Soigner le cancer 19/20 « Rire avec les patients, ça fait beaucoup de bien »

Sandrine, agent de service hospitalier, service oncologie

Une fois les transmissions terminées, nous préparons les plateaux des petits-déjeuners avec ma collègue. Travailler en binôme nous permet d’installer les patients qui manquent d’autonomie et de mieux les aider. Lorsque l’un d’eux rencontre des difficultés pour beurrer ses tartines, je les lui prépare

Certains ont du mal à saisir les objets, comme une tasse. Je leur propose alors un gobelet à bec, plus léger et plus confortable. Bien présenter un plateau au patient a beaucoup d’importance pour moi. Quand j’explique le travail à une nouvelle collègue, j’insiste sur ce point : il faut que le petit-déjeuner soit un moment privilégié. Les patients ont souvent peu d’appétit, ils apprécieront d’autant plus cet instant.

Je préviens toujours le patient au moment où je vais effectuer les gestes qui me permettent de l’installer. J’estime primordial de prendre en compte sa douleur. Avant toute mobilisation, je lui demande s’il a mal : « Je vais vous installer pour le petit-déjeuner. Je vais lever la tête du lit. Vous me stoppez tout de suite si une douleur apparaît. » Mais il suffit souvent de l’observer. S’il souffre, il le montrera de façon verbale ou non verbale. Au moment où je le mobilise, ou même avant, je verrai s’il a de la difficulté à respirer. Dans tous les cas, je transmets mes observations à l’infirmière et je me réfère aux transmissions du matin, dont les informations peuvent vite se perdre ou évoluer au cours de la journée. […]

J’essaie toujours le dialogue, la diversion pour obtenir que la personne se mobilise, ou pour l’installer. Je passe parfois par l’humour. Un grand sourire est très souvent positif. J’ai affaire aussi à des patients drôles avec qui on peut plaisanter. Rire avec eux, ça fait beaucoup de bien !

 […] De nouvelles douleurs apparaissent. Des douleurs inconnues qui font comme une déchirure. Il faut sonner. L’aide-soignante ne tarde pas. Une agente de service trouve des raisons de faire un brin de ménage, une autre d’apporter un café. L’intensité de leur regard me touche autant que la discrétion de leur présence. On dirait qu’elles ont senti ce qui se joue de primordial. Qu’il faut être disponible. Ne pas nous laisser, mon fils et moi, seuls avec mon épouse qui sent la vie l’abandonner.

Aujourd’hui, le médecin de l’étage est venu annoncer qu’une place s’était libérée en soins palliatifs, à l’hôpital de Guérande. On organise le transfert. Je rassemble les affaires dans la valise et les transporte jusqu’à ma voiture. Quand je remonte, l’ambulancier est déjà passé. La chambre est vide. […] Je suis perdu. Je tourne en rond. À ce moment, l’agente de service entre. Je lui explique qu’on est en train d’emmener mon épouse. L’émotion me gagne. Elle est touchée, s’approche, me dit qu’elle est là si je veux lui parler. Voilà. C’est exactement ce qu’il fallait faire.

Pierre, accompagnant

Retour vers soigner le cancer 18/20 : Camille, médecin en hospitalisation complète

À suivre, soigner le cancer 20/20 : Christine, patiente-ressource

Soigner le cancer, avant-propos par Pierre Madiot, présentation du livre à paraître aux Éditions de l’Atelier

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