Un p’tit brin de muguet ?

Un billet de la compagnie pour la fête des travailleurs

Drôle de 1er mai 2020, où nous voilà confinés pour la fête des travailleurs. Pourtant, des millions de personnes continuent à travailler depuis sept semaines. Elles sont à l’hôpital, au volant du camion, au supermarché, au nettoyage, dans un atelier, un bureau, une rue, un champ, auprès de ceux qui ont besoin d’eux, ou en télétravail. Qu’est-ce qui a changé dans leur travail? Qu’est-ce qu’on leur demande ? Comment font-elles pour répondre aux besoins de leurs clients, élèves, administrés, patients, familles ? Qu’est-ce que ça leur demande à elles ? Depuis le début du confinement, la compagnie est allée à la rencontre de quelques-unes. Nous avons discuté avec elles de leur travail, en général et plus particulièrement en ce temps de crise sanitaire. Et nous avons mis ces paroles en textes. Plusieurs sont déjà en ligne sur notre site, d’autres sont à venir. A l’occasion du 1er mai, la compagnie vous propose une première analyse de ce que racontent ces professionnels.

Certains ont redécouvert des facettes de leur métier. Des organisations ont trouvé leurs limites, des centres de décision ont été contestés par les faits. Et pourtant … de belles inventions sont arrivées. Elles demandent une énergie considérable, sur le terrain comme en télétravail. Là où le collectif était robuste, cela continue à fonctionner, là où la situation était déjà fragile, la crise sanitaire l’a aggravée Dans tous les cas, on s’aperçoit que l’on fait davantage attention aux autres, à la convivialité, au don. Sans oublier toutefois dans quel contexte social le virus est arrivé 

Que seront les jours d’après ?

Certains ont redécouvert des facettes de leur métier

C’est la satisfaction de pouvoir consacrer plus de temps aux enfants et aux parents dans une période où la crise, paradoxalement, a vidé les agendas pour cette infirmière puéricultrice. C’est aussi la tranquillité des bébés et des mamans après que les visites ont été suspendues à la maternité où travaille Arielle, sage-femme. Ça donne des idées pour plus tard.

Nous savions que parler de son travail ne va pas de soi (voir ce billet). Nous avons encore vérifié que le simple fait d’en parler, pour en faire un texte, conduit une personne à redécouvrir son propre travail. Par le simple fait de vouloir le faire connaître, comme Hamza, technicien en signalisation au tramway, dont personne ne sait vraiment ce qu’il fait. 

Quant à la crise sanitaire, si certains ont commencé par “ça ne change pas grand-chose”, c’était pour conclure comme Pauline, infirmière : “finalement …”

Beaucoup trouvent davantage de sens à leur travail, se sentant pleinement utiles aux autres dans leurs activités, bien vivants dans ce travail qu’ils peuvent à la fois détester et adorer, pour diverses raisons. Et cela, bien que l’organisation n’ait pas toujours suivi, ou pas comme il aurait fallu. 

Des organisations qui trouvent leurs limites, des centres de décision contestés par les faits.

Le confinement et le travail à distance donnent l’occasion de remettre en question l’obsession de préserver les centres de décision au détriment de la reconnaissance du travail des acteurs de terrain. C’est le cas d’Hélène, auxiliaire de vie sociale parlant de son administration qui n’existerait pas sans son travail à elle, sur le terrain. Et sa colère face à la multiplication des échelons administratifs qui se sont substitués aux bénévoles, au détriment de ce que nous pouvons appeler le travail réel. Mais ne sont-ce pas les évolutions managériales qui, après s’être développées dans l’industrie, ont aussi abîmé toutes les organisations de la santé et du Care ? C’est le cas aussi de Françoise, professeur dans un collège qui découvre cette année la solitude du prof. De même, Sophie, enseignante vacataire est en lien avec l’administration de l’université, mais dans un grand désordre. On se soutient entre copains plus qu’entre collègues selon Anne, enseignante en lycée professionnel. Et on essaye, tant bien que mal, de s’accommoder des directives nationales. Le facteur rural ne fait plus que trois tournées par semaine au lieu de six, alors que ce n’est pas sa conception du bon travail et des missions de la Poste.

Et pourtant … de belles inventions…

Animer, à distance, des ateliers théâtre avec des enfants de maternelle et continuer à préparer le spectacle de fin d’année. Organiser une partie de bataille navale, à distance, avec un enfant malvoyant. Le confinement pousse à être créatif, à inventer de nouveaux outils, à développer un suivi personnalisé, comme l’expliquent Sophie enseignante et Antoine, étudiant en classe préparatoire.

…qui demandent une énergie considérable, sur le terrain comme en télétravail

Tout prend un temps fou dit le journaliste. S’ajoutent au travail ordinaire une multitude de gestes de précaution dit Joëlle dans son magasin. Comme Philou, ambulancier, qui doit désinfecter le véhicule à fond entre deux transports. Il y a des montagnes de consignes, nouvelles et changeantes, à appliquer dans l’improvisation. 

On découvre aussi que le télétravail à la maison n’est pas le télétravail au bureau, même si on a réussi à organiser son espace et son temps avec le reste de la famille.  Les réunions pleuvent, comme si les organisateurs avaient besoin de garder leurs équipes sous contrôle. Et pourtant relève Blaise, expert RH, ce télétravail massif pourrait modifier les représentations et déboucher sur un management moins directif, moins descendant, laissant plus d’autonomie aux acteurs.

Là où le collectif était robuste, cela continue à fonctionner

Joumana, directrice d’une entreprise d’insertion, a trouvé sans trop de difficulté une organisation adaptée avec les salariés en insertion et avec leur encadrement. 

Là où la situation était déjà fragile, la crise sanitaire l’a aggravée

Malgré tous leurs efforts, des enseignants ont perdu des élèves. Surtout, disent Anne et Françoise, parmi ceux qui étaient déjà en difficulté. Impossible de tous les raccrocher avec les outils de travail à distance. Là où il y avait des tensions, elles ont pu aller jusqu’au clash, par exemple entre la maternité et le bloc opératoire. Les mesures nécessaires pour désinfecter la boutique de Joëlle ravivent les divergences entre collègues sur l’engagement dans le nettoyage au quotidien. La lenteur de l’administration d’Hélène pour mettre à jour les plannings est plus pénalisante en situation de crise sanitaire. 

Les protections aussi prêtent à conflit. Comment réagir avec ceux qui refusent de porter leur masque se demande Nanon, magasinière. Surtout lorsque l’on est aussi déléguée syndicale, comme Sandra, employée dans la grande distribution.

Dans tous les cas, on s’aperçoit que l’on fait davantage attention aux autres…

Le facteur fait encore plus attention à la vieille dame qu’il visite. A la pause, Sandra et ses collègues font attention à ne pas se dire des choses qu’elles pourraient regretter plus tard. 

On identifie même quelques pointes de culpabilité vis-à-vis des élèves que l’on a perdus, des patients que l’on pourrait mieux protéger, des collègues qui continuent alors que l’on s’est mis en retrait parce que l’on est soi-même de santé fragile …

…et à l’importance de la convivialité, et du don …

On redécouvre l’importance du contact direct, de la convivialité.  Joëlle, sommelière-caviste, est frappée par le nombre de gens qui se demandent ce qui fait tenir le système. Ils sont contents qu’elle soit là et elle apprécie qu’ils le disent. Apprécier la vie, c’est aussi l’avis de Claude, bénévole dans une association de soutien aux aidants des malades d’Alzheimer, qui a repris du collier dans cette activité. Elle trouve que ce confinement est riche en découverte pour vivre le moment présent. Mais elle a aussi dû remettre le nez dans la réalité des EHPAD. 

… sans oublier toutefois dans quel contexte social le virus est arrivé

La crise sanitaire est arrivée après des mois de conflits sociaux chez les travailleurs des métiers jugés aujourd’hui essentiels à notre vie. Quand elles entendent les applaudissements de 20h, Arielle et Pauline restent dubitatives. Lors des grèves de l’hiver dernier, elles n’avaient pas l’impression que toute la population était derrière les soignants. Pour l’avenir, elles veulent du concret, pérenne. 

Que seront les jours d’après ? 

Va-t-on recommencer comme s’il ne s’était rien passé ? Que restera-t-il de cette crise ? Qu’aura-t-elle révélé sur nos habitudes et notre cadre ordinaire de travail ? Que faudra-t-il repenser ?

Dans quelques jours, semaines ou mois, nous écrirons ensemble des post-scriptum.

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