Note de lecture de cet ouvrage qui va a rebours de bien des idées reçues sur les chômeurs.
Dominique Lhuilier, Dominique Gelpe, Anne-Marie Waser (Sous la direction de), Editions Éres, collection Clinique du travail, Toulouse, 2024, 316 p., 23 €.
Cette note de lecture nous amène à découvrir l’ouvrage, qui fait écho à plusieurs des récits que nous avons publiés, notamment ceux d’un chômeur, d’un salarié placé en « poste aménagé » et d’un médecin exerçant dans une PASS (les liens sont dans le texte). Pour poursuivre, voir aussi l’article de Dominique Lhuillier « Qui s’intéresse à la santé des chômeurs ? » paru aujourd’hui dans « The Conversation »
Un point de vue construit par Serge Jamgotchian à partir de sa pratique d’évaluation des risques professionnels
La crise d’attractivité que traversent les établissements et services sociaux et médico-sociaux à but non lucratif est largement partagée et documentée. Les difficultés de recrutement et de fidélisation se traduisent notamment par un accroissement du nombre d’intérimaires. Cette perte d’attractivité serait-elle le symptôme d’une perte de sens au travail si ce n’est d’un mal-être ou d’une souffrance au travail ? N’est-elle pas également le signe d’une transformation des trajectoires professionnelles et de nouvelles aspirations des salariés ? En quoi l’évaluation et la prévention des risques psychosociaux en s’inspirant des « ergodisciplines » peut-elle concourir à rendre plus attractifs ce secteur et les métiers du « prendre soin » ? En définitive, il ne semble pas possible, ni souhaitable, d’espérer restaurer l’attractivité des structures du « prendre soin » si l’on ne prend pas soin des institutions dont c’est le métier et de celles et ceux qui y travaillent.
Avec le film Petites mains (sous-titré : La lutte avec classe), sorti le 1er mai, tout un symbole !
Je suis ressortie de la salle le cœur gros comme ça avec l’impression d’avoir reçu une grande claque.
Des histoires parallèles se croisent. Le travail réel des femmes de chambre dans les suites du palace et celui de celles qui font le piquet de grève devant le palace ; les femmes de chambres, les internes (en CDI) et les externes, (en sous-traitance) ; les amours, les vies de couple, les vies familiales des personnels / personnages ; la femme de chambre expérimentée (interne), qui jamais ne fait grève et qui doit s’enquiquiner à former une petite jeune qui vient d’arriver (externe), embauchée pour « casser la grève » ; le bagagiste qui a la chance de plus que tripler son salaire car il est en contact avec le riche client (« 500€ pour changer la chaîne de la télé ») et les femmes de chambre, invisibles, qui ne gagnent que 12€ par « unité » de 45 minutes ; le client qui débourse « 16€ pour un coca, 74€ pour un sandwich club de pain de mie » ou l’équivalent, pour une nuit, du salaire annuel d’une femme de chambre ; la « vieille » femme de chambre qui fait tout pour dégoûter la jeune qui vient d’arriver : « Mais qu’est-ce tu fous là ? », sous-entendu, à ton âge, tu ferai mieux de retourner à l’école, conseil que cette dernière finira d’ailleurs par suivre.
Un livre de François Ruffin, nourri de paroles qui entrent en résonance avec nos récits de travail
« C’est l’irréductible liberté nichée au coeur du travail qui fait de ce dernier un enjeu politique majeur »
Si l’auteur écrit avec la verve du journaliste, il s’exprime ici à partir de son travail de parlementaire, dans sa circonscription, sur le terrain, et à l’Assemblée nationale sur le sujet de la Branche AT-MP de la Sécurité sociale, avec ses auditions et ses nombreuses lectures. Il y a beaucoup de travail dans ce livre du député-reporter. Puissent tous nos parlementaire et leurs équipes enquêter ainsi et maîtriser aussi finement les dossiers qui leur sont confiés ! Le livre commence par un constat : la fierté craque.
Pour les passeurs d’histoires (vraies) de travail que sont les compagnons de Pourquoi se lever le matin, le dernier article de l’ami Jean-Marie éclaire les enjeux pour le travail, pour les travailleurs, et plus largement pour les citoyens que nous sommes.
Pour preuve, en voici quelques extraits Quand les salariés parlent de leur travail, quand des récits révèlent les « mondes sociaux » du travail, c’est en fait le travail qui parle. Et c’est ce dont on a besoin dans le moment présent. C’est une part du travail réel et du rôle des acteurs que l’on peut révéler, mettre au jour grâce au récit. Or, il fait défaut. Le manque de récit dans le travail et l’entreprise rejoint d’ailleurs un manque que l’on constate plus largement dans la société, dans le champ politique. Le récit s’appuie sur l’enquête, l’entretien, la parole donnée aux acteurs. Il faut pouvoir sentir comment les choses se mettent en place, comment un métier se déploie, s’organise. Pas de récit sans enquête, sans attention aux faits, sans « passeurs du réel ». Le récit raconte ce qui peut être dit et fait dans un groupe ou un collectif. Il a une force de légitimation des acteurs, en l’occurrence des salariés quand il s’agit du travail.
Dominique Lhuillier, Dominique Gelpe et Anne-Marie Waser présentaient leur ouvrage le 27 mars dernier au CNAM
Les médias évoquent de manière récurrente les difficultés rencontrées par nombre de branches professionnelles pour pourvoir des emplois vacants. Ils rappellent parallèlement que le taux de chômage demeure en France supérieur à 8% de la population active. « Suffirait-il de traverser la rue », ou de : « Faire le tour des brasseries installées en front de mer pour obtenir un emploi » ? Mais que savons-nous du vécu professionnel et personnel des personnes en quête d’emploi sachant que 40 % d’entre eux ne sont pas indemnisées. Cet angle mort conforte la diffusion d’idées reçues sur leurs situations : ils seraient des « tire au flanc », des « assistés profitant de la solidarité nationale », … Dès lors, ces représentations légitiment aux yeux du grand public le développement de normes destinées à réduire les droits des demandeurs d’emploi à une prise en charge.
Sandra Enlart évoquait son essai « Quand le bien et le mal s’invitent au travail » lors d’une Master Class de l’ITMD le 21 mars dernier
Presses Universitaires de France – 2022
Lors de la Master class organisée par l’ ITMD le 21 mars 24. Sandra Enlart parle de son dernier essai : « Quand le bien et le mal s’invitent au travail » , une étude sur les discours moraux dans et sur l’entreprise. Le monde de l’entreprise, comme le monde du travail en général, est traversé par des croyances et des discours moraux. Qui sont les bons, qui sont les méchants ? Qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal ? Ces certitudes fonctionnent souvent sur un mode moral binaire : les bons – les méchants, le vrai – le faux, les ringards – les modernes. Elle note ainsi une antienne chez les managers, les salariés, les syndicats d’une part et une autre chez les chercheurs ou critiques d’autre part. Des refrains dans et hors l’entreprise, teintés de morale qui ont pour intention de responsabiliser, de définir le bien, le juste, le vrai… sans que quiconque ait évalué la véracité des propos tenus. Elle a voulu comprendre les implicites, les postures sous-jacentes, les aveuglements, les croyances, ces « comment on pense », d’un côté comme de l’autre, sans porter de jugement moral ou philosophique.
Jordan, agent de service au sein d’une maison de retraite
Parole recueillie par Martine, mise en récit par François, Martine et Pierre
Le maniement de l’auto-laveuse
Au début de mon travail d’agent de service en maison de retraite, la cadence était trop intense pour moi. Je m’efforçais de me concentrer sans arrêt pour bien réaliser ce qui m’était demandé : réceptionner le linge propre, le trier, le plier… Si les changements me troublent ou si me concentrer me demande plus d’efforts qu’aux autres, c’est que je suis classé comme autiste léger. Je souffre en effet de dysgraphie et de difficultés de langage. Compte tenu de mon handicap, le médecin du travail a proposé un emploi du temps aménagé. Je travaille cinq jours par semaine, du lundi au vendredi, pour un total de trente heures. Et je commence une heure plus tard que mes collègues, à sept heures trente.
Aujourd’hui, je peux dire que, dans mon travail, je tiens le rythme. Je m’adapte aux petits imprévus, mais si un changement intervient sans que j’aie été prévenu, ça me stresse. C’est par exemple le cas, quand je dois interrompre soudainement le maniement de l’auto-laveuse. Moi, j’aime bien pouvoir faire mon travail de manière organisée.
En ce 8 mars, un peu par hasard, j’ai écouté le Podcast « Outside Kaboul » sur Radio France. La journaliste Caroline Gillet a recueilli pendant plus de deux ans, dès 2021, le témoignage de Marwa et Raha, deux jeunes femmes afghanes actuellement en exil en France. Elle publie leurs paroles dans le podcast. Au passage Caroline Gillet cite et loue les technologies numériques, inconnues lors de sa formation de journaliste , comme étant au cœur de la réalisation de ce podcast. Elle n’est jamais allée à Kaboul, elle n’a rencontré physiquement Marwa, exilée à Paris, que tard après les premières paroles échangées. Ces récits co-construits par ces 3 femmes, une encore à Kaboul, Raha, l’autre exilée en France, qui a pu s’inscrire dans une haute école française, nous ramènent à la condition des femmes, bien sûr. La leur et la nôtre dans un pays occidental.
Elle entre dans la salle du conseil, tailleur noir, talons hauts, un vêtement féminin mais sans ostentation. Les administrateurs, réunis pour la circonstance, la découvrent ce jour-là. L’accueil est courtois. Elle s’assoit naturellement à une place laissée libre mais rien ne se passe. Ils attendent que le patron de Margaret arrive. Mais Margaret est elle-même le patron. Après trois minutes ou plutôt plusieurs secondes de flottement, tout rentre dans l’ordre et elle peut présenter son projet. Plusieurs vont lui couper la parole mais elle en a l’habitude. Dans les réunions, les femmes se font interrompre plus souvent que les hommes, y compris à niveau de responsabilité équivalent. L’arrivée des femmes dans la sphère du travail est toujours une aventure. Pour elles mais aussi pour les hommes.
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Travail & Handicap : un nouveau thème de travail pour la Compagnie
Accueillir des personnes en situation de handicap dans le milieu professionnel : tout le monde est pour. Mais, au-delà de l’adaptation du poste de travail, personne ne sait trop comment ça se passe ni comment faire. Des dispositifs de formation ou d’accompagnement existent ; il nous paraît surtout essentiel de montrer des situations réelles, de donner l’occasion à des personnes handicapées de raconter des insertions plus ou moins réussies – ou même problématiques – dans le monde du travail. Nous avons publié un premier récit de travail, celui de Vincent, technicien de laboratoire qui reprend son travail après une maladie grave. Ses horaires et ses activités devront être adaptés à sa situation. Les activités qui. lui seront confiées vont changer, et changer Vincent.
La démarche de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! fait école
L’association française de communication interne (Afci) https://www.afci.asso.fr/ qui réunit les communicants internes de nombreuses entreprises françaises vient de démarrer un atelier visant à collecter des récits de métiers de ses adhérents. Vincent Brulois, administrateur de l’Afci, présente ici la méthode de recueil et de production des récits de métier de communicants. Elle est basée sur la méthode mise au point par La Compagnie Pourquoi se lever le matin !
Jacques Viers, membre de la Compagnie et du groupe de travail de l’Afci
François a lu pour nous : Mémoire ouvrière en Val d’Aubois – Journal de recherche, par Laurent Aucher, Éditions La Bouinotte, Châteauroux, 2022, 167 p. 19 €
A la lecture du titre, nombre de lecteurs pourront assez légitimement se poser deux questions. D’une part, en quoi un ouvrage destiné à rendre compte d’une mémoire ouvrière peut-il apporter une contribution significative à un champ dont la bibliographie s’avère fort abondante voire redondante ? D’autre part, où situer le Val d’Aubois ? Dans les Vosges frappées par la désindustrialisation ou dans le Massif central en lien avec l’épuisement de quelque mine ? C’est le sous-titre qui nous éclaire sur l’originalité du propos, conforté dans l’introduction par l’explicitation du projet de Laurent Aucher : « Saisir la sociologie en actes : tel est, me semble-t-il, le premier intérêt de ce carnet » (p.17). L’auteur affirme donc vouloir révéler les conditions très concrètes de son travail de chercheur en sciences sociales. Tel un modeste artisan fier des outils qu’il a lui-même fabriqués, il nous conduit dans les coulisses de son enquête.
Vincent, technicien en laboratoire d’analyses biologiques
Parole recueillie et mise en récit par Pierre
« Je ne pouvais pas m’installer dans les grands open-spaces où le moindre virus se transmet à toute vitesse«
« On t’enlève du labo, on te met sur un ordinateur ». C’est la solution que mes employeurs ont proposée, il y a deux ans, quand, après avoir combattu un lymphome hodgkinien, je suis revenu travailler dans le laboratoire qui m’emploie. Ce cancer du sang, traité ordinairement facilement, avait été réfractaire aux traitements les plus efficaces. Il a fallu, pour le vaincre, passer par une autogreffe de moelle osseuse. Affaibli par les chimiothérapies et les divers traitements, avec des défenses immunitaires très déficientes, j’ai repris mon travail, en juin 2023, dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique et sous le statut de « handicapé temporaire ». Non seulement, en effet, j’avais besoin d’un aménagement de poste pour m’aider à gérer la fatigue, mais il était hors de question de m’exposer aux risques biologiques évidents dans tout laboratoire d’analyses…
En réaction à l’annonce d’Emmanuel Macron pour la rémunération au mérite des fonctionaires
« De la normalité d’être rémunéré davantage si l’on travaille plus » : une fausse évidence qui nie la réalité du travail. Olivier réagit après l’annonce, par Emmanuel Macron, d’une prochaine « rémunération au mérite » au sein de la fonction publique. Cette dernière est-elle vraiment différente de la rémunération à la tâche : celle d’une production évaluée par la hiérarchie ? La rémunération à la qualification actuellement appliquée dans la fonction publique, est-elle un frein à sa modernisation ? Pourquoi ne pas revenir aux principes de rémunération inscrits dans certains statuts, comme celui des IEG, totalement inverses des conceptions néolibérales du travail et de sa rémunération ?
Rémunération à quoi ?
Emmanuel Macron, parmi les annonces faites lors de sa conférence de presse, a annoncé son intention de déployer la rémunération au mérite au sein de la fonction publique, notamment à l’Éducation Nationale, présentant cette mesure comme l’un des éléments de réponse aux difficultés que rencontre l’école et aux difficultés de recrutement des enseignants.
Au cours du temps, de nombreux qualificatifs ont été utilisés pour qualifier la rémunération conçue comme la contrepartie du temps passé au service de l’employeur. Par exemple le salaire à la pièce ou à la tâche, le salaire à la qualification de la personne ou de l’emploi et le salaire au mérite. Ces qualificatifs ne sont pas neutres car définissant le statut des salarié-e-s et donc celui du travail et les outils de sa rémunération. La rémunération au mérite est-elle vraiment différente de la rémunération à la pièce ou à la tâche, enfermant le salaire dans la seule contrepartie d’une production évaluée par la hiérarchie, par le management pour reprendre les termes de l’entreprise ? Et pourquoi la rémunération à la qualification, caractéristique des statuts de la fonction publique et des entreprises publiques adoptés en 1946, a-t-elle été présentée depuis plusieurs décennies comme inadaptée, dépassée et frein à leur modernisation ?
Un film de Gilles Perret pour voir et comprendre le travail dans une petite exploitation agricole
Le film de Gilles Perret sort en salle alors que la colère des agriculteurs fait la Une de l’actualité. Nous y retrouvons le regard aiguisé que le cinéaste porte sur le travail, comme nous avions déjà pu le voir avec « De mémoires d’ouvriers ». Martine a vu « La ferme des Bertrand ».
Gilles Perret vient en voisin filmer la ferme de la famille Bertrand depuis 1972, date du premier documentaire qu’il leur a consacré. Il revient en 1997, puis en 2022. La ferme des Bernard sort cette année, en 2023. Dans ce troisième documentaire, nous nous promenons dans le temps et dans l’espace. Les trois époques s’entrelacent, retour en arrière, comparaisons avec les techniques qui, progressivement prennent le pas sur le travail physique, très dur, de ces paysans montagnards : « Le travail, tout le temps, mais nous pensons qu’il n’y a pas d’autres façons de faire pour essayer de s’en sortir ». Le film commence par la visite d’une autre ferme et de sa trayeuse qui, munie d’une caméra détecte les pis de la vache, les lave et va automatiquement se fixer sur les tétines.
« Les masters class de l’ITMD ou comment entendre des points de vue sur le travail »
Nous avons l’honneur d’inviter François Granier qui nous présentera à partir de ses travaux quels enseignements et quels scénarios pour le futur du travail?Francois Granier est sociologue, chercheur associé au sein du Lise (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique – Cnrs/Cnam) et membre de l’association « La Compagnie. Pourquoi se lever le matin! »
Écouter le podcast de la conférence APSE du 12 décembre, visualiser le support de présentation
Le mardi 12 décembre 2023 à Paris au Café du Pont-Neuf mais également en ligne, François Granier a présenté son ouvrage « Le travail à l’épreuve de la pandémie – Scénarios pour demain » paru aux éditions « Raison et Passions », en septembre 2023. Plus de vingt-cinq participants étaient assis à l’étage du Café du Pont Neuf à Paris alors qu’une vingtaine étaient « en ligne ». En introduction, Jacques Viers a présenté les finalités de l’association « La Compagnie. Pourquoi se lever le matin ! » et rappelé ses méthodes de recueil de récits de travail. François a présenté son ouvrage de manière très pédagogique en projetant des extraits des 55 récits de travail qu’il a analysés. Il a aussi évoqué les coulisses de la fabrication du livre avec les membres de la Compagnie et débattu de l’approche sociologique qu’il a utilisée pour construire l’ouvrage: l’analyse culturelle des organisations (Sainsaulieu- Piotet). Il a également discuté les scénarios proposés dans l »ouvrage.
Une interview de François Granier, à lire sur le site de « Non Fiction »
Le vécu des travailleurs, les revendications d’autonomie et les questions qu’a pu susciter le télétravail, les difficultés des entreprises pour répondre à ces évolutions, les « futurs possibles » : 5 questions posées à François, auxquelles il répond dans l’interview publiée ce 7 janvier par le site « Non fiction ».
La critique d’un lecteur qui a décerné 5 étoiles à l’ouvrage
» Le confinement de mars 2020 et les avatars qui lui ont succédé ont généré nombre d’études et de recherches sur la question du travail comme expérience existentielle, comme activité groupale ou individuelle. L’espace de travail, par exemple, s’est imposé comme un objet d’étude de premier plan qui a intéressé les sociologues des organisations, les psychologues du travail, les ergonomes, les chercheurs en sciences de gestion… Les travaux sont pléthoriques sans que tous atteignent pour autant une scientificité à la hauteur de leurs ambitions et prétentions. Dans ce contexte de surabondance éditoriale, la publication le travail à l’épreuve de la pandémie. Scénarios pour demain portée par François Granier, sociologue confirmé se référant au courant de l’analyse culturelle des organisations instituée par le regretté Renaud Sainsaulieu, apporte un souffle inédit au coeur de cette production somme-toute conventionnelle. »
C’était le 21 décembre 2021, à l’invitation des « Jeudis populaires » du Centre de Culture Populaire.
Le 21 décembre, à l’invitation des « Jeudis populaires » Pierre est venu échanger avec les adhérents du « Centre de Culture Populaire de Saint-Nazaire » autour du projet et des réalisations de la « Compagnie Pourquoi se lever le matin ! ». La démarche de la Compagnie a suscité d’autant plus d’intérêt que le CCP œuvre depuis 60 ans pour conjuguer travail et culture. De son côté, la Compagnie a produit plusieurs ouvrages qui ont donné la parole aux travailleurs de Saint-Nazaire. Ce fut le cas particulièrement pour le livre « Le train comme vous ne l’avez jamais lu » (éd. de l’Atelier) qui a été réalisé en grande partie grâce à la coopération des cheminots nazairiens ; et pour « L’urgence c’est de vivre » (ed. de l’Atelier) dont l’objet a été de recueillir les récits des personnels qui forment la chaîne de soins du service d’oncologie de la Clinique mutualiste.
Prochaine séance le 18 janvier autour du film « Divertimento »
Le CRTD et le LISE organisent et animent un ciné-club au CNAM autour du travail, à partir d’un choix de films et de documentaires qui mettent en lumière des aspects du travail peu accessibles autrement. Divertimento : A 17 ans, Zahia Ziouani rêve de devenir cheffe d’orchestre. Sa sœur jumelle, Fettouma, violoncelliste professionnelle. Bercées depuis leur plus tendre enfance par la musique symphonique classique, elles souhaitent à leur tour la rendre accessible à tous et dans tous les territoires. Alors comment peut-on accomplir ces rêves si ambitieux en 1995 quand on est une femme, d’origine algérienne et qu’on vient de Seine-Saint-Denis ? Avec détermination, passion, courage et surtout le projet incroyable de créer leur propre orchestre. Le visionnage du film sera suivi d’un DÉBAT avec :Marie-Castille Mention-Schaar, réalisatrice du film, Yaïr Benaïm, chef d’orchestre et Sylvie Rouxel, sociologue. Pour recevoir le lien de la séance (en visioconférence) avec la projection du film et le débat (en direct) : demande d’inscription obligatoire sur le site du LISE
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Travail & Territoire
Saint-Nazaire, territoire industrialo-portuaire
Julia Cagé, Thomas Piketti et François Ruffin analysent les liens entre le vote des classes populaires et ce qu’est devenu le travail
Le travail dans le territoire de Saint-Nazaire raconté par ceux qui le font, c’est aujourd’hui une trentaine de récits où découvrir ce que le territoire fait au travail, et vice-versa. Les analyses respectives des économistes Thomas Piketty et Julia Cagé, et du député de la Somme François Ruffin confirment la nécessité de s’intéresser à la réalité du travail dans les territoires, notamment les zones rurales, et néanmoins industrielles. La Rédaction de Médiapart les a réunis pour échanger autour de leurs données, issues de statistiques électorales et du terrain. Nous en parlons dans ce billet.
« Parfois, je dois me contorsionner »
Dernier récit publié : “Souder, souder, raccorder, raccorder… des tubes et des tubes…”, le travail de Brahim, soudeur sur les grands chantiers de par le monde, actuellement salarié d’un prestataire des chantiers de Saint-Nazaire. « … Il y a une chose qui me plait aux Chantiers de Saint-Nazaire, et que je n’ai vue nulle part ailleurs : chaque matin, en arrivant au travail, tout le monde se salue. Tous les ouvriers, pas seulement les soudeurs, viennent te dire : « Salut ! ». […] Quand il y a un travail difficile, ils m’appellent et ils me disent: « Toi, tu es capable de le faire ». Par exemple, quand le soudeur n’arrive pas à pointer sa torche pour souder dans un recoin, j’y vais et je soude avec un miroir. C’est un miroir professionnel, qui permet de regarder tout le tour de la soudure. Je ne vois pas ce que fait ma main, je soude seulement en regardant dans le miroir, où l’image est à l’envers. Peu de soudeurs savent le faire. » Dans le prochain récit, à paraître, on découvrira comment une installation industrielle d’envergure, plutôt que d’être abandonnée pour obsolescence, peut être transformée grâce à la coopération des cadres, des ouvriers et des techniciens.
Le travail à l’épreuve de la pandémie rencontre-débat le 12 décembre 2023
Le 12 décembre, François est convié par l’APSE à présenter le livre. Il évoquera notamment les coulisses de la réalisation des récits de travail lors de la pandémie : pourquoi et comment recueillir des récits sur le vécu des transformations du travail à cette occasion ? Quelles questions méthodologiques et déontologiques se sont posées ? Lire la suite …
Les mots du travail– de la cacophonie vers la polyphonie Un atelier autour du mot « manageur »
C’était le 14 septembre à l’université de l’APSE, un atelier animé par la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! « Mettre en mots des histoires de travail » : c’est ce que nous faisons. Nos mots sont les paroles de ceux qui racontent leur activité, ce sont ensuite les mots du récit que nous publions. On y trouve beaucoup de mots de métier. Parfois, quelques néologismes de l’entreprise, souvent des mots en « ing » comme reporting ou en « ence » comme efficience. Ou des mots récupérés par l’organisation, comme la « qualité ». Nous-même au sein de la Compagnie avons chacun nos mots pour les lectures transverses que nous faisons des récits. Tous ces mots sont habités, voire surpeuplés dans une sacrée cacophonie. Les participants à l’atelier étaient invités à réagir à un mot du travail : manageur. Pour découvrir ce qu’ils ont produit, ainsi que l’usage que l’on trouve, ou pas, de ce mot dans les récits de travail que nous avons publiés, lire la suite…
La fabrique des mondes communs Réconcilier le travail, le management et la démocratie
Note de lecture
Ce livre, qui faisait partie de la sélection du Prix Afci 20231, est une véritable référence sur le tripode travail-management-démocratie. J’ai été enthousiasmé par sa lecture. L’auteur s’intéresse à la manière dont le management des entreprises influe sur le processus de socialisation des salariés : comment celui-ci peut-il humaniser et émanciper au lieu de déshumaniser et infantiliser, comme il tend à le faire actuellement. Comment pourrait-il contribuer à former des citoyens responsables et participatifs ? Lire la suite
La Fabrique des mondes communs : réconcilier le travail, le management et la démocratie un livre de Pierre-Olivier Monteil
Note de lecture
Ce livre, qui faisait partie de la sélection du Prix Afci 20231, est une véritable référence sur le tripode travail-management-démocratie. J’ai été enthousiasmé par sa lecture. L’auteur s’intéresse à la manière dont le management des entreprises influe sur le processus de socialisation des salariés : comment celui-ci peut-il humaniser et émanciper au lieu de déshumaniser et infantiliser, comme il tend à le faire actuellement. Comment pourrait-il contribuer à former des citoyens responsables et participatifs ?
Dans le cadre de son atelier de réflexion sur le thème du télétravail et du travail hybride, et dans le prolongement des échanges à l’occasion de l’Université APSE en septembre dernier, l’APSE vous convie à une rencontre-débat autour de l’ouvrage le travail à l’épreuve de la pandémie, scénarios pour demain (éditions Raison et Passions, 2023), en partenariat avec la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! Nous recevrons François Granier, chercheur associé au LISE (Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique), qui propose dans cet ouvrage une analyse sociologique à partir de 50 récits de travail recueillis par la Compagnie pendant la période de pandémie, et en particulier les confinements qui plongent des millions de personnes dans le télétravail, du jour au lendemain. Ces récits questionnent notamment les innovations qui ont pu émerger, les effets sur les relations socioprofessionnelles, les valeurs mobilisées pour redonner du sens au travail dans ce contexte. Sans poser un avis sur le devenir du télétravail ou du travail « hybride », l’analyse portée nous invite à explorer des scénarios possibles pour le futur, notamment sur les articulations entre temps et lieux de travail, sphère professionnelle et sphère personnelle.