“Au bout de sept jours d’intérim dans la logistique pendant les vacances, j’ai arrêté l’expérience : un travail abrutissant et répétitif”

Gérald, étudiant

Parole du 15 septembre 2020, mise en texte avec Jacques

Le vélo ce n’est pas aussi cool qu’on pourrait le croire… ni aussi “fun” que ne l’affichent les sites de vente sur Internet. Pour me faire un peu d’argent avant d’intégrer mon école, j’ai travaillé pendant les vacances universitaires pour une entreprise de logistique en tant qu’intérimaire.

Cette entreprise vend des vélos et des pièces détachées sur Internet avec un personnel composé de très peu de CDI et de beaucoup de CDD… Mon travail consistait à déplacer des chariots, pré-remplis par des préparateurs, contenant des cartons de pièces détachées de vélo. Les colis que je transportais avaient des codes-barres. Toute la journée, je devais scanner les codes-barres des colis de pièces détachées placés dans les caddies, faire des aller-retour entre les entrepôts pour transporter les cartons et les ranger dans les bons rayons.

J’avais un contrat à la semaine renouvelable, en fait un CDD très très court.  Mon travail était très physique, j’ai parcouru, pendant ma semaine d’activité, beaucoup de kilomètres…

Le travail était assez abrutissant. C’était la même chose toute la journée. Le seul changement c’était l’utilisation d’une plateforme à roulettes plutôt que d’un caddie… Il n’y avait pas de temps imparti par opération mais une pression constante pour aller le plus rapidement possible.

Les gens qui travaillaient avec moi avaient différents profils. Certains étaient là parce qu’ils avaient échoué à leur examen. Un de mes collègues était tourneur-fraiseur sans emploi à cause du Covid. Beaucoup faisaient de l’intérim par dépit. Certains étaient là depuis très longtemps. J’ai même rencontré une dame qui m’a dit qu’elle aimait ce travail.  Elle avait commencé à 18 ans et elle n’avait fait que ça.  Ce que j’ai observé, c’est que ceux qui travaillaient dans cette entreprise n’étaient pas là par choix.

Je n’ai pas constaté beaucoup de solidarité dans les équipes. D’abord parce que les temps possibles pour discuter étaient peu nombreux et ensuite parce qu’il y avait la performance à respecter et qu’on n’avait pas de temps à perdre.

J’ai trouvé le management des équipes d’intérim totalement infantilisant. La responsable de l’agence d’intérim, avec l’aide de ses cadres qui faisaient des permanences dans l’établissement et d’une application smartphone, a en charge les intérimaires pour tout ce qui concerne les questions de rémunération et de conditions de travail. Elle s’adressait à nous comme à des enfants ou à des ignares. Par exemple, pour nous expliquer les gestes barrière.

J’avais un manager direct pour l’organisation du travail. Je devais le tutoyer, mais j’ai vite compris que sa mission principale était de me surveiller. Tous les matins, lors du briefing, il nous donnait les résultats de la veille et ceux des autres équipes et nous annonçait le nombre de colis du jour à mettre en rayon. Chaque manager a des résultats à atteindre et les comparaisons entre équipes représentent la mesure de son propre résultat. J’ai d’ailleurs pu constater que mon manager avait tendance à faire porter le chapeau à son personnel. Il m’est arrivé d’être tout seul à faire un travail sur la journée alors que nous devions être plus nombreux. Le lendemain matin, mon manager a dit que le travail de la veille avait été mal fait. Et pourtant, Il a passé beaucoup de temps, durant mon séjour dans l’entreprise, à me rassurer et à me dire qu’ici “on était cool”. En fait, son boulot principal c’était de me mettre la pression, avec des contrôles ponctuels inattendus et sans que je ne sache jamais quand j’aurais des retours sur mes “performances”. Moi, je n’ai pas eu de problèmes parce que je travaillais plutôt bien, mais une collègue a eu des remarques sur son manque de productivité.

Un syndicaliste m’a dit que, jadis, tous les matins on affichait les résultats de chaque salarié dans l’établissement pour les mettre en concurrence. Suite à l’action des syndicats, ça ne se fait plus. De même, grâce à leur intervention auprès de la CNIL, l’entreprise n’utilise plus les captures d’écran à partir des caméras de surveillance placées dans les entrepôts pour voir si le personnel flâne durant son travail ou discute avec les collègues.

 Au bout de ces sept jours d’intérim, j’ai arrêté l’expérience : un travail abrutisant et répétitif.Cela a confirmé certaines idées que j’avais intuitivement ou après avoir lu certains livres. Je n’ai pas envie de remettre les pieds dans une boîte d’intérim et, si ça doit m’arriver, je n’irai sûrement pas dans une entreprise de logistique … même dans le domaine si “cool” du vélo.

Parole de Gérald, le 15 septembre 2020, mise en texte avec Jacques

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