Le matin ça fait bizarre de ne plus se serrer la main

Hamza, technicien en signalisation tramway

Parole du 10 avril 2020, mise en texte avec Martine

Personne ne sait vraiment ce que je fais, c’est difficile à expliquer. Quand je dis technicien en signalisation tramway, ça ne parle pas. C’est quoi ?  Les panneaux ?  Les feux ? Même pour moi, avant, il y avait forcément quelques personnes dans un bureau quelque part qui regardaient comment ça se passait. Quand j’ai fini mon travail et que je vais acheter une baguette avant de rentrer, on me demande ce que je fais comme boulot parce que je suis encore en tenue de travail, je leur dis que je travaille dans les transports en commun et ça ne surprend personne que l’on travaille encore.

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“Le confinement c’est du pain béni”

Antoine, étudiant en classe préparatoire aux Beaux-arts

Parole du 16 avril 2020, mise en texte avec Jacques

Je suis étudiant en école d’art. Je suis dans une classe prépa qui dépend du ministère de la Culture. D’autres prépas dépendent du ministère de l’Education Nationale et d’autres encore sont privées. La prépa ne dure qu’une petite année car les concours ont lieu en mars, avril, mai. Je prépare les concours de plusieurs écoles des Beaux-arts.  Alors que dans les prépas de l’éducation nationale on passe un seul concours qui permet d’entrer dans plusieurs écoles, moi, je me présente aux écoles des Beaux-arts de Berlin, Bretagne (Rennes, Lorient, Quimper et Brest), Montpellier, Strasbourg, Nice et Cergy-Pontoise. Il faut que je m’inscrive au concours de chacune de ces écoles. 

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Inventer d’autres modalités de restitution et d’évaluation

Sophie, enseignante vacataire à l’Université

Parole du 11 avril 2020, mise en texte avec Christine

J’assure des enseignements en premier cycle de géographie dans une petite université. Avec les étudiants de deuxième année, je suis en charge d’un « atelier de mise en situation ». Je leur apprends à travailler sur un projet d’aménagement en partant d’un cas concret : un projet de restauration qui vise à redonner un cours plus naturel au Rhône. Suite à une visite sur le terrain et la rencontre d’acteurs du projet, ils doivent travailler par groupes, chaque groupe traitant d’un thème : biodiversité, risques d’inondation, débits du fleuve et usages de l’eau, déplacements des sédiments, aménagements pour les loisirs. Cette année les 30 étudiants inscrits se sont répartis en 5 groupes de six.

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“Depuis le confinement, je travaille beaucoup plus”

Anne, prof dans un lycée du 93

Parole du 11 avril 2020, mise en texte avec Jacques

Je suis enseignante dans un lycée professionnel du 93. C’est un lycée polyvalent de 600 élèves : 400 pour le lycée pro, 200 pour le lycée général. Les profs de lycée pro sont obligatoirement bivalents. Moi, je suis prof de français et d’anglais. Dans les faits je n’enseigne plus que l’anglais. J’ai des élèves de CAP : 2 classes, et de bac pro : 6 classes. Depuis le début du confinement je travaille beaucoup plus … je n’ai pas le temps d’aller aux fraises !

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Au pays des bisounours ?

Arielle, sage-femme hospitalière

Parole du 8 avril 2020, mise en texte avec Christine, Post Scriptum du 21 avril

A Thiers nous avons cinq-cents naissances par an, alors que la plupart des maternités en font entre deux et trois-mille. Ici, c’est donc particulier. Pour le Covid par exemple, les visites sont interdites, mais la direction du service a décidé que les pères peuvent être là avant, pendant et après la naissance. Dans certaines maternités le père ne peut venir que lorsque le travail est vraiment démarré et doit repartir après la naissance. Chez nous, cette mesure est réservée aux femmes suspectes de Covid. Il n’y en a pas eu pour le moment.

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“J’ai curieusement l’impression que les bébés comprennent la situation…”

Pauline, puéricultrice dans un CHU

Parole du 12 avril 2020, mise en texte avec Jacques

Je suis infirmière puéricultrice dans le  service de pédiatrie d’un CHU. Après avoir longtemps travaillé de nuit, je travaille de jour. Depuis le début de la crise sanitaire, toutes les interventions chirurgicales non urgentes ayant  été reportées, nous avons un peu moins d’enfants hospitalisés que d’habitude, sans que la situation globale n’ait vraiment changé. Nous avons toujours des enfants avec des pathologies lourdes.

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Parler de son travail ne va pas de soi

Eclairage sur le travail de la compagnie Pourquoi se lever le matin !

Ni portraits journalistiques ni analyses conduites avec les outils des sciences du travail, les récits publiés par la compagnie sont un objet à part. Explications sur pourquoi et comment nous travaillons, à partir d’un article publié dans les Cahiers de l’Atelier n°561, aux Éditions de l’Atelier sous le titre : “Quand l’indicible se fait récit : rendre compte de la culture du travail”. 

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Bas les masques

Nanon, magasinière et cariste dans une usine de fabrication de moteurs électriques

Parole de mars 2020, mise en texte avec Roxane

 Je suis magasinière cariste. Quand je ne suis pas  sur le chariot élévateur, je suis devant mon ordi ou au téléphone. Je m’occupe des stocks des fournitures qui arrivent, et des commandes qui partent.  Dans mon usine, dans un petit village,  on fabrique des moteurs électriques. Nous sommes 3 sur ce poste …  et sur 4 m². 

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Le contre-journal de confinement de Maryam Madjidi

Gros coup de coeur pour ce texte publié sur l’Humanité le 1er avril 2020

A suivre sur le site de l’Humanité, ou à lire ci-dessous

Je vous écris pour vous raconter une histoire. Une histoire simple qui s’est passée le 31 mars 2020.

C’est l’histoire d’une femme âgée de 60 ans qui travaille dans un Ehpad à Bagnolet. Elle est infirmière.

Chaque jour, elle se lève tôt, prend sa voiture et va au travail. Là-bas, elle soulage la douleur des personnes âgées dépendantes. En ce moment, il s’agit plus de soulager la douleur mentale de ces personnes vulnérables que leur douleur physique.

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Lettre au Président de la République par Annie Ernaux

Coup de rage partagé en écoutant cette lettre lue sur France Inter

« lettre d’intérieur », lue par Augustin Trappenard sur France Inter, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie.

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