J’ai envie de couper des cheveux, pas d’utiliser des produits toxiques

Isabelle, coiffeuse à domicile

De la main droite, je tire la mèche avec le peigne. Je la tire, je la dresse, je la remonte, je l’attrape avec la main gauche, et avec la droite je coupe au raz des doigts. Voilà, c’est ça. Le peigne et les ciseaux dans la même main, c’est bien ça le geste, maintenant je le fais sans y penser. Et je recommence. Tac tac, tac tac, tac tac. Ça a l’air simple, mais il faut tenir le rythme. En protégeant la lame dans le poignet, pour ne pas blesser… Ce sont des ciseaux bien particuliers, évidemment, des ciseaux de professionnelle, avec lesquels je peux couper très épais en une seule fois, sans effort. Des ciseaux à 350 euros, quand même.

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Tatoueuse : un métier-passion

Iza, tatoueuse

Le client qui entre dans mon atelier de tatoueuse a déjà une idée de ce qu’il veut que je grave sur sa peau… Mon rôle est de recevoir cette personne – plus souvent une femme qu’un homme – comme quelqu’un qu’il faut d’abord écouter. Est-ce que l’étoile, le phénix, le lotus qu’il ou elle me demande de tatouer correspondent bien à sa morphologie, à sa personnalité, à son besoin ? Souvent, je me rends compte alors qu’il s’agira d’un tatouage réparateur : recouvrir une cicatrice, une trace de brûlure, mais aussi soigner une blessure morale, un mal-être psychologique. Moi qui ai fait des études de psycho et qui rêvais de devenir éducatrice ou travailleuse sociale, je me retrouve dans mon élément.

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Les petites mains de Marina

Marina, praticienne en massage de bien-être

L’inauguration du nouveau local de Marina

Au centre de bien-être de cette station de vacances il fallait enchaîner les séances de massage en limitant les moments d’écoute ; juste installer la personne, prendre les infos sur les éventuelles contre-indications et passer très vite au massage. C’était une question de rentabilité. Comme je suis non-voyante, je ne pouvais pas assurer les accueils ni me servir de l’ordinateur. En échange, au lieu de six massages par jour, j’en devais huit ou neuf…

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J’étais la seule personne que ce petit monsieur reconnaissait

Fabienne, aide ménagère

Photo fournie par Dominique B.

Je suis encore en panne de voiture entre St Brévin et St Nazaire.  Heureusement je ne suis encore qu’au pied du pont mais je dois trouver une voiture de remplacement pour travailler. Ainsi, le mois dernier, c’est mon ancienne collègue et amie qui m’a prêté sa voiture pour aller travailler chez mes sept employeurs. Malheureusement, la mort fait partie de notre métier et mon amie s’en est allée vers l’au-delà la semaine dernière. Désormais sans voiture, je dois prendre le bus pour travailler avec des temps de trajet énormes.

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Ce travail réclame avant tout des qualités humaines d’écoute

Marie-Jo, aide-ménagère

Photo fournie par Dominique B.

Je suis à St Marc, dans le grand jardin de ce vieux Monsieur qui construit une superbe terrasse, et moi, je sers de conseillère pour l’architecte et les menuisiers. Je leur indique aussi que le monte-charge de cette construction ne pourra pas fonctionner. Ils doivent reprendre leurs plans. Qui suis-je pour conseiller, pour donner mon avis sur tel ou tel travail ? Je m’appelle Marie-Jo et voilà 29 ans que je travaille comme employée familiale. Mes tâches sont multiples : nettoyer les logements, récurer, faire les vitres, les chambres, effectuer les achats, prendre soin des personnes âgées, les écouter, les faire rire et les accompagner.

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« À vos soins »

Anne-Laurence, médecin anesthésiste à la Cité sanitaire de Saint-Nazaire et bénévole dans l’association « À vos soins » 

Le camion MarSOINS devant la CPAM de Saint-Nazaire (photo Anne-Laurence)

Dans le bloc opératoire de la Cité sanitaire de Saint-Nazaire, c’est le silence et la concentration. Les soignants se tiennent debout, immobiles, autour du patient allongé. Ils savent qu’il serait stressant pour ce dernier de s’endormir au milieu d’une espèce de brouhaha. Tous les regards sont tournés vers lui et guettent le moment où il va plonger dans le sommeil. Mon rôle de médecin anesthésiste est particulièrement important à cet instant. Je tiens le masque à oxygène derrière le patient et je me projette dans la suite des événements afin d’anticiper les éventuels problèmes. Ce qu’on appelle l’induction anesthésique, puis le réveil, sont en effet les périodes les plus à risque de l’intervention… 

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Alors oui, des fois je devrais virer des gens, je les garde

Christophe, conseiller en insertion professionnelle

Je suis conseiller en insertion professionnelle à Pôle Emploi, maintenant France Travail. Je suis entré à l’ANPE… il y a longtemps. En ce moment, je suis détaché sur une mission qu’on appelle “Accompagnement global“, financée par le Fonds Social Européen (FSE1). La structure dédiée à cet accompagnement global est un service social de la Mairie. L’idée, c’est de faire revenir au travail des personnes qui sont suivies par les services sociaux. Ces personnes sont très éloignées de l’emploi. Avant de les accompagner vers le retour au travail, il faut les aider à régler des difficultés plus immédiates : où dormir, comment se soigner, comment faire garder un enfant… qui sont des obstacles bien réels à une recherche d’emploi.

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“ On me regarde pour me comprendre ou pour voir l’eczéma sur mon visage ? ”

Stéphanie, fondatrice et directrice de l’association Française de l’Eczéma

Représentation de « À fleur de peau »
au Théâtre de la tour Effeil – 2024

À l’époque où je participais à des congrès de dermatologie alors que j’étais sujette à des crises d’eczéma, j’étais, parmi toutes les associations présentes, la représentante qu’on voyait le plus. Quand j’allais rendre visite aux autres congressistes sur leurs stands, ces derniers me parlaient vraiment de leur association et des actions qu’ils promouvaient. Mais, dès que je m’exprimais, l’attention se concentrait sur mon cas personnel.  Cela résume assez bien les difficultés que j’ai constamment dû surmonter, et justifie le fait que l’eczéma soit reconnu comme maladie invalidante, classée « affection de longue durée ». 

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« Moi, j’aime pouvoir faire mon travail de manière bien organisée »

Jordan, agent de service au sein d’une maison de retraite

Le maniement de l’auto-laveuse

Au début de mon travail d’agent de service en maison de retraite, la cadence était trop intense pour moi. Je m’efforçais de me concentrer sans arrêt pour bien réaliser ce qui m’était demandé : réceptionner le linge propre, le trier, le plier… Si les changements me troublent ou si me concentrer me demande plus d’efforts qu’aux autres, c’est que je suis classé comme autiste léger.  Je souffre en effet de dysgraphie et de difficultés de langage. Compte tenu de mon handicap, le médecin du travail a proposé un emploi du temps aménagé. Je travaille cinq jours par semaine, du lundi au vendredi, pour un total de trente heures. Et je commence une heure plus tard que mes collègues, à sept heures trente. 

Aujourd’hui, je peux dire que, dans mon travail, je tiens le rythme. Je m’adapte aux petits imprévus, mais si un changement intervient sans que j’aie été prévenu, ça me stresse. C’est par exemple le cas, quand je dois interrompre soudainement le maniement de l’auto-laveuse. Moi, j’aime bien pouvoir faire mon travail de manière organisée.

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Le maître-mot est bien “solidarité”

Marie, intervenante sociale d’une communauté Emmaüs

Parole de mars 2023, recueillie par Pierre et mise en récit par Martine

Trier, réparer, stocker, vendre, ou donner aux plus démunis

Pour un compagnon d’Emmaüs, la démarche de venir à mon bureau est quand même particulière, un peu symbolique. C’est parfois une marche élevée à franchir. Pour que ce soit plus facile, je laisse ma porte continuellement ouverte ; quand elle est fermée, ce qui est rare, c’est que suis en train d’effectuer des démarches et que je ne suis pas dérangeable. Il y en a qui m’envoient un petit SMS ou qui me téléphonent : « Est-ce que je peux monter te voir ? ». Je dis souvent aux compagnons que j’ai toujours les petits bonbons au miel de ma grand-mère. Certains arrivent avec leur café dans mon bureau. C’est génial ! C’est souvent un moment convivial. « Allez, assieds-toi. Comment ça va en ce moment ? » On peut venir y pleurer – la boîte de mouchoirs est là – mais parfois aussi annoncer des bonnes nouvelles, discuter, manger un petit bonbon et voilà… Mes journées sont rarement très organisées. Je laisse beaucoup de place à la spontanéité et à l’informel parce que c’est autour de ça qu’il y a beaucoup de choses qui se passent. Il ne faut pas qu’on entre dans mon bureau comme on se rend à un guichet. 

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Ici, accueillir, c’est dans l’ordre des choses

Claire, salariée à « La Fraternité », association nazairienne

Parole d’octobre 2022, recueillie par Pierre et mise en récit par Dominique

« La Fraternité » est une association de Saint-Nazaire, d’obédience protestante, qui assure un accueil de jour pour des personnes en grande précarité ou en grand isolement : des gens de la rue qui vivent dans des parkings souterrains, dans des squats dispersés à travers la ville ou qui se regroupent sur le parvis de la gare toute proche de nos locaux. Certains campent sur des terrains en se cachant. Nous accueillons aussi des personnes âgées très isolées ou des personnes en difficulté psychiatrique pour qui c’est un peu la sortie de la journée. On ne sait pas toujours ce qui leur est arrivé ; d’ailleurs, on ne le leur demande pas. Ce sont parfois des gens malades, victimes d’addictions, notamment à l’alcool, ou de troubles divers. Par exemple, en ce moment, on accueille un monsieur qui, tout en suivant une chimiothérapie à l’hôpital de jour, vit dans la rue avec son chien. Un jeune majeur, victime de multi-traumatismes liés à l’exil, est lui aussi dans la rue ; ce qui, comme pour tous ceux qui sont dans la même situation, ne fait qu’aggraver sa grande fragilité psychologique. Sur la quarantaine de personnes accueillies chaque matin de huit heures à midi, sauf le mardi, la moitié sont des sans abri. 

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Aux Urgences de l’hôpital public se croisent des gens qui ne se seraient jamais rencontrés ailleurs

Fabien, infirmier aux Urgences de l’hôpital de Saint-Nazaire

Parole du 19 septembre 2022, recueillie par Pierre, mise en texte par Christine

En quinze ans d’exercice aux urgences, je n’ai jamais observé de conflit entre les patients. Pourtant, nous accueillons des populations très différentes, qui ne se côtoient pas ailleurs. Il y a des personnes en grande précarité dans les quartiers populaires de Saint-Nazaire, Trignac ou Montoir. Comme à Beauregard, un ensemble HLM des années 70, ou à Prézégat, un quartier qui se trouve derrière la gare, où vivent de nombreuses communautés issues de l’immigration, notamment une grosse communauté sénégalaise. Autour de ce quartier complètement enclavé, ce sont des champs : on est dans une sorte de cul-de-sac privé de  communication avec les autres quartiers de la ville. L’importante activité industrielle de la région nazairienne , qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs, concentre sur l’ensemble de ce territoire une grosse population ouvrière qui travaille dans l’aéronautique, aux Chantiers de l’Atlantique, à la raffinerie et dans les usines de la zone portuaire. Il y a aussi, comme partout, des travailleurs des services, des jeunes, des retraités… Les plus aisés sont plutôt sur la côte, à la Baule, au Pouliguen, ou à Pornichet. Et tout ce gentil monde se croise aux Urgences.

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La confiance se met en place petit à petit

Marie psychologue du personnel dans un hôpital psychiatrique

Parole du 6 mai 2022, mise en texte avec Roxane

À l’automne 2021, dès que je suis arrivée sur mon poste (c’est une création) de Psychologue clinicienne du travail, j’ai lancé une note d’information  pour que les agents de l’hôpital psychiatrique où je travaille me connaissent et m’identifient. Les agents c’est le personnel soignant et tous les autres : personnels administratifs et techniques. 

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Gens simples, patients actifs

Jean-Michel, dermatologue

Parole d’avril 2022, mise en texte avec Pierre

Quand je faisais mes études de médecine à Rennes, on se rendait souvent avec des amis sur le littoral du Sud-Bretagne. Au-delà de Savenay, passé Trignac, on bifurquait vers la Baule en empruntant le périphérique légèrement en surplomb qui ceinture la ville de Saint-Nazaire et l’enferme entre, d’un côté, le port, ses grues, ses portiques ses friches industrielles et de l’autre, les marais de Brière et la campagne qui environne la chic station balnéaire bauloise. Cette quatre-voies forme une limite qui matérialise la juxtaposition de deux mondes que tout semble séparer. Je n’avais vraiment aucune envie d’entrer dans l’univers de Saint-Nazaire dont l’image me paraissait complètement négative. Je n’étais pas très au courant de l’histoire ouvrière de cette ville. Je devais tout juste savoir que le paquebot France y avait été construit. 

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Un médecin entre La Baule et St Nazaire: « Je ne suis pas là pour juger »

Gwénaelle, médecin urgentiste, SOS médecin

Parole mise en texte avec Pierre, Mai 2022

Quand, à huit heures du matin, j’arrive dans la salle de permanence nazairienne de « SOS médecins », je commence, autour des croissants du petit-déjeuner, par échanger avec mes collègues sur les appels auxquels l’équipe de nuit a répondu : madame unetelle qui nous a encore fait venir pour rien à Trignac ; cette jeune mère toxicomane isolée dans la campagne, et les interrogations que pose l’éventualité d’un signalement à la DDAS. Et on évoque les cas qui nous attendent dans d’autres lieux, dans d’autres contextes. L’antenne locale de notre association de permanence de soins intervient en effet sur un territoire fortement contrasté. Au nord et à l’est, les villes ouvrières de Saint-Nazaire et de Trignac, les marais de la Grande Brière du côté de Montoir et de Saint-Malo de Guersac ; à l’ouest les stations balnéaires de Pornichet, La Baule, le Pouliguen et l’arrière-pays de bocage autour de Guérande et de Saint-André des Eaux. 

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Pas d’ambulance, pas de chaîne des soins

Samy, conducteur ambulancier au SMUR de Bordeaux

Parole du 7 avril 2022, mise en texte par Christine

Photo Jech

« Ambulancier », ça n’existe pas dans le répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière. Officiellement, je suis « conducteur ambulancier » au SMUR, le Service Médical d’Urgence et de Réanimation. Cela signifie que je ne suis pas supposé être au contact du malade. Comme si je pouvais manutentionner un patient sans être à son contact, alors que je le porte pour le mettre sur son brancard et que je le transfère sur son lit en arrivant !

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Aujourd’hui, l’hôpital public ne meurt pas, il est assassiné à petit feu.

David, aide soignant dans un centre hospitalier du Sud Est

Parole du 17 janvier 2022, mise en texte avec François

J’exerce depuis douze ans mes activités d’aide-soignant au sein du service des urgences d’un Centre hospitalier dans le sud-est. Auparavant, et durant cinq ans, j’ai été aide-soignant à domicile. Voilà donc dix- sept ans que je travaille à l’hôpital public dont huit ans de nuit. Ce n’est pas mon premier emploi. J’ai une formation de topographe mais ce métier, pour diverses raisons, ne m’a pas plu. Je voulais exercer une activité qui soit utile aux autres. Aussi, j’ai décidé de me reconvertir en passant un concours.

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Pour l’administration tout est marqué dans les ordinateurs, pour les soignants des urgences la relève est indispensable

Yann, aide-soignant aux urgences d’un hôpital du sud-est

Parole du 26 janvier 2022, mise en texte avec Christine

Un patient qui arrive aux urgences a forcément mal quelque part, ou peur. Tant qu’il est en stress par rapport à sa douleur ou à son angoisse, il aura du mal à répondre à mes questions. Des informations importantes pour sa santé ne lui reviendront que lorsqu’il sera apaisé. Alors j’essaye de le calmer, le rassurer, lui dire qu’il est pris en charge, en attendant que les médicaments antidouleur fassent leur effet. Le moment où je le déshabille est important aussi pour sa prise charge médicale. Si la personne peut le faire elle-même, je lui dis d’enlever les vêtements du haut, que je vais fermer le box et que l’on viendra après pour les examens. Sinon, je vais la déshabiller, si besoin avec l’aide d’un collègue. Là, j’observe.

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L’enfant qui nous arrive

Sandrine, pédopsychiatre de secteur

Parole de juillet 2020, recueillie par Julien, mise en texte par Christine et Pierre, relue et revue par Sandrine en décembre 2021

Photo Philippe Bizouarn

Pour inaugurer un suivi au CMP, il faut que les parents appellent. Ce qui se joue ainsi en amont de la consultation, qui va se dire par téléphone à ce moment-là, est très important. Ça commence avec l’acuité de la secrétaire qui va sentir si ça se complexifie ou pas dès ce contact, et ouvrir les modalités d’accueil. Vaut-il mieux que le consultant soit médecin ou psychologue ? Est-ce mieux de recevoir l’enfant seul ? Avec ses parents ? Ses parents seuls ? Ces questions viennent pointer le « comment » on rencontre la problématique de l’enfant. Ensuite, on va recevoir l’enfant six, sept ou huit fois, pour se faire une idée clinique du tableau initial. On essaie de cibler ce qui sera le plus parlant. Faut-il plutôt favoriser ce qui se passe dans le dialogue singulier de cet enfant à ses parents ? L’enfant aurait-t-il besoin de parler à distance de ses parents, en privilégiant un espace de parole en individuel de type psychothérapique ?

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« La crise du COVID n’était qu’un symptôme des maux de notre société »

Margot, Médecin anesthésiste-réanimatrice

Parole du 28 septembre 2021, mise en texte avec François

Quand j’ai eu à choisir mon orientation après mes études secondaires, j’avais le ferme désir de m’engager dans un métier qui aurait du sens, qui serait tourné vers les autres, avec une vision un peu stéréotypée. J’hésitais entre médecin et avocat. Cependant, après réflexion, à cet âge-là, je ne me voyais guère défendre des justiciables accusés de crimes odieux. En optant pour des études médicales, j’entrevoyais plutôt une spécialisation privilégiant une approche globale du soin de la personne. La psychiatrie répondait a priori à ce vœu mais j’ai été déçue, voire choquée, par les pratiques dont j’ai été témoin lors de ma formation. Quant à choisir la spécialisation « Médecine générale », je n’étais pas à l’aise avec l’apprentissage que j’en avais eu dans notre approche occidentale très technicienne, trop superficielle à mon goût, s’intéressant à l’aigu et à l’organe, peu à a personne.

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J’adore travailler en binôme, c’est la garantie de soins de qualité pour nos petits patients.

Michel, aide-soignant en pédiatrie

Parole du 2 juin 2021, mise en texte avec François

Le CHU Robert Debré

Après mon service militaire en 1992, je suis rentré à l’APHP en qualité d’agent hospitalier à l’hôpital Robert Debré. À l’époque, les hôpitaux recrutaient massivement. Titularisé au bout de six mois, j’ai travaillé dans pas mal de services. J’ai été brancardier puis vaguemestre puis affecté dans des labos. A l’époque, les horaires de travail étaient clairement affichés et cela me permettait de pratiquer le rugby et d’enseigner la boxe dans un club. Mais, assez vite je me suis décidé à passer à autre chose.

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Un dimanche “ordinaire” aux urgences

Mélanie, infirmière aux urgences

Parole du 31 mai 2021, mise en texte avec Christine

« 93 entrées en 12 heures, une toutes les 8 minutes »

Ici, nous tournons sur les quatre postes : l’accueil avec le tri, les soins, les urgences vitales et le SMUR. Hier c’était dimanche, et j’étais affectée aux soins. Quand je suis arrivée à 7 heures, il restait seize patients de la nuit, dont cinq devaient sortir dans la matinée. J’ai commencé à faire le tour, repérer les patients visuellement, prendre leurs constantes, parler avec ceux qui ne dormaient pas … quand le premier camion pompier est arrivé. Il était 7h55 et ensuite ça n’a jamais désempli : 93 entrées en douze heures, une toutes les huit minutes ! Les pompiers et les ambulances arrivaient par flots de deux, trois, quatre, et même cinq équipages. Sans compter les personnes venues par leurs propres moyens – les piétons – qui attendait d’être vues par l’infirmier de tri.

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L’hôpital coule, coule doucement

Charlie, Secrétaire médicale dans un hôpital pour enfants

Parole du 28 mai 2021, mise en texte par François

Être secrétaire médicale dans un hôpital intégralement dédié aux enfants implique d’accueillir non seulement nos petits patients mais aussi leurs parents. Bien souvent ceux-ci sont angoissés et il faut donc d’abord se montrer calme et rassurante. 

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La santé a un coût mais pas de prix !

Fabrice, chef de service au CHU de La Timone

Parole du 7 mai 2021, mise en texte avec Olivier

Être utile au quotidien et travailler en équipe !

Je considère que l’hôpital public a pris une autre direction que celle qu’il avait quand je m’y suis engagé, celle d’un système de santé qui se voudrait rentable alors que par définition il ne peut l’être. Cela m’inquiète, bien qu’étant dans un secteur privilégié par rapport à d’autres secteurs hospitaliers car en réanimation le nombre d’infirmières est normé. Mais cela est un inconvénient puisque lorsque l’on manque de personnel, on ferme des lits, et on réduit l’offre de soins comme c’est le cas actuellement. Plusieurs fois par semaine nous annulons et reportons des interventions comme aujourd’hui. Cela crée des tensions avec les chirurgiens, avec les familles et rend les conditions de travail très difficiles.

Je suis à la tête d’un département d’anesthésie/réanimation pédiatrique, une grosse structure assez rare en France.

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Le combat pédagogique sur les valeurs est aussi important que les actions au coup par coup

Hélène – Comité de Défense de l’hôpital de Concarneau, membre du bureau de la Coordination Nationale 

Parole du 9 juin 2021 mise en texte avec Roxane. 

Depuis 2 ans je fais partie de la Commission des usagers de l’hôpital Quimper Concarneau. C’est une des instances considérées par le ministère de la Santé comme organisant la démocratie sanitaire en France.  La Commission des usagers travaille sur les réclamations courrier ou téléphoniques déposées à l’hôpital par les patients ou leur famille. Des réunions de conciliation peuvent être proposées entre le patient ou sa famille, un membre de la Direction, le médecin conciliateur et un représentant de l’usager.  Par exemple, une famille s’est plainte du manque d’empathie du service d’accueil en face du patient et de la famille en visite. Après étude des dossiers de l’année précédente, nous proposons des axes d’amélioration pour faire en sorte que les choses s’améliorent.

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