Soigner le cancer 5/20 – Dédramatiser, donner des solutions, sans jamais forcer le patient

Benoît, diététicien

« Je t’ai cuisiné quelque chose de bon et tu ne manges pas… » Le patient est attablé chez lui, devant son assiette. Mais ça ne passe pas. Il est au centre des regards. Son épouse, ses enfants voudraient tant qu’il s’alimente. « Essaie encore. Il faut manger. La nourriture fait partie du traitement … » Plus ils insistent, plus il se bloque. […]

[…] Mon rôle de diététicien est de faire comprendre qu’il faut préserver au maximum des apports nutritionnels corrects, il est aussi de dédramatiser en donnant le plus possible de solutions. Il ne faut surtout jamais forcer un patient mais s’adapter à ses habitudes alimentaires. Donc, en fonction des goûts, de ce qui passe un petit peu mieux à un moment ou à un autre, je suggère des solutions pour enrichir la nourriture sans se soucier de l’équilibre alimentaire. Tout ce qui permet de maintenir le poids et la masse musculaire est bon à prendre. […]

[…] Le but est de faire en sorte que, même s’il est aidé, le patient prenne lui-même la décision de s’occuper de son alimentation et de la gérer. Personne ne peut le faire à sa place. Tout ne se résout pas forcément à la première entrevue. Il faut laisser les patients cheminer, convaincre les accompagnants de collaborer et de modérer leur pression sur la nourriture. Inciter un patient à manger, c’est déjà intervenir dans ce qui est de l’ordre de l’intime. […]

[…] L’alimentation parentérale est prescrite après des échanges entre le diététicien et les médecins même si ce sont ces derniers qui restent décideurs. […] Mais dès que la question de l’alimentation prend une tournure un peu plus médicalisée, il peut y avoir discussion. Si par exemple je préconise telle poche d’alimentation parentérale pour tel patient, le médecin va me dire : « Non, le patient a des œdèmes, la poche que tu me proposes comporte trop d’eau, donc je préfère la poche inférieure. Il y aura un peu moins d’apports caloriques mais on ne peut pas majorer les œdèmes ». Ce n’est pas un désaccord, mais une discussion dans un esprit de collaboration. […]

Benoît, diététicien

Le diététicien a bien insisté : « Il faut manger ce qui vous fait plaisir. Mais il faut un apport important de protéines ». Avec lui, on a étudié la composition de tous les plats mixés, additionnés de crème, de fromage fondu, enrichis d’un complément alimentaire en poudre. On a additionné les nombres de calories, de glucides et de protéines. Tout cela est résumé sur des fiches qui donnent des quantités d’idées de menus adaptés. A la maison, on a regardé sur Internet, on a essayé les crèmes et les jus de fruit surprotéinés. Tout cela a fini par écœurer mon épouse qui regarde désormais son assiette avec hostilité… Elle redoute mon air désolé quand elle repousse ses couverts . Manger est une obligation d’autant plus pesante que la prise de nourriture est le seul indice de santé à partir duquel on peut se donner l’illusion de démentir la réalité. Tant qu’on se nourrit, on peut vivre… […]

Pierre, accompagnant

Retour vers soigner le cancer 4/20 : Derrière l’image, il y a un patient réel qui passera sous la machine réelle, par Frédéric, physicien médical

À suivre, soigner le cancer 6/20 : Sabine, pharmacien de ville

Soigner le cancer, avant-propos par Pierre Madiot, présentation du livre à paraître aux Éditions de l’Atelier

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