Maltraité, le social ressort toujours là où on ne l’attend pas

le billet de janvier de Jean-Marie Charpentier

Trois ans d’un travail chamboulé par l’épidémie et ses suites pour finir sur la réforme des retraites. En empruntant le plus court chemin à dominante budgétaire, c’est comme si tout ce qui nous arrive dans le travail au fond n’existait pas. On ne retient que l’équilibre comptable fondé sur un déséquilibre social.

Le plus lourd dans l’affaire, c’est l’oubli du travail, de tout ce qu’il représente, tant dans son organisation que dans ses conditions. La toise des 64 ans avec quelques menus aménagements est une réponse hors du travail réel. Cela, alors que l’on sait combien les métiers et les salariés du back-office sont à la peine au sens propre. Cela, alors que l’on sait la part des conditions de travail, des contraintes physiques ou psycho-sociales dans de nombreux métiers en difficulté de recrutement, sans parler même des rémunérations. Cela, alors que les toutes premières mesures d’âge concernent les salariés, hommes ou femmes, dont on se sépare couramment bien avant 60 ans. De tout cela, il n’est guère question ou alors si peu. La suite, à lire ici, sur son blog

La précarité durable – Vivre en emploi discontinu

Note de lecture

Nicolas Roux, Paris, Puf, 2022, 223 p., 16 €

Avant les années 80′, la précarité était surtout associée à l’exclusion sociale et à sa conséquence la plus dramatique : les sans-abri. Si la marginalité était majoritairement subie, elle était néanmoins  choisie par certains adultes rétifs à toute subordination patronale, à la vie réglée par une bureaucratie rigide et par son triptyque : « Métro – Boulot – Dodo » . Elle était vécue par nombre de jeunes adultes au sortir de leur formation comme une période transitoire avant l’accès à un CDI. Si aujourd’hui le modèle fordien de l’emploi – un emploi à durée indéterminé assuré durant toute la carrière dans la même entreprise – demeure encore majoritaire, il s’effrite. Pour saisir les multiples formes du précariat durable contemporain, Nicolas Roux conduit une enquête auprès de deux populations : d’une part des salariés agricoles œuvrant au fil des saisons dans les vignobles et maraîchages en Languedoc-Roussillon et d’autre part des artistes intermittents domiciliés en milieu urbain.
Grâce sa méthodologie – des entretiens conduits à quelques années de distance avec un échantillon stabilisé de personnes – l’auteur est en mesure de mettre à jour les motifs de l’entrée en précariat. En outre, il éclaire finement les voies et moyens que mobilisent ces deux groupes pour résister à l’incertitude née de la discontinuité des emplois.

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Les usagers ont besoin d’être autre chose qu’un cas parmi d’autres

Claudie, employée aux impôts à Saint-Nazaire

Parole de mai 2022, mise en récit par Pierre

L’Hôtel des finances de Saint-Nazaire

Chez nous, aux impôts, c’est comme dans tous les autres services publics de Saint-Nazaire : il n’y a pratiquement plus d’accueil. Pourtant, la plupart des services qui ont un rapport avec le public sont regroupés au centre-ville, avenue du général de Gaulle. Il y a là le service des entreprises, le service des particuliers, la trésorerie de l’hôpital, la trésorerie municipale, la trésorerie des impôts. Le fait d’avoir réuni ces services sur le même lieu devrait logiquement simplifier les démarches. Sauf qu’il n’y a pas assez de personnel, que les horaires d’ouverture ont été fortement réduits et que certains services ne reçoivent pas. Auparavant, les Impôts étaient ouverts toute la journée avec juste la coupure du midi. Quand les Nazairiens allaient au service des demandes de HLM, juste à côté, ils venaient chez nous demander un double de leur feuille d’impôt. Je ne trouvais pas ça anormal. Mais il paraît que ça dérange. On a dû cesser de faire des photocopies pour les gens. Maintenant, les usagers ne peuvent plus venir que le matin de 8h30 à midi.

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Libraire engagée dans la ville

Agathe, libraire indépendante en SCOP

Parole de novembre 2022, recueillie par Pierre, mise en récit par Christine

 » Notre logo associe un petit bateau en papier et un livre. « 

« L’Embarcadère » : c’est ainsi que nous avons baptisé la librairie, Sarah, moi et l’association « Des Voix au chapitre » quand nous l’avons créée il y a huit ans. Notre logo associe un petit bateau en papier et un livre. C’était une manière de nous ancrer dans le territoire en référence à son passé, à la construction des bateaux, au port d’où ils partaient : c’est tout un imaginaire. Quand nous avons réaménagé la librairie, les architectes du collectif « Fichtre ! » ont choisi de faire un clin d’œil à Saint-Nazaire, ville reconstruite. Pour le premier meuble qu’ils nous ont fabriqué, ils se sont inspirés des architectures de la reconstruction d’après-guerre, comme celle de Le Corbusier. Ils ont donc dessiné de grands plateaux et des poteaux, avant d’y mettre les murs et les escaliers. Les intercalaires qui soutiennent les livres ont tous une découpe un peu fantaisiste. Ils ont créé une espèce d’atlas de formes géométriques que l’on trouve dans l’urbanisme de Saint-Nazaire. Quand c’était vide, cela ressemblait à une maison de poupée, on avait envie d’y mettre de petits personnages. Cela ne saute pas aux yeux depuis que nous les avons remplis avec les livres, mais c’est notre particularité.

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Réforme de la retraite, ou comment marchandiser le travail 

Billet

Notre régime de retraite actuel, issu du CNR et d’Ambroise Croizat, reconnaît aux retraités l’accès à une partie de la richesse et organise son financement par un prélèvement sur la plus-value créée ici et maintenant au sein des entreprises. La voie qui avait été choisie était alors, comme le développe Bernard Friot, de considérer la pension de retraite comme un « salaire continué » qui, en fonction du nombre d’années qu’il a cotisé, permet au retraité de rester actif et de continuer à participer à la vie sociale et économique. Cette idée d’ « activité » s’oppose alors à celle d’une « inactivité » qui serait inhérente à la situation de retraité et, plus généralement, à la situation de tous ceux qui n’ont pas encore d’emploi ou qui en sont « sortis ».

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – janvier 2023

Nos publications, nos discussions, nos projets, nos lectures, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !

Deux nouveaux récits dans le thème « Travail et territoire »

Monument à l’abolition de l’esclavage – Saint-Nazaire

« Quand les lycéens découvrent leur ville », le récit d’Amaury qui enseigne l’histoire et la géographie au Lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire.
Extrait :  » Lorsque j’aborde les questions au programme d’histoire et géo, comme l’urbanisme, l’industrialisation ou la Seconde Guerre mondiale, le cas de Saint-Nazaire s’impose comme une évidence. Les élèves comprennent ce que le mot industrialisation veut dire, ils ont aussi la possibilité de voir l’ancienne base sous-marine, les traces de la guerre et du passé. « 
« Ici, accueillir, c’est dans l’ordre des choses« , le récit de Claire, salariée dans une association nazairienne qui accueille des sans-abris et les oubliés de la société.

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“C’est vrai qu’il y a une certaine fierté. J’ai envie de dire : Voilà, je travaille là…” 

Magali travaille sur le site du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne

Parole de septembre 2022, recueillie et mise en récit par Pierre et Jacques

Le terminal méthanier de Montoir, vu de Saint-Brévin
Par Jibi44 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,

À partir du moment où je suis devenue technicienne de maintenance électrique au terminal méthanier de Montoir (voir encadré), mon territoire mental a complètement évolué. Je suis passée d’un bureau un peu étriqué à un périmètre élargi : celui de l’ensemble du terminal situé au bout d’une route en bord de Loire. C’est un lieu paradoxal puisqu’il est à la fois exposé à tous les vents et strictement fermé au public. Qui veut pénétrer dans ce site Seveso doit y être invité, sinon, il n‘entre pas. Tout juste compte-t-on, parmi les véhicules autorisés, le camion qui vient livrer la restauration méridienne – il faut bien nourrir les troupes… Tout véhicule qui entre en zone gaz, doit être équipé d’un coupe batterie. Pas possible, non plus, d’entrer avec un smartphone.

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Aux bons soins du capitalisme. Le coaching en entreprise

Note de lecture

Ed Les presses de Sciences Po

Le livre de Scarlett Salman est un grand livre de sociologie consacré à un phénomène de plus en plus répandu : le coaching. A partir d’une recherche engagée depuis le début des années 2000 et ayant conduit à l’écriture d’une thèse, l’analyse de Scarlett Salman, fondée sur un important terrain qu’elle sait nous faire partager, est d’une grande finesse. Issu des conséquences plus ou moins proches du « nouvel esprit du capitalisme », le coaching, avec son trio prescripteur RH-coach-coaché est analysé et mis en scène dans tous ses états. Le riche terrain de la sociologue illustre les modulations de ces relations avec un verbatim abondant et bien choisi. Le processus du coaching est disséqué dans toutes ses dimensions.

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – novembre 2022

Nos chantiers en cours, le travail en débat sur la question du sens, nos coups de cœur éditoriaux et ciné-club, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! On vous offre même un poème sur l’actualité footballistique, vue du travail.

Travail et territoires

L’école Léon Blum, où Thierry est directeur d’école

Cinq nouveaux récits publiés au cours du dernier mois, toujours autour de ce que le territoire de Saint-Nazaire fait au travail, et vice-versa . On pourra lire sur notre site, dans ce dossier, les récits suivants : “Faire du lien”, par Damien secrétaire de l’Union Locale CGT ;  “Aux Urgences de l’hôpital public se croisent des gens qui ne se seraient jamais rencontrés ailleurs” par Fabien infirmier ; “La direction n’aime pas que les travailleurs se regroupent” par Jean-François, salarié aux Chantiers de l’Atlantique ; “Le territoire intime de l’ordinateur” par Monica, technicienne de maintenance en informatique ; « C’est tout un travail d’aller vers les familles, et c’est très difficile »  par Thierry, directeur d’école dans un Réseau d’Éducation Prioritaire. 

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Ici, accueillir, c’est dans l’ordre des choses

Claire, salariée à « La Fraternité », association nazairienne

Parole d’octobre 2022, recueillie par Pierre et mise en récit par Dominique

« La Fraternité » est une association de Saint-Nazaire, d’obédience protestante, qui assure un accueil de jour pour des personnes en grande précarité ou en grand isolement : des gens de la rue qui vivent dans des parkings souterrains, dans des squats dispersés à travers la ville ou qui se regroupent sur le parvis de la gare toute proche de nos locaux. Certains campent sur des terrains en se cachant. Nous accueillons aussi des personnes âgées très isolées ou des personnes en difficulté psychiatrique pour qui c’est un peu la sortie de la journée. On ne sait pas toujours ce qui leur est arrivé ; d’ailleurs, on ne le leur demande pas. Ce sont parfois des gens malades, victimes d’addictions, notamment à l’alcool, ou de troubles divers. Par exemple, en ce moment, on accueille un monsieur qui, tout en suivant une chimiothérapie à l’hôpital de jour, vit dans la rue avec son chien. Un jeune majeur, victime de multi-traumatismes liés à l’exil, est lui aussi dans la rue ; ce qui, comme pour tous ceux qui sont dans la même situation, ne fait qu’aggraver sa grande fragilité psychologique. Sur la quarantaine de personnes accueillies chaque matin de huit heures à midi, sauf le mardi, la moitié sont des sans abri. 

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Quand les lycéens découvrent leur ville

Amaury, professeur d’Histoire et Géographie au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire.

Parole de novembre 2022, mise en texte par Pierre

Le lycée Aristide Briand

J’enseigne l’Histoire et la Géographie au lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Depuis les salles de classe orientées au sud, j’aperçois les portiques des Chantiers de l’Atlantique. Contrairement à beaucoup d’endroits en France où les gens s’imaginent que toutes les usines ont été délocalisées en Chine, ici, les élèves voient l’industrie. 

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« C’est tout un travail d’aller vers les familles, et c’est très difficile »

Thierry, directeur d’école dans un Réseau d’Éducation Prioritaire

Parole du 20 septembre 2020, recueillie par Pierre et Jacques, mise en texte par Christine

À la Chesnaie
À la Bouletterie

À Saint-Nazaire, on dit « les quartiers ouest » pour parler de la Bouletterie, la Chesnaie et La Trébale. Là, vit une grande partie des familles de la ville qui se trouvent en-dessous du seuil de pauvreté (1). Cet habitat essentiellement collectif (HLM) est traversé par de larges avenues et est entrecoupé par des ensembles pavillonnaires implantés entre les différentes cités. Depuis une quinzaine d’années, dans la recherche d’une plus grande mixité sociale, les quartiers de la Bouletterie et de la Chesnaie bénéficient d’un effort de rénovation de l’existant, et de l’édification de constructions nouvelles. 

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Le territoire intime de l’ordinateur

Monica, technicienne de maintenance en informatique

Parole de septembre 2022, recueillie par Pierre et mise en récit par Roxane

Le « cloud », un grand mystère

Aujourd’hui, tout se fait sur internet. Des déclarations d’impôts aux cartes grises en passant par les créations de mots de passe, la vérification des comptes bancaires, des retraites… Les particuliers de la région nazairienne chez qui je vais pour dépanner l’informatique sont majoritairement des retraités qui non seulement veulent comprendre ce qu’il se passe avec leurs sous, mais pouvoir effectuer tranquillement leurs démarches administratives. Les enfants sont loin ou ne veulent pas s’occuper de l’ordinateur de leurs parents. Ou bien, s’ils le font, ils n’expliquent rien. «On ne va pas les déranger avec ça !» se résignent les parents. Mais à n’importe quel âge, l’ordinateur reste une machine compliquée. On m’appelle beaucoup pour des petits dépannages : des lenteurs, des manques de connexions, des opérations de transfert de photos du Smartphone vers l’ordinateur. Les gens aiment bien constituer des albums même s’ils ne vont jamais regarder leurs photos. Le grand mystère reste le Cloud. Ils n’y comprennent rien.  C’est compliqué de mettre à jour la sécurité d’un compte bancaire. L’idée est de leur montrer comment faire pour qu’ils se débrouillent sans moi.  

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La direction n’aime pas que les travailleurs se regroupent

Jean-François, salarié aux Chantiers de l’Atlantique

Parole de juin 2022, mise en texte par Pierre

Du côté des bureaux d’études

De chez moi, sur les hauteurs du quartier de l’Immaculée, je peux voir les bateaux qui dominent les immeubles, quand ils sont dans la forme Joubert. Et, sur la gauche, je peux apercevoir les barres rouges des portiques. Tous les jours, je traverse la ville pour me rendre dans un bâtiment qui, sur le « rond-point de l’ancre » fait face à celui de la direction des Chantiers de l’Atlantique, côté bassin. Là je rejoins mon poste de travail dans le bureau d’études au service électricité. Ce service est chargé entre autres de concevoir les installations qui, en fond de cale, vont fournir plusieurs dizaines de mégawatts dont 80% seront utilisés par les moteurs de propulsion électrique. C’est souvent le même rituel : je dépose ma veste, je fais chauffer la bouilloire et je vais dire bonjour à ceux qui sont arrivés. Quand j’ai commencé aux Chantiers, il y a trente-deux ans, il était de bon ton de faire le tour du bureau et de taper la discute. À cette époque, il y avait même le “Ouest-France” et le “Presse-Océan” qui étaient ouverts. On se serrait la louche, on lisait le journal jusqu’à 8h – après avoir pointé – certains faisaient les mots croisés, on prenait le café et on papotait sans aller directement au travail. 

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Les dernières nouvelles de la Compagnie – octobre 2022

Nos chantiers en cours, nos réactions à l’emballement médiatique de septembre dernier sur la « valeur travail », notre coup de coeur éditorial de la rentrée, notre séminaire d’été, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !

Travail et territoires

Le port de Saint-Nazaire

Chaque travail est situé. Il s’exerce quelque part. Et ce « quelque part » est loin d’être neutre. Mais comment cerner l’ensemble des périmètres vastes ou minuscules où s’exerce le travail ? Quels enjeux individuels et collectifs ? Comment amener nos interlocuteurs sur ce terrain-là ? Vaste sujet, vaste projet qui est entré dans une phase d’écriture intense. 24 entretiens ont déjà été réalisés, dont 8 récits déjà publiés sur notre site. La Compagnie se mobilise autour de Pierre qui mène le projet sur la région de Saint-Nazaire.  

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« Nouvelle cordée », c’était au ciné-club du CNAM le 20 octobre

Le Centre de Recherche sur le Travail et le Développement (CRTD) et le Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Économique (LISE) organisent et animent un ciné-club au CNAM autour du travail, à partir d’un choix de films et de documentaires qui mettent en lumière des aspects du travail peu accessibles autrement. Ce 20 octobre, c’était un documentaire de 2019 : « Nouvelle cordée », suivi d’un débat avec les participants.

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Aux Urgences de l’hôpital public se croisent des gens qui ne se seraient jamais rencontrés ailleurs

Fabien, infirmier aux Urgences de l’hôpital de Saint-Nazaire

Parole du 19 septembre 2022, recueillie par Pierre, mise en texte par Christine

En quinze ans d’exercice aux urgences, je n’ai jamais observé de conflit entre les patients. Pourtant, nous accueillons des populations très différentes, qui ne se côtoient pas ailleurs. Il y a des personnes en grande précarité dans les quartiers populaires de Saint-Nazaire, Trignac ou Montoir. Comme à Beauregard, un ensemble HLM des années 70, ou à Prézégat, un quartier qui se trouve derrière la gare, où vivent de nombreuses communautés issues de l’immigration, notamment une grosse communauté sénégalaise. Autour de ce quartier complètement enclavé, ce sont des champs : on est dans une sorte de cul-de-sac privé de  communication avec les autres quartiers de la ville. L’importante activité industrielle de la région nazairienne , qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs, concentre sur l’ensemble de ce territoire une grosse population ouvrière qui travaille dans l’aéronautique, aux Chantiers de l’Atlantique, à la raffinerie et dans les usines de la zone portuaire. Il y a aussi, comme partout, des travailleurs des services, des jeunes, des retraités… Les plus aisés sont plutôt sur la côte, à la Baule, au Pouliguen, ou à Pornichet. Et tout ce gentil monde se croise aux Urgences.

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Faire du lien

Damien secrétaire de l’Union Locale CGT de Saint-Nazaire

Parole de septembre 2022, mise en texte par Pierre

Un paquebot par-dessus les toits

Quand je circule à vélo dans les rues de la ville de Saint-Nazaire, j’aperçois souvent, en fond de paysage, au-dessus des toits, un inhabituel immeuble à balcons. C’est un paquebot en phase de finition, amarré dans un bassin du port. Au bout de quelques semaines, il disparaît. Puis un autre apparaît à un autre endroit, près d’un autre quai. On ne peut pas les rater. Leurs structures en acier dominent la ville. Saint-Nazaire est indissociable de cette image liée à la construction navale. 

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La confiance se met en place petit à petit

Marie psychologue du personnel dans un hôpital psychiatrique

Parole du 6 mai 2022, mise en texte avec Roxane

À l’automne 2021, dès que je suis arrivée sur mon poste (c’est une création) de Psychologue clinicienne du travail, j’ai lancé une note d’information  pour que les agents de l’hôpital psychiatrique où je travaille me connaissent et m’identifient. Les agents c’est le personnel soignant et tous les autres : personnels administratifs et techniques. 

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À Saint-Nazaire, un lycée qui ne ressemble pas à un lycée

Mickael, ME (Membre de l’Équipe éducative) au Lycée Expérimental de Saint Nazaire

Parole d’août 2022, mise en texte par Pierre

L’ancien hôtel Transatlantique, devenu le lycée expérimental de St Nazaire

Le lycée dans lequel j’enseigne les sciences de la vie et de la terre ne ressemble pas à un lycée. C’est un « lycée expérimental » qui fonctionne depuis maintenant 40 ans. Je suis entré dans cet établissement il y a une douzaine d’années après avoir exercé pendant quatre ans mon métier d’enseignant au collège expérimental Anne Franck du Mans. Auparavant, j’avais fait beaucoup d’animations et de théâtre auprès des jeunes dans le cadre de l’éducation populaire. Là, j’avais appris à accorder des responsabilités et de l’autonomie aux jeunes. L’idée était de les inciter à faire émerger les thématiques de travail, de construire du savoir à partir du concret et d’approches sensitives. J’ai donc été coopté au Lycée Expérimental à la fois pour aborder le monde des sciences et animer les activités théâtrales.

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Qui a encore envie de travailler ? Qu’est-ce que le travail ?

L’épisode du 24 juin de « Entendez-vous l’éco ? », sur France Culture

« Après deux ans de covid, notre rapport au travail semble avoir profondément changé. De plus en plus de jeunes, et des moins jeunes, réclament des emplois qui ont du sens, de meilleures conditions de travail et des salaires qui reflètent leur utilité sociale. »

Deux sociologues et un économiste en débattaient ce 24 juin, à partir de la question : « qu’est-ce que le travail ? ». A écouter en podcast sur le site de France Culture

Communication en entreprise et consentement

Comment les sciences sociales, la sociologie de l’entreprise notamment, peuvent éclairer le sujet.

Ce texte de Jacques Viers est la suite du billet de juin de Jean-Marie Charpentier, publié sur son blog, sous le titre Entre contenus et consentement, les défis de la communication en entreprise.

Un colloque “Consentir? Pourquoi, comment et à quoi ?” a eu lieu les 9 et 10 juin 2022 à l’ESCP Business Europe. J’y suis intervenu avec mon complice Jean-Marie Charpentier dans le cadre d’une table ronde, présidée par Michel Lallement du CNAM, intitulée Consentement dans l’organisation et le travail.

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Entre contenus et consentement, les défis de la communication en entreprise

Le billet de juin de Jean-Marie Charpentier

À lire ici, sur son blog.

Extrait  » … Ces pratiques de dialogue dans le travail prennent un sens particulier dans une période post-pandémie qui fait bouger les unités de temps, de lieu et d’action. En tenant compte de leurs limites (pérennité parfois problématique, instrumentalisation fréquente…), on est là malgré tout face à une logique inverse de celle fondée sur la seule transmission qui a occupé toute la place dans le management et la communication. On voit bien que la question de la soutenabilité et du consentement au travail est de plus en plus liée avec le fait de se mettre d’accord et avec le pouvoir d’agir sur le cours des choses … »

P.S. « Même ceux qui auraient aimé effectuer plus de télétravail me disent combien ils sont contents de revenir sur le site, de retrouver leurs collègues »

Zoé, Chef de service dans une ONG internationale, représentante du personnel

Parole de mai 2022, collectée par Jacques, mise en texte par François

Ce texte est un post-scriptum au récit publié en juin 2020 : “le télétravail a supprimé toute créativité et fait du mal au collectif “ 

Avec près deux ans de recul, j’affirme que le télétravail nuit au collectif de travail. Nous ne sommes pas une entreprise de trois cents salariés mais une association qui réunit environ quatre-vingt-dix personnes, toutes basées à Paris. A mes yeux, le travail à distance porte atteinte aux liens entre les différents métiers ; il contribue à des cloisonnements qui sont dommageables. Depuis deux ans, hors des périodes de strict confinement, chaque responsable de service ou de pôle est invité à rassembler son équipe au siège au moins deux jours par semaine. Ces collectifs de cinq à vingt personnes n’ont pas trop souffert du télétravail, mais notre grand collectif oui.

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Il faut se prémunir des « cimetières mentaux »

Laurence, chargée d’évaluation des politiques publiques

Parole du 7 avril 2022, mise en texte par François

Shiva s’épuise

Quand le confinement de mars 2020 a été annoncé, nous étions techniquement bien préparés. L’institution où je travaille avait déployé dès 2018 de nombreux outils numériques dont des applications de travail collaboratif, des dispositifs de visio-conférence, des rencontres et webinaires internes de toutes sortes et des démarches d’amélioration continue et de développement personnel, ainsi qu’une progressive dématérialisation des contrats d’aide aux entreprises. Nous disposions en outre déjà d’ordinateurs portables. A mon domicile, je suis équipée depuis trois ans d’un écran et d’un fauteuil ergonomique (achetés à mes frais) car, comme nombre de mes collègues, je télé-travaillais un jour par semaine. Avec nos prestataires, nous échangions déjà chaque semaine par téléphone et ne nous déplacions guère, histoire d’améliorer le ratio : « temps/homme » qui revient très cher à l’État.

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