Manœuvrer une masse de plusieurs tonnes réclame beaucoup d’énergie et de concentration

Kévin, opérateur chez un sous-traitant dans l’industrie du bassin nazairien

Le complexe indutrialo- portuaire de Saint-Nazaire – Montoir – Donges

La journée de travail commence quand le team leader me donne une opération à faire en binôme. On ouvre alors la tablette qui contient des directives écrites et des dessins techniques. Ce sont des « gammes » qu’on doit respecter de manière précise, étape par étape. J’ai donc devant moi une grosse pièce à laquelle je vais assembler d’autres pièces en effectuant des serrages plus ou moins forts sur les vis et les boulons.

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Les petites mains de Marina

Marina, praticienne en massage de bien-être

L’inauguration du nouveau local de Marina

Au centre de bien-être de cette station de vacances il fallait enchaîner les séances de massage en limitant les moments d’écoute ; juste installer la personne, prendre les infos sur les éventuelles contre-indications et passer très vite au massage. C’était une question de rentabilité. Comme je suis non-voyante, je ne pouvais pas assurer les accueils ni me servir de l’ordinateur. En échange, au lieu de six massages par jour, j’en devais huit ou neuf…

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« Mon café-théâtre, c’est ma scène »

Véronique, responsable d’un café-théâtre

Photo La p’tite scène des Halles

J’ai toujours dit, quand j’arrive ici : « Je mets mon nez rouge et je joue un rôle ». En fait, mon café-théâtre, c’est ma scène. Je le vois comme ça. Le dimanche, parfois, je fais n’importe quoi, je danse derrière le bar pour partager une bonne ambiance. L’autre jour, une dame me dit : « Ce qu’on adore quand on vient le dimanche, c’est votre « Bonjour ». De la même façon, dès que je vois quelqu’un franchir la porte pour s’en aller, c’est : « Au revoir, bon dimanche ». Ce n’est pas grand-chose, ça dure trois secondes. J’aime bien donner ce côté chaleureux, humaniste. Ça me plaît. Et, d’avoir installé une scène, c’est du bonheur. 

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Travail & Territoire

On en parle dans « l’estuaire », le magazine culturel de St Nazaire

Paroles de travailleurs en territoire pas inconnu

Parler du travail en le situant dans le territoire… Voici le projet mené depuis trois ans, auprès d’une quarantaine de salariés de la région nazairienne, par la compagnie Pourquoi se lever le matin. Rencontre avec Pierre Madiot, cofondateur du lycée expérimental, et orchestrateur de ces récits collectés, et lus à haute voix…

Lire la suite de l’interview de Pierre, sur le site de « L’estuaire »

« Oui, c’est bien nous. Merci »

Au bar La Pinte, le CCP de Saint-Nazaire a raconté le travail

Lecture publique de récits de travail

Le 16 janvier, au bar « La Pinte » de Kerlédé, à l’invitation du CCP, une trentaine de personnes ont écouté des récits de travailleurs de la région nazairienne : industrie, santé, monde du spectacle, tourisme, services à la personne, marais salant. « Oui, c’est bien nous, merci ». Plus qu’une attention polie, dans l’écoute des gens réunis là sous la lumière crue d’un luminaire, dans le brouhaha d’un coin de bar, il y avait de l’émotion. Il y en avait aussi dans la voix des lecteurs du CCP – et de la dignité – quand ils ont fait vivre ces récits qui racontent la part qu’intimement, chaque travailleur met de lui-même dans son travail.

Ce projet de collecter des récits de travail, entamé par « La Compagnie Pourquoi se lever le matin ! » et prolongé à Saint-Nazaire avec le CCP se poursuit.

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J’étais la seule personne que ce petit monsieur reconnaissait

Fabienne, aide ménagère

Photo fournie par Dominique B.

Je suis encore en panne de voiture entre St Brévin et St Nazaire.  Heureusement je ne suis encore qu’au pied du pont mais je dois trouver une voiture de remplacement pour travailler. Ainsi, le mois dernier, c’est mon ancienne collègue et amie qui m’a prêté sa voiture pour aller travailler chez mes sept employeurs. Malheureusement, la mort fait partie de notre métier et mon amie s’en est allée vers l’au-delà la semaine dernière. Désormais sans voiture, je dois prendre le bus pour travailler avec des temps de trajet énormes.

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Ce travail réclame avant tout des qualités humaines d’écoute

Marie-Jo, aide-ménagère

Photo fournie par Dominique B.

Je suis à St Marc, dans le grand jardin de ce vieux Monsieur qui construit une superbe terrasse, et moi, je sers de conseillère pour l’architecte et les menuisiers. Je leur indique aussi que le monte-charge de cette construction ne pourra pas fonctionner. Ils doivent reprendre leurs plans. Qui suis-je pour conseiller, pour donner mon avis sur tel ou tel travail ? Je m’appelle Marie-Jo et voilà 29 ans que je travaille comme employée familiale. Mes tâches sont multiples : nettoyer les logements, récurer, faire les vitres, les chambres, effectuer les achats, prendre soin des personnes âgées, les écouter, les faire rire et les accompagner.

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Voyage au cœur d’un navire en construction 

Emmanuel, responsable sécurité à bord, aux Chantiers de l’Atlantique

Le pont supérieur d’un paquebot en finition – Photo fournie par Emmanuel

Un navire en construction, c’est un univers de bruits, d’odeurs et de silences. Il y a les odeurs liées à la peinture ou à l’activité de soudage qui va générer des fumées contre lesquelles il faut se protéger. Des odeurs de brûlé aussi parce que quelquefois il y a des incendies qui sont vite et heureusement circoncrits. Et aussi des odeurs liées aux activités humaines, un vrai parfum ! Il y a beau y avoir des toilettes, le comportement humain ne s’est pas pour autant amélioré de la même façon. Et puis, lors des essais en mer, la merveilleuse odeur provenant des cuisines car, non seulement il faut les tester elles aussi, mais également nourrir plusieurs jours tout le personnel à bord.

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« À vos soins »

Anne-Laurence, médecin anesthésiste à la Cité sanitaire de Saint-Nazaire et bénévole dans l’association « À vos soins » 

Le camion MarSOINS devant la CPAM de Saint-Nazaire (photo Anne-Laurence)

Dans le bloc opératoire de la Cité sanitaire de Saint-Nazaire, c’est le silence et la concentration. Les soignants se tiennent debout, immobiles, autour du patient allongé. Ils savent qu’il serait stressant pour ce dernier de s’endormir au milieu d’une espèce de brouhaha. Tous les regards sont tournés vers lui et guettent le moment où il va plonger dans le sommeil. Mon rôle de médecin anesthésiste est particulièrement important à cet instant. Je tiens le masque à oxygène derrière le patient et je me projette dans la suite des événements afin d’anticiper les éventuels problèmes. Ce qu’on appelle l’induction anesthésique, puis le réveil, sont en effet les périodes les plus à risque de l’intervention… 

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Le PC avait été un changement, l’IPad a été une rupture

Thelma, VRP – Voyageur Représentant Placier – en cosmétiques

Filmer et re-filmer les rayons jusqu’à ce que l’IA reconnaisse les produits

Quand j’ai commencé à travailler, il y a plus de trente ans, pour gérer mes stocks, je devais compter tous les produits, teinte par teinte, référence par référence. J’allais dans les réserves, puis en rayon, et je disais « là il en faut 10 », « là il en faut 12 ». Je comptais les produits à la main pour déclencher le volume juste de nouvelles commandes, que je validais avec le chef de rayon. Je négociais avec lui les opérations spéciales, ce qu’on appelle des mises en avant, comme des îlots avec les marques, tout ce qui fait que le consommateur trouve les produits au bon endroit et ait envie d’acheter. Après la visite ou à la fin de la journée, je passais les commandes au service clients depuis une cabine téléphonique. Par moments, nous étions un peu bousculés par les gens qui attendaient dehors. Mais tous les itinérants travaillaient dans les cabines, c’étaient comme nos bureaux.

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Un métier qui évolue : des poulies au joystick… et tac

Emin – Machiniste cintrier au théâtre

« C’est incroyable le nombre d’actions à faire sur un plateau »

Je  travaille dans le spectacle vivant en tant qu’intermittent du spectacle depuis 8 ans. J’ai tout de suite beaucoup travaillé : un jour à un bout de Paris et le lendemain à un autre, parfois en 48 heures d’affilée. Le milieu des théâtres à Paris est un petit milieu. Tout le monde se connaît. Si j’ai beaucoup tourné d’un théâtre à l’autre, depuis trois ans, je ne tourne plus que sur deux opéras parisiens, l’Opéra-comique et le théâtre des Champs Elysées. Je travaille sur des opéras, des concerts et des spectacles de danse. Je suis machiniste, c’est mon métier depuis le début. Le machiniste est celui qui intervient sur le plateau et c’est incroyable le nombre d’actions à faire sur un plateau. Alors que les électros, font la lumière, les sondiers font le son – on les appelle ainsi, c’est un vrai terme dans le glossaire – les machinistes font tout le reste. C’est nous qui passons la serpillère mais c’est aussi nous qui accrochons un comédien qui s’envole à 10 mètres de haut. 

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Quels impacts des technologies numériques sur le travail ?

Participez à ce projet en racontant, avec la Compagnie, ce que le numérique fait à votre travail.

IA : deux lettres qui suscitent intérêt, voire fascination, autant que peurs et suspicions. Machines génératrices de textes, d’images, de sons, ou de lignes de code, systèmes de tri et d’analyse de données, de diagnostic médical ou technologique, de pilotage de robots ou d’usines entières, elles s’invitent aujourd’hui au travail. Elles déferlent de plus en plus vite, dans tous les corps de métier ou presque.
Mais que changent-elles concrètement dans l’exercice de son activité ? Apportent-elles un plus permettant par exemple de se libérer de tâches astreignantes ? Introduisent-elles de nouvelles contraintes ? Comment s’en débrouille-t-on, soi-même et avec les autres ? Qu’est-ce qu’on vous demande, qu’est-ce que ça vous demande ?

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« C’est moi qui ai fait le premier pas… » 

Yannick, électromécanicien

J’ai été embauché en intérim en 1989, dans une PME d’électricité générale. Je travaillais en équipe sur des sites d’industries chimiques, des hôpitaux. On montait toute l’électricité de A à Z. Dans l’agroalimentaire, on entretenait les chaînes de production. On assurait aussi de la maintenance dans les centrales nucléaires, un travail très spécifique. Plus le temps passait, plus l’entreprise avait confiance en moi, et je suis passé chef d’équipe. Mais en avril 98, à l’âge de 27 ans, j’ai été victime d’un accident de voiture sur le trajet pour aller au travail. Ironie du sort : doté d’un CAP électromécanicien, je suis rentré dans un poteau EDF !

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Travail & Territoire à Saint-Nazaire

Le projet se poursuit, avec le Centre de Culture Populaire

Le pont de Saint-Nazaire

Depuis deux ans, nous avons entrepris d’explorer à Saint-Nazaire les liens entre Travail et Territoire. Une trentaine de récits de travail sont en ligne sur notre site. Aujourd’hui, le Centre de Culture Populaire (CCP) de Saint-Nazaire engage un projet sur ce thème, financé notamment par la DRAC des Pays de la Loire. Ce projet nous enthousiasme : donner à voir, comprendre et discuter le travail; mettre en évidence les rapports que le travail entretient avec son environnement géographique, historique, socioculturel. Au programme : collecter de nouveaux récits, mettre le travail en voix, en images, en musique – et en débat – dans le territoire de Saint-Nazaire.

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Quand le handicap bouscule les collectifs de travail

Ce qui ressort des récits de travail que nous avons déjà publiés

Ce qui ressort des récits de travail des personnes en situation de handicap est qu’un des effets de leur intégration au travail est de questionner la distribution des rôles, les hiérarchies, les procédures et, la plupart du temps, l’échelle des valeurs et le sens même du travail. 

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“ On me regarde pour me comprendre ou pour voir l’eczéma sur mon visage ? ”

Stéphanie, fondatrice et directrice de l’association Française de l’Eczéma

Représentation de « À fleur de peau »
au Théâtre de la tour Effeil – 2024

À l’époque où je participais à des congrès de dermatologie alors que j’étais sujette à des crises d’eczéma, j’étais, parmi toutes les associations présentes, la représentante qu’on voyait le plus. Quand j’allais rendre visite aux autres congressistes sur leurs stands, ces derniers me parlaient vraiment de leur association et des actions qu’ils promouvaient. Mais, dès que je m’exprimais, l’attention se concentrait sur mon cas personnel.  Cela résume assez bien les difficultés que j’ai constamment dû surmonter, et justifie le fait que l’eczéma soit reconnu comme maladie invalidante, classée « affection de longue durée ». 

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“Ils disent que j’ai un super-pouvoir”

Sami, instituteur en CE1

L’école internationale de Lyon – Wikicommons

Mes collègues instits trouvent que j’ai une plus grande capacité qu’eux à repérer rapidement les élèves en difficulté. Ils disent que j’ai un super-pouvoir… Dans leur classe, ils peuvent voir tout ce qui se passe, déceler des choses sur les visages, mais ils ne peuvent pas regarder chacun des vingt-six élèves tout le temps… et ils n’entendent pas tout… Moi qui suis non-voyant, je repère les émotions, les états d’âme de tel ou tel élève, rien qu’à sa voix.

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« Moi, j’aime pouvoir faire mon travail de manière bien organisée »

Jordan, agent de service au sein d’une maison de retraite

Le maniement de l’auto-laveuse

Au début de mon travail d’agent de service en maison de retraite, la cadence était trop intense pour moi. Je m’efforçais de me concentrer sans arrêt pour bien réaliser ce qui m’était demandé : réceptionner le linge propre, le trier, le plier… Si les changements me troublent ou si me concentrer me demande plus d’efforts qu’aux autres, c’est que je suis classé comme autiste léger.  Je souffre en effet de dysgraphie et de difficultés de langage. Compte tenu de mon handicap, le médecin du travail a proposé un emploi du temps aménagé. Je travaille cinq jours par semaine, du lundi au vendredi, pour un total de trente heures. Et je commence une heure plus tard que mes collègues, à sept heures trente. 

Aujourd’hui, je peux dire que, dans mon travail, je tiens le rythme. Je m’adapte aux petits imprévus, mais si un changement intervient sans que j’aie été prévenu, ça me stresse. C’est par exemple le cas, quand je dois interrompre soudainement le maniement de l’auto-laveuse. Moi, j’aime bien pouvoir faire mon travail de manière organisée.

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Un « retour à la normale » qui ne peut pas être un « retour en arrière »

Vincent, technicien en laboratoire d’analyses biologiques

« Je ne pouvais pas m’installer dans les grands open-spaces où le moindre virus se transmet à toute vitesse« 

« On t’enlève du labo, on te met sur un ordinateur ».  C’est la solution que mes employeurs ont proposée, il y a deux ans, quand, après avoir combattu un lymphome hodgkinien, je suis revenu travailler dans le laboratoire qui m’emploie. Ce cancer du sang, traité ordinairement facilement, avait été réfractaire aux traitements les plus efficaces. Il a fallu, pour le vaincre, passer par une autogreffe de moelle osseuse. Affaibli par les chimiothérapies et les divers traitements, avec des défenses immunitaires très déficientes, j’ai repris mon travail, en juin 2023, dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique et sous le statut de « handicapé temporaire ». Non seulement, en effet, j’avais besoin d’un aménagement de poste pour m’aider à gérer la fatigue, mais il était hors de question de m’exposer aux risques biologiques évidents dans tout laboratoire d’analyses… 

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Le travail dans le territoire de Saint-Nazaire, raconté par ceux qui le font

Une trentaine de récits à parcourir pour découvrir les liens entre Travail et Territoire

En mars 2022, la Compagnie Pourquoi se lever le matin publiait le premier d’une série de récits réalisés dans la région de Saint-Nazaire sur le thème Travail & Territoire, dans cette région ouvrière rurale et urbaine, en voici la liste

Agathe, libraire indépendante en SCOP : Libraire engagée dans la ville
Amaury, professeur d’Histoire et Géographie au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire : Quand les lycéens découvrent leur ville
Antoine, régisseur général à la mairie de Saint-Nazaire : « Faire ensemble » autre chose que le travail tout en gardant la solidarité qu’on trouve dans le travail
Aurélie, guide-conférencière à « Saint-Nazaire Renversante » : Je cherche à ce que la fascination que j’éprouve pour ce territoire industrialo-portuaire embarque les visiteurs
Brahim, soudeur sur les grands chantiers : Souder, souder, raccorder, raccorder… des tubes et des tubes…

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“Souder, souder, raccorder, raccorder… des tubes et des tubes…”

Brahim, soudeur sur les grands chantiers

Brahim sur un navire en construction. Au loin, le port de Saint-Nazaire

J’habite dans le sud de l’Espagne depuis que j’ai seize ans. Mon père y travaillait, et nous avons quitté le Maroc avec le reste de la famille pour le rejoindre. Maintenant, j’ai les deux nationalités et j’ai acheté une maison en Espagne. J’avais commencé ma formation de soudeur au Maroc, je l’ai terminée en Espagne et j’ai commencé à travailler à 18 ans. Depuis, j’ai travaillé dans toutes les régions d’Espagne, puis en Finlande, aux Pays-Bas, en France et ailleurs. Et me voilà depuis presque deux ans aux Chantiers Navals de Saint-Nazaire.

Le chantier ressemble à une sorte de Lego géant où l’on assemble des blocs qui sont des morceaux de paquebot. Les panneaux qui vont faire les blocs sont très grands et il faut y souder les tuyaux dans les trous prévus. Je soude les tubes et quand j’ai fini mon travail, la grue se saisit du bloc entier et le pose sur le bateau Et ainsi de suite. Après, quand les panneaux sont installés, je monte raccorder leurs tuyaux.

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Rechercher un emploi : une contrainte douloureuse et blessante

Pierre, chômeur et militant

On voit les grandes entreprises, mais pas les sous-traitants qui représentent un part énorme de leurs emplois

Avant d’être éducateur spécialisé en contrat à durée indéterminée, puis d’affronter de graves  soucis de santé qui ont abouti à un licenciement pour inaptitude, j’avais connu des périodes de chômage parfois très longues, très éprouvantes, entrecoupées de petits contrats d’animateur socio-culturel et de périodes où j’exerçais en tant que remplaçant. Mon état de santé s’étant aggravé, je bénéficie aujourd’hui d’une pension d’invalidité. Heureusement, les soins que j’ai suivis me permettent de mener maintenant une activité de militant à l’union locale du syndicat et d’accepter un statut qui fait que je ne suis ni à la recherche d’emploi ni salarié. Revenir au chômage, c’est quelque chose qui me fait très peur. 

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Hébergement solidaire : un bénévolat à plein temps

Enoch, militant associatif

Quand P a débarqué en 2019 à la « maison du peuple » de l’avenue Albert de Mun (MDP 2),  qui servait de point de ralliement au mouvement des Gilets Jaunes, il était mineur et sans domicile fixe. Il avait été mis à rue par sa tante et il est arrivé avec le flot de ceux qui disaient : « On n’arrive pas à boucler les mois, on est dans une situation désastreuse ». Il y avait là des gens qui vivaient dans des voitures, dans la rue, beaucoup de jeunes. On n’a pas supporté l’idée que, le soir, on devrait fermer la porte de la maison qui nous servait de lieu de ralliement, en disant à ces gens d’aller dormir dehors et de revenir quand on rouvrirait le lendemain matin. Donc on a aménagé des chambres : « Installez-vous… ».

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Trouver un terrain d’entente

Émilien, entrepreneur en rénovation immobilière

À Saint-Nazaire, un immeuble épargné par les bombes et ses récents voisins

Le métier que j’exerce aujourd’hui suppose de s’adapter en permanence aux clients et aux imprévus. C’est une occasion quotidienne d’apprendre. J’ai en effet créé mon entreprise il y a quelques années et je pilote désormais une activité dans le bâtiment et la rénovation, un secteur économiquement porteur, sur un territoire caractérisé par une grande diversité sociale et économique et une grande diversité de besoins. À La Baule, on n’a pas la même clientèle qu’à Saint-Nazaire, Montoir, Donges ou même Pontchâteau. 

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Quand on est entendu, on peut accepter  qu’une réponse soit différée

Virginie, agent d’accueil à la CPAM de Loire-Atlantique

Parole recueillie en septembre 2022 par Jacques et Pierre, mise en texte par Christine

La CPAM de Loire-Atlantique

Parfois, les gens nous voient encore  à l’ancienne, comme le guichet de « la sécu » où l’on appelle : « numéro 302 ! ». En fait, ce n’est pas du tout ça. Je reçois les assurés comme j’aimerais être reçue. J’appelle la personne par son nom de famille, pas par un numéro. Plutôt que de  l’attendre  assise à mon bureau, je me lève pour aller à sa rencontre. Les situations auxquelles j’ai affaire sont très variées. C’est par exemple une dame qui vient parce que son mari est mort de l’amiante ; il s’agit d’un dossier de maladie professionnelle post mortem. Ça peut être une question d’affiliation, un enfant qui vient de naître ou un étranger qui arrive. Je peux m’occuper de la prise en charge des implants capillaires de quelqu’un qui a un cancer, d’un dossier d’invalidité, d’une rente d’accident du travail, d’un appareillage auditif ou d’une prise en charge d’orthodontie. Je me suis récemment occupée d’obtenir une aide extraordinaire pour un recours à une diététicienne, alors que cela n’est normalement pas pris en charge par la CPAM. Je prends la demande et j’essaye d’y répondre. Mais, la législation ne cessant d’évoluer, je me pose tous les jours de nouvelles questions, la plupart du temps très techniques. Il faut plus de six mois pour former un agent d’accueil. 

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