Accueil : un mot du travail

Expériences des compagnons et compagnonnes

Illustration PIXABAY


Vous entrez dans le bureau d’un interlocuteur, penché à sa table de travail pour y rédiger un rapport, une note de service ou lire un tableau de chiffres. Votre hôte vous accueille en se levant immédiatement, dans un mouvement de déférence sans réfléchir, si votre rang est supérieur au sien. A moins qu’il ne veuille vous témoigner de la sympathie mais dans ce cas son mouvement sera moins empressé. Il peut aussi rester assis et vous inviter à vous asseoir signifiant ainsi qu’il peut vous consacrer du temps. Mais il peut également vous laisser debout. Il est fort à parier que vous ne prendrez pas l’initiative de vous installer sur la chaise en face de lui si vous n’y êtes pas convié. Sauf si encore une fois vous êtes son supérieur.
L’accueil, c’est tous les jours, en fonction de règles du jeu qui ne sont pas écrites, des règles du jeu des places quand les galons s’invitent dans les relations de travail.

Nous recevons, toujours en binôme, des personnes isolées et des couples avec ou sans enfant. Notre premier travail est l’écoute. Souvent, les personnes arrivent les épaules basses, le regard triste, parfois même pleurent en se racontant. Parfois ces personnes n’ont personne à qui parler, elles sont suivies par un travailleur social, mais pas toujours. Dans ce cas, nous les orientons vers le Centre communal d’action sociale, à la mairie de leur commune. Ensuite, nous relevons leurs coordonnées. Puis nous leur demandons de nous préciser quel est leur budget. Être deux permet d’avoir un regard différent, et pendant que l’une écrit, l’autre prête une oreille attentive. Car au cours de cette énumération de leurs charges et de leurs ressources, les personnes nous racontent leur vie. Elles remontent parfois jusqu’à leur enfance « À 8 jours, j’ai été abandonnée sur un trottoir, puis on m’a mise à l’orphelinat », nous disent quel est leur projet pour les mois à venir « Dans deux mois je me fais opérer de la colonne vertébrale », et parfois, malgré leur extrême précarité nous avouent aider une personne dont la situation est bien pire « J’ai hébergé mon neveu, bipolaire ». L’écoute, toujours, pour essayer de comprendre et pas seulement pour leur apporter une aide alimentaire ou en biens matériel. « Je n’ai même pas assez d’argent pour m’acheter des culottes », nous lui avons proposé un accès gratuit au vestiaire ; ou « Cela fait trois ans que je dors par terre ». Nous lui avons fait don d’un canapé qui, certes est important, voire vital mais tellement insuffisant ! De temps en temps l’une d’entre elle propose fièrement de devenir bénévole au Secours populaire, une façon de rendre ce qu’elle a reçu.


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