Dominique Méda a souligné l’évolution spectaculaire de la valeur travail au fil des siècles, le distinguant du mot « labeur », encore plus porteur de peine. Pourtant, la valeur actuelle du travail est critiquée, car elle masque d’autres réalités, allant des «boulots absolument épouvantables » aux « emplois hyper intéressants » et épanouissants.

La sociologue a dénoncé la définition très large de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui inclut presque toutes les activités humaines comme du « travail » (sauf dormir et se laver). Selon elle, cela réduit la vie à de la « production » plutôt qu’à de « l’action » (Aristote), faisant que « tout est travail », ce qui « ne veut plus rien dire » et cache des expériences variées.

La discussion a mis en lumière un mal-être profond dans le monde du travail en France. 37% des travailleurs ne se sentent pas capables de tenir jusqu’à la retraite. La France se distingue négativement en Europe par un manque de reconnaissance, un management trop hiérarchique, un faible soutien des collègues et peu de place pour la parole des salariés. Elle illustre son propos par le témoignage d’une salariée à propos du management et de la reconnaissance : « comment voulez-vous que mon manager me reconnaisse puisqu’il ne connaît pas mon travail ».

Le « néo-taylorisme » engendre un sentiment d’injustice, notamment vis-à-vis de la méritocratie scolaire et professionnel illusoire. Dominique Méda plaide pour une plus grande démocratie au sein des entreprises. Elle suggère de mettre en place une « co-détermination » inspirée des modèles allemand et nordique, où les salariés ont des sièges (1/3 à 1/2) dans les conseils d’administration et de surveillance, leur donnant un pouvoir de décision.

L’idée que les jeunes seraient paresseux a été réfutée. Les « générations hyper-diplômées » (53% des 25-34 ans dans le supérieur) portent des attentes élevées et sont confrontées à une « désillusion radicale » face à un système productif inchangé. Ils recherchent plus d’efficacité, un équilibre vie pro/perso (« polycentrisme des valeurs ») et un travail plus juste. Preuve de ce désenchantement : 36% des jeunes souhaitent se reconvertir trois ans après leur formation.

L’intelligence artificielle, source de crainte pour l’emploi (notamment le travail de bureau, et notamment des femmes), a été présentée comme un défi majeur. Dominique Méda a insisté sur la nécessité d’une « démocratisation » de son développement. Il est urgent d’ouvrir les « boîtes noires » des algorithmes, d’impliquer les syndicats et de ralentir les mutations pour permettre la formation et l’accompagnement des travailleurs. L’IA affecte déjà la construction du raisonnement chez les étudiants, obligeant à une refonte radicale de l’enseignement.

En résumé, l’intervention de Dominique Méda nous invite à repenser collectivement la place et la nature du travail, à le démocratiser et à l’adapter aux défis contemporains, pour qu’il redevienne un moteur d’émancipation et non de souffrance, en France comme ailleurs. Découvrir également son livre, qui offre des éclairages encore plus riches et passionnants. Bonne écoute et bonne lecture.


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