Histoires de travail

“C’est une très belle chose de devoir prouver à l’autre parce que ça oblige à se  prouver à soi-même. »

Jennifer couturière – Salers août 22

Propos recueillis et mis en texte par Roxane – novembre 2022

Jennifer dans la boutique de Salers

Nous ne connaissions pas du tout le Cantal, ni famille, ni amis. Nous avons regardé le taux d’ensoleillement, le taux de pollution et nous y sommes partis en vacances, par deux fois. Ça nous a plu. Conquis, on s’y est installé. La raison majeure ? C’était surtout ma fille… elle  est asthmatique. Ça explique beaucoup de choses ! À Lille où nous habitions, la pollution était terrible. Ici, ma fille va beaucoup mieux. Au fil du temps, j’ai pensé que notre intégration était dûe à nos enfants. Nous avons  été bien accueillis dans notre village,  tout de suite, à l’école, nous  avons rencontré  d’autres parents et nous nous sommes fondus dans un petit groupe d’amis. Et ça a continué. Un jour, en me baladant à Aurillac, dans les rues, j’ai vu : « La Fabrik », une boutique d’artisans créateurs. Vivement intéressée, j’ai postulé pour exposer mes produits en tant que couturière. C’était en 2017 et, dans le même temps, je créais ma marque : « Coquinette et Coquinou ». Coquinette ma fille et Coquinou mon garçon, c’est des petits surnoms qui disent bien ce qu’ils veulent dire. 

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Être à son compte, travailler pour soi, c’est le principal, même si nous n’avons pas de gros revenus. C’est notre choix de vie !

Stéphane, fabricant de jouets en bois – Salers Août 2022

Propos recueillis par Roxane et mis en texte par Christine – février 2023

Stéphane dans la petite Fabrik

Nous fabriquons les grands classiques du jouet en bois comme le petit pic-vert qui descend sur son « tronc », des yoyos, des puzzles, des petites voitures… Ils existaient il y a bien longtemps, nous ne les avons pas inventés. Mais nous avons tâché de dépoussiérer le genre en y mettant notre patte. Nous avons créé un petit robot de bois tout articulé en 2017. Pour lui, ça a vite bien marché. Il y a eu un vrai engouement de la part des adultes alors que les autres jouets sont plutôt destinés à la petite enfance, de 0 à 6 ans. Ma compagne a créé « les jouets de Fanny » en 2010. A l’époque, j’étais artisan en menuiserie traditionnelle. J’avais appris la menuiserie un peu par défaut parce que je ne savais pas quoi faire. Et puis j’y ai trouvé quelque chose qui m’a vraiment plu. Aujourd’hui, nous sommes tous les deux dans le même bateau, nous fabriquons des jouets en bois dans la vallée de la Jordane, à trois-quarts d’heure de Salers. 

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Il fallait que j’ose faire ce que j’aime

Fanny, créatrice des  » Jouets de Fanny » – Salers, août 2022

Propos recueillis et mis en texte  par Roxane – Février 23 

Fanny dans la petite Fabrik.

Mon papa, sur son lit d’hôpital, m’a dit : « Vas-y, fonce, moi j’aurais rêvé faire un truc comme ça !» Lui, il était mécanicien auto, doué de ses mains. Il bricolait tout : sculpture, électricité, bois… Il était fort en tout ! Quand j’étais petite, je le suivais sur les brocantes, les bourses d’échanges et je voyais ses yeux de collectionneur pétiller devant les jouets anciens, les Dinky Toy, les automates… De son lit, il disait « Parle-moi des jouets. Je t’aiderai, je te donnerai des conseils.» Et moi à son chevet, je lui racontais la création des « Jouets de Fanny ». On était en novembre 2010. Et j’étais libérée : j’avais choisi et j’avais l’aval de mon père.

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Une lutte de tous les instants pour maintenir le meilleur service

Sébastien cheminot

Parole recueillie le 22 septembre 2022 par Jacques et Pierre, mise en récit par Pierre

Le TER 58041 à la gare de Donges

À la SNCF, je fais partie de la catégorie des agents de circulation. Autrefois, on nous appelait les « aiguilleurs ». Donc je change les trains de voies, je gère les incidents, depuis 2003 où je suis arrivé sur le bassin. J’étais aussi anciennement secrétaire du syndicat des cheminots de Saint-Nazaire, maintenant j’en suis le trésorier. En tant qu’agent de réserve, je peux intervenir sur le territoire des gares de Montoir-de-Bretagne, de Pontchâteau et celle de Donges qui va fermer à partir de demain soir à cause des travaux de contournement de la raffinerie Total. 

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Le maître-mot est bien “solidarité”

Marie, intervenante sociale d’une communauté Emmaüs

Parole de mars 2023, recueillie par Pierre et mise en récit par Martine

Trier, réparer, stocker, vendre, ou donner aux plus démunis

Pour un compagnon d’Emmaüs, la démarche de venir à mon bureau est quand même particulière, un peu symbolique. C’est parfois une marche élevée à franchir. Pour que ce soit plus facile, je laisse ma porte continuellement ouverte ; quand elle est fermée, ce qui est rare, c’est que suis en train d’effectuer des démarches et que je ne suis pas dérangeable. Il y en a qui m’envoient un petit SMS ou qui me téléphonent : « Est-ce que je peux monter te voir ? ». Je dis souvent aux compagnons que j’ai toujours les petits bonbons au miel de ma grand-mère. Certains arrivent avec leur café dans mon bureau. C’est génial ! C’est souvent un moment convivial. « Allez, assieds-toi. Comment ça va en ce moment ? » On peut venir y pleurer – la boîte de mouchoirs est là – mais parfois aussi annoncer des bonnes nouvelles, discuter, manger un petit bonbon et voilà… Mes journées sont rarement très organisées. Je laisse beaucoup de place à la spontanéité et à l’informel parce que c’est autour de ça qu’il y a beaucoup de choses qui se passent. Il ne faut pas qu’on entre dans mon bureau comme on se rend à un guichet. 

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Santé publique, bien commun

Soirée de lancement du livre le 4 avril 2023 à Paris

Les tribunes réunies dans ce livre ont été publiées dans la presse à partir du début de la pandémie de Covid-19, et jusque fin 2022. C’est alors aussi que se créaient les Ateliers pour la refondation du service public hospitalier, auxquels s’est associée la Compagnie Pourquoi se lever le matin !, réalisant et publiant une quarantaine de récits de travail avec les acteurs du soin. On trouvera notamment dans ce dossier les récits de deux auteurs du livre, Philippe « Vu d’en haut, du moment qu’on opère les gens tout va bien » et Fabienne « Chercheuse engagée dans la cité« .Nous les retrouvons aujourd’hui avec la parution de ce livre, chez Hémisphères éditions, revendiquant l’accès à des soins de qualité, défendant un service public au service du public, hors marché.
La soirée de lancement du livre se tiendra, en présence des auteurs, le 4 avril de 18h30 à 20h30 chez l’Éditeur (3 quai de la Tournelle – Paris V°)

Les dernières nouvelles de la Compagnie – mars 2023

Nos nouveaux récits de travail, notre spécial 8 mars et nos lectures du mois

Artisan d’art : un travail qui conjugue passion et précarité

La petite Fabrik, boutique éphémère de Salers

Vous avez probablement déjà aperçu, sur la route de vos vacances, des boutiques éphémères d’artisans d’art. C’était dans les ruelles d’un village médiéval, en Bretagne, en Alsace, ou ailleurs. Peut-être avez-vous franchi leur porte, engagé la conversation, voire acquis une de leurs créations ? Roxane a rendu visite à certains d’entre eux, à Salers dans le Cantal. Nomades, ils habitent pour la plupart ailleurs, et viennent tous les étés vendre leurs productions dans les caves ou anciennes échoppes des maisons renaissance. Avec ce nouveau dossier de la Compagnie Pourquoi Se Lever le Matin ! nous avons voulu porter un regard plus précis sur leur travail, leurs activités artistiques, artisanales, techniques et commerciales.

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Le travail pressé – Pour une écologie des temps de travail

Un livre où Corinne Gaudart et Serge Volkoff éclairent les mécanismes de la « culture de la hâte », et ses effets

Note de lecture

Éd. Les Petits matins – 18€


Au fil de ce livre, nous déplions les multiples aspects de la dimension temporelle du travail. Son premier mérite, et non des moindres, est de partir de l’activité. Ainsi, chaque chapitre du livre commence par le récit de situations que les auteurs, ergonomes, ont observées et analysées. Puis ils décortiquent les conséquences de la culture de la hâte et les stratégies, individuelles et collectives, qui permettent que le travail se fasse, malgré tout, et trop souvent au détriment de la santé. Ils croisent ces histoires singulières avec les tendances statistiques liées par exemple à l’âge, ou au contrat de travail, qu’il soit CDI, saisonnier ou en intérim. Ils tracent des pistes sur les conditions qu’il faudrait réunir pour la santé des travailleurs, tout au long de leur carrière, et pour la qualité de leur travail. Conditions qui sont généralement incompatibles avec la culture de la hâte.

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Servir les riches – Les domestiques chez les grandes fortunes

Où l’on découvre le récit hallucinant du travail des domestiques, par Alizée Delpierre

Note de lecture

Ed. La découverte. 200p – 20€

« Penser l’envers des faits, c’est donner à voir les ressorts les mieux dissimulés du monde social, en restituant toute son épaisseur humaine ». Tel est le projet de la collection « L’envers des faits » co-dirigée par Pascal Pasquali et Fabien Truong au sein des éditions « La Découverte ».
L’ouvrage d’Alizée Delpierre illustre ce projet de manière exemplaire. Dans les représentations que nous avons des personnels au service des familles les plus fortunées, nous entrevoyons des femmes et quelques hommes vêtus très strictement : robes noires et tablier blanc pour les unes, queue de pie pour les autres. Nous les imaginons, dans des immeubles haussmanniens, assurant, avec une discrétion absolue, mille et une activités.

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – mars 2023

Nos nouveaux récits de travail, notre spécial 8 mars et nos lectures du mois

Artisan d’art : un travail qui conjugue passion et précarité

La petite Fabrik,
boutique éphémère de Salers

Vous avez probablement déjà aperçu, sur la route de vos vacances, des boutiques éphémères d’artisans d’art. C’était dans les ruelles d’un village médiéval, en Bretagne, en Alsace, ou ailleurs. Peut-être avez-vous franchi leur porte, engagé la conversation, voire acquis une de leurs créations ? Roxane a rendu visite à certains d’entre eux, à Salers dans le Cantal. Nomades, ils habitent pour la plupart ailleurs, et viennent tous les étés vendre leurs productions dans les caves ou anciennes échoppes des maisons renaissance. Avec ce nouveau dossier de la Compagnie Pourquoi Se Lever le Matin ! nous avons voulu porter un regard plus précis sur leur travail, leurs activités artistiques, artisanales, techniques et commerciales. Ce qu’ils racontent de leur travail traverse leur vie familiale et leur parcours de vie. Ils évoquent la manière dont ils conjuguent passion et précarité. Le prix à payer pour un travail autonome rempli de sens ?

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La « Fabrik » : un collectif d’artisans associés pour tenir boutique

Stéphane, artisan associé de la Fabrick, Salers août 2022

Parole recueillie par Roxane et mise en texte par Christine – février 2023

Dans la « petite Fabrik », à Salers

L’association « La Fabrik » a été créé il y a dix ans. C’est le nom de notre collectif d’artisans et aussi celui de notre boutique. Au départ, les collègues étaient cinq. Lorsque nous avons intégré le groupe Fanny et moi, avec nos jouets en bois, nous sommes arrivés dans le nouveau local, beaucoup plus grand que le premier. Aujourd’hui, nous sommes dix artisans qui nous relayons pour tenir nos boutiques, « la Fabrik » à Aurillac depuis 2012, à laquelle s’est ajoutée « la petite Fabrik » à Salers, en 2017. Bali Coco fait de la maroquinerie. Paul, lui, travaille le noyer. Il fait des lampes, des planches à découper et aussi du bijou : des bagues en bois. « Coquinette et coquinou » fait de la couture zéro déchet. Céline est potière. Karine travaille à partir de boîtes métalliques qu’elle recycle et sculpte. Fanny crée des bijoux en macramé. Marianne travaille le tissu, des sacs, des vêtements. Elle travaille beaucoup avec des troupes de théâtre. Nous exposons aussi, en dépôt vente, les créations d’autres artisans.  

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Paroles de femmes sur leur travail et sa pénibilité

Le 8 mars 2023

 » Lourde est la profération des citoyens. Il faudra payer le prix de la malédiction populaire  » Eschyle – Agamemnon

La réforme des retraites a jeté des millions de personnes dans les rues, jusque dans la moindre sous-préfecture. A Paris, Ariane Mnouchkine et sa troupe déambulent avec la Géante Justice, attaquée par de grands corbeaux noirs. L’unité syndicale a ressuscité et nous avons assisté à quelques tollés parlementaires. Des voix s’élèvent pour dire qu’il n’y a aucune urgence budgétaire. Pourquoi donc tant d’obstination d’un côté et un tel refus de l’autre ? Serait-ce d’un côté une posture idéologique : travailler plus longtemps pour faire « sérieux » budgétairement ? Et de l’autre une image insupportable : continuer dans les mêmes conditions deux ans de plus ? 

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La bibliothèque des Chantiers est un endroit magique !

Corinne, bibliothécaire aux Chantiers de l’Atlantique

Parole de novembre 2022, recueillie par Pierre et mise en récit par Martine

Éléments de bateau en construction, entreposés près de l’entrée de la médiathèque du CSE

Je suis bibliothécaire, au comité d’entreprise des Chantiers de l’Atlantique qui comportent à peu près 3000 salariés et 7 à 8000 sous-traitants.
Avec ma collègue, nous aurions aimé faire une belle inauguration de nos nouveaux locaux, en février 2020. Mais à peine quinze jours après l’ouverture, on se retrouvait confinés. On n’a pas pu prendre nos marques avec nos adhérents. Ensuite, on a fonctionné sur le mode  “drive” pour permettre aux emprunteurs de récupérer les documents qu’ils avaient réservés. Les gens n’avaient pas la possibilité de découvrir ce nouveau bâtiment. Il a fallu une bonne année avant qu’ils puissent s’approprier le lieu, et nous aussi. 

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – février 2023

Nouveaux récits de travail, réflexions sur la réforme des retraites, partenariat avec l’ITMD autour de « travail et invisibilité », rencontres de Travail&Culture, note de lecture…

Trois nouveaux récits dans le thème « Travail et territoire« 

Quand nous avons créé la librairie, nous avions envie de permettre aux habitants de fréquenter une librairie indépendante. C’est important pour une ville, surtout quand le livre peine à diffuser dans les écoles, les collèges ou les maisons de quartier, quand les budgets pour le livre sont très serrés.” : « Libraire engagée dans la ville”, le récit d’Agathe, co-gérante de la librairie de l’Embarcadère à Saint-Nazaire. Où elle raconte leur travail d’animation des comités de lecture (littérature, féministe, jeunes…), où elle observe la ville “La population de Saint-Nazaire est en train de changer…”.  
C’est vrai qu’il y a une certaine fierté. J’ai envie de dire : Voilà, je travaille là…«  Magali travaille sur le site du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne. Elle raconte son parcours professionnel : “j’ai postulé au terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne comme assistante de secrétariat. Très vite, je me suis un peu ennuyée. […] Le travail auquel on me formait consistait à pouvoir intervenir sur de la maintenance préventive ou corrective. Après avoir été certifiée, je suis arrivée un beau matin dans l’équipe. J’étais devenue électricienne. Aujourd’hui, je suis administratrice…

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Mort au travail : qui est l’assassin ?

La chronique « ouvrez les guillemets » du 20 février

C’est en ligne et en accès libre sur Médiapart. Retour sur l’augmentation des accidents mortels du travail :+33% en 2019, dans la chronique vidéo de Usul et Ostpolitik (15 mn). Et retour sur les dernières années qui ont vu les conditions de travail se détériorer et les CHSCT disparaître.
A suivre, avec la parution le 10 mars prochain de « l’hécatombe invisible » de Matthieu Lépine, animateur du compte twitter « Silence des ouvriers meurent »

Invisibilité et travail

Journée d’étude du 20 janvier 2023 au CNAM – Compte rendu

« Nous avons cherché à éclairer le thème Invisibilité et Travail, par des approches complémentaires et pluridisciplinaires afin d’appréhender les multiples facettes de ce sujet dont la complexité ne peut être réduite à une approche binaire. Il nous a également paru important de ne pas se substituer à ceux qui peuvent se ressentir comme invisibles et pour cela de passer par des détours comme l’art ou la littérature ».
Anne Lise Ulmann de l’équipe psycho- sociologie du travail et de la formation au sein du CRTD au CNAM et pour l’ITMD Dominique Massoni, Corinne Savart-Debergue et Elisabeth Pélegrin- Genel, organisatrices de cette journée, nous livrent ici un compte rendu.

Partie 1 – MISE EN LUMIERE DU TRAVAIL ET DES TRAVAILLEURS INVISIBLES.

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Quand l’abus de communication paradoxale conduit au blocage

Le billet de février de Jean-Marie Charpentier

Quand la vraie vie, chômage des seniors, montant réel des retraites, quotidien du travail… est en contradiction flagrante avec une réforme des retraites annoncée au nom de la « justice » et du « progrès », ça ne passe pas.
À lire ici, sur le blog de Jean-Marie

Travail et travailleurs invisibles versus tyrannie de la visibilité

Intervention de la Compagnie au colloque organisé par l’ITMD et le CNAM le 20 janvier 2023

Quelles seraient, dans les quelques 150 récits de travail publiés par la Compagnie, les paroles qui feraient écho à la question de la visibilité du travail et des travailleurs ?

La question nous était posée lors de la préparation de la journée d’étude « invisibilité et travail »organisée le 20 janvier dernier par l’ITMD et le laboratoire CRTD du CNAM.
Il y avait nécessairement matière à alimenter une discussion sur l'(in)visibilité, puisque nous avons créé La Compagnie Pourquoi se lever le matin! pour rendre visible le travail réel, afin d’apporter le point de vue du travail, exprimé par celui ou celle qui le fait, dans des débats de société importants, comme la santé, l’alimentation, l’enseignement, le transport, l’énergie, etc.  

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Maltraité, le social ressort toujours là où on ne l’attend pas

le billet de janvier de Jean-Marie Charpentier

Trois ans d’un travail chamboulé par l’épidémie et ses suites pour finir sur la réforme des retraites. En empruntant le plus court chemin à dominante budgétaire, c’est comme si tout ce qui nous arrive dans le travail au fond n’existait pas. On ne retient que l’équilibre comptable fondé sur un déséquilibre social.

Le plus lourd dans l’affaire, c’est l’oubli du travail, de tout ce qu’il représente, tant dans son organisation que dans ses conditions. La toise des 64 ans avec quelques menus aménagements est une réponse hors du travail réel. Cela, alors que l’on sait combien les métiers et les salariés du back-office sont à la peine au sens propre. Cela, alors que l’on sait la part des conditions de travail, des contraintes physiques ou psycho-sociales dans de nombreux métiers en difficulté de recrutement, sans parler même des rémunérations. Cela, alors que les toutes premières mesures d’âge concernent les salariés, hommes ou femmes, dont on se sépare couramment bien avant 60 ans. De tout cela, il n’est guère question ou alors si peu. La suite, à lire ici, sur son blog

La précarité durable – Vivre en emploi discontinu

Note de lecture

Nicolas Roux, Paris, Puf, 2022, 223 p., 16 €

Avant les années 80′, la précarité était surtout associée à l’exclusion sociale et à sa conséquence la plus dramatique : les sans-abri. Si la marginalité était majoritairement subie, elle était néanmoins  choisie par certains adultes rétifs à toute subordination patronale, à la vie réglée par une bureaucratie rigide et par son triptyque : « Métro – Boulot – Dodo » . Elle était vécue par nombre de jeunes adultes au sortir de leur formation comme une période transitoire avant l’accès à un CDI. Si aujourd’hui le modèle fordien de l’emploi – un emploi à durée indéterminé assuré durant toute la carrière dans la même entreprise – demeure encore majoritaire, il s’effrite. Pour saisir les multiples formes du précariat durable contemporain, Nicolas Roux conduit une enquête auprès de deux populations : d’une part des salariés agricoles œuvrant au fil des saisons dans les vignobles et maraîchages en Languedoc-Roussillon et d’autre part des artistes intermittents domiciliés en milieu urbain.
Grâce sa méthodologie – des entretiens conduits à quelques années de distance avec un échantillon stabilisé de personnes – l’auteur est en mesure de mettre à jour les motifs de l’entrée en précariat. En outre, il éclaire finement les voies et moyens que mobilisent ces deux groupes pour résister à l’incertitude née de la discontinuité des emplois.

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Les usagers ont besoin d’être autre chose qu’un cas parmi d’autres

Claudie, employée aux impôts à Saint-Nazaire

Parole de mai 2022, mise en récit par Pierre

L’Hôtel des finances de Saint-Nazaire

Chez nous, aux impôts, c’est comme dans tous les autres services publics de Saint-Nazaire : il n’y a pratiquement plus d’accueil. Pourtant, la plupart des services qui ont un rapport avec le public sont regroupés au centre-ville, avenue du général de Gaulle. Il y a là le service des entreprises, le service des particuliers, la trésorerie de l’hôpital, la trésorerie municipale, la trésorerie des impôts. Le fait d’avoir réuni ces services sur le même lieu devrait logiquement simplifier les démarches. Sauf qu’il n’y a pas assez de personnel, que les horaires d’ouverture ont été fortement réduits et que certains services ne reçoivent pas. Auparavant, les Impôts étaient ouverts toute la journée avec juste la coupure du midi. Quand les Nazairiens allaient au service des demandes de HLM, juste à côté, ils venaient chez nous demander un double de leur feuille d’impôt. Je ne trouvais pas ça anormal. Mais il paraît que ça dérange. On a dû cesser de faire des photocopies pour les gens. Maintenant, les usagers ne peuvent plus venir que le matin de 8h30 à midi.

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Libraire engagée dans la ville

Agathe, libraire indépendante en SCOP

Parole de novembre 2022, recueillie par Pierre, mise en récit par Christine

 » Notre logo associe un petit bateau en papier et un livre. « 

« L’Embarcadère » : c’est ainsi que nous avons baptisé la librairie, Sarah, moi et l’association « Des Voix au chapitre » quand nous l’avons créée il y a huit ans. Notre logo associe un petit bateau en papier et un livre. C’était une manière de nous ancrer dans le territoire en référence à son passé, à la construction des bateaux, au port d’où ils partaient : c’est tout un imaginaire. Quand nous avons réaménagé la librairie, les architectes du collectif « Fichtre ! » ont choisi de faire un clin d’œil à Saint-Nazaire, ville reconstruite. Pour le premier meuble qu’ils nous ont fabriqué, ils se sont inspirés des architectures de la reconstruction d’après-guerre, comme celle de Le Corbusier. Ils ont donc dessiné de grands plateaux et des poteaux, avant d’y mettre les murs et les escaliers. Les intercalaires qui soutiennent les livres ont tous une découpe un peu fantaisiste. Ils ont créé une espèce d’atlas de formes géométriques que l’on trouve dans l’urbanisme de Saint-Nazaire. Quand c’était vide, cela ressemblait à une maison de poupée, on avait envie d’y mettre de petits personnages. Cela ne saute pas aux yeux depuis que nous les avons remplis avec les livres, mais c’est notre particularité.

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Réforme de la retraite, ou comment marchandiser le travail 

Billet

Notre régime de retraite actuel, issu du CNR et d’Ambroise Croizat, reconnaît aux retraités l’accès à une partie de la richesse et organise son financement par un prélèvement sur la plus-value créée ici et maintenant au sein des entreprises. La voie qui avait été choisie était alors, comme le développe Bernard Friot, de considérer la pension de retraite comme un « salaire continué » qui, en fonction du nombre d’années qu’il a cotisé, permet au retraité de rester actif et de continuer à participer à la vie sociale et économique. Cette idée d’ « activité » s’oppose alors à celle d’une « inactivité » qui serait inhérente à la situation de retraité et, plus généralement, à la situation de tous ceux qui n’ont pas encore d’emploi ou qui en sont « sortis ».

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – janvier 2023

Nos publications, nos discussions, nos projets, nos lectures, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !

Deux nouveaux récits dans le thème « Travail et territoire »

Monument à l’abolition de l’esclavage – Saint-Nazaire

« Quand les lycéens découvrent leur ville », le récit d’Amaury qui enseigne l’histoire et la géographie au Lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire.
Extrait :  » Lorsque j’aborde les questions au programme d’histoire et géo, comme l’urbanisme, l’industrialisation ou la Seconde Guerre mondiale, le cas de Saint-Nazaire s’impose comme une évidence. Les élèves comprennent ce que le mot industrialisation veut dire, ils ont aussi la possibilité de voir l’ancienne base sous-marine, les traces de la guerre et du passé. « 
« Ici, accueillir, c’est dans l’ordre des choses« , le récit de Claire, salariée dans une association nazairienne qui accueille des sans-abris et les oubliés de la société.

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“C’est vrai qu’il y a une certaine fierté. J’ai envie de dire : Voilà, je travaille là…” 

Magali travaille sur le site du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne

Parole de septembre 2022, recueillie et mise en récit par Pierre et Jacques

Le terminal méthanier de Montoir, vu de Saint-Brévin
Par Jibi44 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,

À partir du moment où je suis devenue technicienne de maintenance électrique au terminal méthanier de Montoir (voir encadré), mon territoire mental a complètement évolué. Je suis passée d’un bureau un peu étriqué à un périmètre élargi : celui de l’ensemble du terminal situé au bout d’une route en bord de Loire. C’est un lieu paradoxal puisqu’il est à la fois exposé à tous les vents et strictement fermé au public. Qui veut pénétrer dans ce site Seveso doit y être invité, sinon, il n‘entre pas. Tout juste compte-t-on, parmi les véhicules autorisés, le camion qui vient livrer la restauration méridienne – il faut bien nourrir les troupes… Tout véhicule qui entre en zone gaz, doit être équipé d’un coupe batterie. Pas possible, non plus, d’entrer avec un smartphone.

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