Travail & Territoire à Saint-Nazaire : deux nouveaux récits

Est-ce un travail que de militer ? La réponse est oui à la lecture du récit d’Enoch : Hébergement solidaire, un bénévolat à plein temps. « … c’est dans la dynamique de cette lutte que s’est formé le « Collectif urgence sociale ». Rapidement, après la création de ce collectif, s’est imposée l’idée d’occuper deux maisons propriétés de la ville de Saint-Nazaire pour loger ceux qui en avaient besoin. Ces maison étaient abandonnées depuis des années et ne faisaient l’objet d’aucun projet immobilier. C’est ainsi que l’occupation et la création des Maison d’Hébergement Solidaire ont eu lieu. » … « Il fallait trouver la façon dont on pourrait assurer l’alimentation, la fourniture des produits d’hygiène, de ménage »… « Dans le même temps, le collectif menait les chantiers de rénovation : isolation, enduits, cloisonnement, pose de menuiserie, fabrication d’escaliers. Personnellement, en tant que technicien du bâtiment, je suis assez polyvalent. Je me suis donc joint aux habitants des maisons pour réaliser les travaux » … « Cette forme de militantisme n’est pas une occupation qu’on fait à côté. C’est un travail qui prend tout le temps, parfois soixante heures par semaine et qui ne fonctionne pas sur le modèle de l’emploi salarié. Il n’y a pas de rapports de subordination entre les membres du collectif. » … « Pour vivre, je touche l’ « Allocation de solidarité spécifique », qui est l’équivalent d’un RSA. Mais, maintenant que l’opération « maison d’hébergement solidaire » est finie, que les personnes sont à l’abri et que, pour l’instant, le dossier urgence est clos, je vais reprendre une activité salariée.«
C’est tout un travail aussi de chercher un emploi : une contrainte douloureuse et blessante explique Pierre dans son récit. Un travail qui l’a conduit vers un autre, un travail militant avec les chômeurs de Saint-Nazaire. « Chaque jour, donc, après une phase de recherches, j’écrivais une lettre de motivation dans laquelle j’expliquais en quelques mots à quel point je connaissais bien l’entreprise visée et en quoi mon profil correspondait tellement à ce qu’elle recherchait… Ça me prenait la matinée entière et souvent le début de l’après-midi. Ensuite il fallait traiter les réponses quand il y en avait, préparer les entretiens et se déplacer pour rencontrer mes éventuels futurs employeurs. Je ne sais pas si on peut considérer ça comme un travail même si, pour rechercher un emploi, il y a effectivement quelque chose à faire, un projet à élaborer. Je subissais plutôt cette activité comme une contrainte douloureuse et blessante qui concentre tout ce que le travail peut avoir de violent. Je me souviens par exemple du jour où j’ai été convoqué par la mairie de Trignac, la commune où je résidais alors, pour un emploi d’animateur. Je me suis présenté devant la commission de recrutement après avoir franchi une première phase de sélection. Nous n’étions plus que deux candidats. On nous fait patienter. Ma concurrente est une jeune femme avec qui je sympathise. Nous sommes dans la même galère. Mais, plus réaliste, elle me rappelle rapidement qu’un seul de nous deux va s’en sortir. » … « J’ai besoin d’une activité qui m’ancre dans un territoire où j’aie mes repères et dans un collectif de travail au sein duquel je puisse peser réellement. Pour le moment, mon engagement syndical m’offre le cadre qui me permet d’exister en échange du soutien que j’ai reçu dans les moments difficiles. J’ai donc pris des responsabilités dans le « Comité des travailleurs privés d’emploi et précaires» de Saint-Nazaire. »
Nos lectures du mois

Le monde des bureaux -Rencontre littéraire avec les employés aux écritures, ces héros minuscules, invisibles et transparents.
Un livre de Dominique Massoni, lu par Martine, toutes deux membres de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !
» L’auteur, Dominique Massoni, est diplômée de littérature comparée mais aussi de sociologie du travail et d’ergonomie, elle tient les deux bouts c’est évident ! Munie de tels diplômes et expériences professionnelles, il est clair qu’elle ne pouvait qu’écrire cet ouvrage de recherche. Dans ce petit livre, à vocation universitaire, Dominique Massoni analyse en parallèle trois romans, Tous les noms, du Portugais José Saramago, Bartleby, d’Herman Melville et Le manteau de Nicolas Gogol. Lire la suite

Pouvoir faire un beau travail – Une revendication professionnelle
Un livre de Jean-Philippe Bouilloud, lu par François.
» Quel professionnel n’a pas été, au terme d’une semaine d’activités, traversé par des sentiments opposés. Pour certains, c’est la satisfaction d’avoir pu les réaliser conformément à l’idéal du métier. En revanche, pour d’autres, ce qui domine c’est l’amertume d’avoir dû sacrifier la qualité sous la pression d’une hiérarchie attachée à des procédures obsolètes ou d’actionnaires privilégiant la rentabilité. Pour Jean-Philippe Bouilloud, la crise de sens qui se manifeste par des démissions mais aussi par un « exil intérieur » (Jaccard, 2010) trouve ses racines les plus profondes dans l’érosion de l’esthétique du travail (p. 8). Lire la suite

L’évaluation ergologique. Ce que les chiffres ne montrent pas
Une note de lecture proposée par Serge, du livre d’Ingrid Dromard, où l’on retrouve les questions de l’invisibilité du travail réel pour l’organisation et de la vanité de la gouvernance par les nombres. Questions qui traversent le récit de Virginie, agent d’accueil dans une CPAM, le « terrain » de recherche de l’autrice du livre. « Développée sous l’instigation du philosophe Yves Schwartz, la démarche ergologique se fonde sur un dialogue et une confrontation heuristique entre des savoirs hétérogènes mais néanmoins commensurables : des savoirs « institués » (académiques) d’un côté ; des savoirs d’expérience, « investis » dans les situations de travail de l’autre. L’évaluation dite ergologique au cœur de cet ouvrage se réfère à cette démarche pour montrer ce qui dans l’activité de travailleurs au sein d’une Caisse d’Allocations Familiales est irréductible aux objectifs chiffrés et aux critères de la commande publique. C’est sur ce terrain institutionnel que l’autrice a mené une recherche doctorale dont cet ouvrage est le prolongement. Cette évaluation qualitative se veut complémentaire des évaluations quantitatives ayant cours habituellement dans les organisations de travail. Evaluer signifie ici accompagner « l’émergence des points de vue sur le travail » à partir d’une méthodologie visant à : « produire des savoirs sur le travail avec les protagonistes du travail ». Cette méthodologie s’incarne dans les « Groupes de Rencontres du Travail » (GRT) dont l’ouvrage détaille les modalités d’intervention. » Lire la suite
Travail & Cinéma
Brillantes, le film prévu au cinéclub travail du CNAM n’a pas pu être visionné le 5 octobre. La projection – à distance – suivie du débat est reprogrammée le 9 novembre. Il est encore temps de s’inscrire
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