
Mardi 26 mai 2026, dans les locaux du Cnam, le Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (Cnrs – Lise) a organisé une présentation de cet ouvrage collectif.
Issu d’un colloque tenu en 2024, le livre ambitionne d’éclairer cette question sous quatre angles : philosophique, sociologique, économique et psychologique. Outre les contributions synthétiques de quatre des co-directeurs, l’ouvrage nous fait accéder à une dizaine d’études de cas. Ainsi, nous découvrons notamment les questionnements et les logiques d’action de livreurs à Barcelone, d’intermittents du spectacle, de chauffeurs routiers, d’agents de France Travail, de techniciens de l’Office National des Forêts….
Les exposés et les questions des participant ont mis en évidence qu’il ne saurait y avoir de définition unique du sens dans une activité professionnelle. La finalité des missions à accomplir joue certes un rôle majeur dans la satisfaction ou le malaise. Suis-je en accord avec les finalités de l’organisation ou celles-ci sont-elles en contradiction avec mes valeurs ? Mon travail a-t-il une utilité sociale ou n’est-il qu’un « bullshit job » ? Quid des conditions concrètes de l’activité : ma sécurité et ma santé sont-elles prises en compte aujourd’hui et à moyen terme ? Quid du statut ? Est-il protecteur ou suis-je condamné à la précarité ? Qu’en est-il du rapport entre mon engagement et les rétributions obtenues ? Mon travail s’effectue-t-il au sein d’un collectif où la coopération est de mise ou suis-je isolé et soumis au management par les chiffres dont je questionne la pertinence ?
Un travail qui a du sens ne saurait-être un acquis stable même si un contexte socio-organisationnel peut le favoriser. Le sens du travail s’avère fragile, il se construit et devra, entre autres obstacles, résister à la routine et aux « réformes ». Dans plusieurs situations, les auteurs ont pu constater comment des salariés, pourtant soumis à des modalités de management impersonnelles voire toxiques ont pu, souvent collectivement, faire émerger d’authentiques temps de « belle ouvrage » : temps qui satisfont leur ethos professionnel.
Mais de telles « innovations ordinaires » peuvent-elles à moyen terme infléchir les règles du jeu ? Sans un minimum d’espaces de parole et de débats démocratiques, cela paraît incertain. A la différence des organisations syndicales allemandes, scandinaves et anglo-saxonnes, leurs homologues françaises se sont davantage mobilisées sur la protection de l’emploi, les horaires de travail, les salaires, la reconnaissance des qualifications que sur l’organisation concrète du travail. C’est là la conséquence majeure de leur acceptation du lien de subordination qui fait des dirigeants et actionnaires les seules autorités légitimes en la matière.
Plusieurs contributeurs ont observé que la quête de sens pouvait être mise en avant par des managers. C’est notamment le cas de ceux qui ont compris que le « command and control » s’avérait de moins en moins opérant, surtout en direction de jeunes diplômés. Surgit alors chez ceux-ci un sur-engagement aux conséquences parfois dramatiques. Néanmoins, la recherche d’un sens à ses activités peut déboucher sur d’authentiques innovations organisationnelles initiées par les salariés. Seront-elles accompagnées par les organisations syndicales ? C’est là un enjeu d’autant plus majeur qu’un management ignorant le travail « réel » de ses équipes saura alors utiliser les logiques d’individualisation au travail confortées par la puissance aveugle de l’intelligence artificielle.
François
Pour aller plus loin…
- Le livre « Travailler fait-il toujours sens ? » – Éd Érès 2026 (336 pages – 28€)
- L’enregistrement vidéo de la rencontre organisée par les éditions Érès, avec ont Thomas Coutrot, Marie-Anne Dujarier et Emilie Veyrat (Durée : 1 heure 02 mn)
- Le numéro spécial « Sens du travail et syndicalisme », publié par L’Ires (Institut de recherches économiques et sociales) – Numéro 116- 117, téléchargeable gracieusement avec ce lien
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