« Le confinement m’a tout d’abord fait peur, mais il m’a aussi permis de gagner en autonomie, et de mieux apprécier le monde dans lequel je vis »

William, lycéen parisien en classe de première

Parole du 26 juin, mise en texte avec François

Pendant ces mois de confinement, je me levais un peu plus tard que d’habitude vers 8 heures 30. Je déjeunais, m’habillais comme si j’allais à mon lycée, je ne passais pas la journée en pyjama… J’assistais aux cours puis je mettais à plat ce que l’on avait abordé et j’avançais ensuite sur le travail à faire. Après le déjeuner, je faisais une petite pause puis je me remettais au travail en milieu d’après-midi mais aussi parfois après le diner.

Je suis passé d’un rythme assez soutenu de cours, avec presque 40 heures par semaine avant le confinement, à seulement 10 heures de visioconférence par semaine pendant le confinement. J’ai été assez étonné d’avoir si peu d’heures de cours en virtuel, ce qui m’a obligé de fournir un travail beaucoup plus important pour bien comprendre les leçons : notamment en mathématiques où la professeur ne s’est jamais connectée.

Je pourrai aussi ajouter que le confinement m’a tout d’abord fait peur car c’était faire un saut dans l’inconnu ; passer du cadre stable qu’est l’école à une situation totalement abstraite où nous avions énormément de libertés.

Comme j’étais à Paris, j’avais une bonne connexion Internet ; nous avons failli aller en province mais là les conditions auraient été plus problématiques, sachant que nous aurions été dans une zone très mal connectée. A Paris, j’ai eu la chance que tout marche bien. Au début du confinement, il y a eu une semaine où les profs ont dû s’habituer au télé-enseignement durant laquelle ils ont remaniés leurs cours pour qu’ils soient plus accessibles. Cette semaine-là, on n’a pratiquement pas eu de cours. On a changé plusieurs fois de plateformes. Au début, nous travaillions avec celle du CNED mais il y avait des coupures fréquentes sans doute dues à la saturation. Puis, nous sommes passés brièvement sur Discord qui permet à chacun de parler, et enfin sur Google Meet.

Dans ma classe, il y a eu quelques problèmes de connexion. Je pense à un prof du tronc commun scientifique, il était en province et avait des difficultés à se connecter avec toute la classe. Elle s’était donc organisée pour faire de petites sessions d’environ dix minutes en petits groupes.

Ce qui a facilité les choses durant le confinement c’est que dans mon école nous sommes depuis des années sur une plateforme « EcoleDirecte » où l’on peut voir toutes nos notes, nos devoirs et certains fichiers que les professeurs peuvent nous transmettre. Les profs peuvent donner des devoirs et des Questionnaires à Choix Multiples, les noter…. On a eu surtout des QCM dans les matières scientifiques, allant de 10 à plus de 40 questions, ça faisait des fois beaucoup ! On avait aussi des interrogations en math et en physique où nos enseignants nous envoyaient les sujets. Nous devions renvoyer notre copie une heure plus tard : c’était donc comme un DST classique. En histoire, nous avons également eu quelques QCM et un devoir à rédiger.

Nous aurions dû avoir, comme prévu dans le bac « Nouvelle formule », des épreuves groupées avec notamment de grosses épreuves en histoire, en espagnol, en Physique et en SVT du tronc commun, et en plus les épreuves de français. Or, tout a sauté. En SVT, je pensais me rattraper car mes premiers devoirs en début d’année n’avaient pas été extraordinaires et je pensais donc remonter ma note car je commençais à mieux comprendre le thème que nous abordions. Mais bon cela a été stoppé net.

En français, malgré l’annulation de l’épreuve écrite nous pensions que nous aurions quand même l’oral. Or, nous avons appris que début juin l’annulation de cette épreuve. Notre professeur nous a cependant fait passer un oral blanc à la fin du confinement sur tous les textes de notre liste. Je ne m’en suis pas mal sorti, j’ai eu la meilleure note de ma classe. Je suis tombé sur L’étranger d’Albert Camus. J’en ai fait une analyse linéaire, et ensuite, comme prévu par les nouveaux programmes, j’ai présenté une autre œuvre de mon choix : Le rouge et le noir de Stendhal. J’ai eu 18 sur 20 et même si cela ne comptait pas, cela fait toujours du bien au moral.

Nous sommes restés mes parents et moi confinés durant presque trois mois dans un petit appartement à Paris non loin de mon lycée. Ce qui m’a manqué le plus durant ces mois au niveau de l’école, ce sont les explications de mes professeurs dans certaines matières, surtout dans les matières scientifiques : mathématiques, physique, et SVT qui sont mes trois « spécialités » mais aussi en histoire. Je suis dans la première année du nouveau Bac Macron. C’est un système où il n’y a plus de filières : S, ES, L . J’ai pour habitude d’écouter les professeurs parce que je n‘ai pas vraiment l’habitude d’apprendre mes leçons après les cours ; ce qui fait qu’en écoutant attentivement en classe, je retiens déjà une bonne partie de la leçon.

Je joue du piano depuis plus de dix ans mais je n’avais pas pu en jouer pendant un moment. J’ai pu reprendre réellement grâce au confinement. J’ai commencé à rejouer des morceaux tels que Hallelujah de Leonard Cohen, ou encore une valse de Chopin. La musique m’a aidé à mieux vivre le confinement. Au cours de ces trois mois, j’ai pu parler avec mes amis en visioconférence et jouer un peu en ligne. Je me suis aussi intéressé à la création de musiques sur ordinateur, cela avec différents logiciels : la batterie, la guitare, j’ai essayé de faire un son harmonieux. C’est une des activités qui m’a occupé le plus durant les mois d’école. J’ai aussi regardé pas mal de films en anglais pour améliorer mon vocabulaire et la prononciation de certains mots, mais aussi quelques films en espagnol, c’est ma seconde langue vivante.

Sur l’enseignement à distance, je n’ai pas un avis négatif car cela nous a laissé beaucoup de libertés mais je préfère quand même les cours réels, car, en définitive, l’école c’était pas si mal. Dans certains cours, on ne peut pas remplacer les explications données par le professeur. On met en définitive beaucoup plus de temps à comprendre la leçon et à mettre en place certains automatismes que l’on acquiert, lorsque l’on suit un cours en direct, grâce aux interactions et aux échanges avec le prof et les autres élèves.

En définitive je trouve que je travaille mieux, plus efficacement dans le cadre scolaire. Je suis un peu distrait, je me perds parfois, je divague, je vois un petit truc sur ma table et du coup je pense à autre chose… Mais l’enseignement à distance m’a aidé, cela m’a donné plus d’autonomie, plus de confiance, je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment mais je pense que cela m’a fait grandir dans le sens où j’ai eu plus de responsabilités. J’ai eu un peu de mal dans les premières semaines, mais au bout d’un moment j’ai trouvé un équilibre qui m’allait bien. J’ai quand même peur d’avoir moins bien assimilé certaines connaissances durant le confinement, et que cela impact mon année de Terminal.

De plus, je me suis mis à la photo depuis cet été et j’ai l’impression de mieux voir les petits détails de la nature, et son évolution, depuis le confinement.

Avant, j’avais l’habitude de voir mes amis tous les jours. Durant le confinement on s’est vu un peu toutes les deux ou trois semaines lors des visio-conférences même s’il y avait quelques problèmes sur certaines applications. On a fait cinq ou six visio-conférences entre nous mais cela ne remplaçait pas les contacts réels. Avec le confinement, j’ai évité le Bac de Français qui me faisait un peu peur. Si c’était possible, je revivrais le confinement mais en un peu plus court car cela a été quand même bien long. Cependant, cela nous a fait tous un peu mûrir et grandir.

J’ai remarqué aussi, étant à Paris, qu’il y avait beaucoup moins de monde dans les rues et donc beaucoup moins de bruits. Cela m’a changé la vie. Nous habitons sur une petite placette avec deux cafés en bas. Il y a toujours du bruit d’habitude alors que là on entendait les oiseaux, c’était assez surprenant et irréel. Durant ces mois, j’ai fait un peu de cuisine, quelques gâteaux. Nous en avons partagé un avec mes parents et mes grands-parents lors de la fête des mères, tout en respectant les distanciations sociales. On ne les avait pas vu durant le confinement, seulement deux fois après et avec les masques bien sûr !

Parole de William, le 26 juin, mise en texte avec François

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