« Je cherche à ce que la fascination que j’éprouve pour ce territoire industrialo-portuaire embarque les visiteurs »

Aurélie, guide-conférencière à « Saint-Nazaire Renversante »

Parole de février 2023, mise en récit par Pierre

Le car de « Saint-Nazaire Renversante » devant le terminal des conteneurs, vu du terminal roulier – Photo Farid Makhlouf

Les deux choses que je trouve fascinantes et que j’aimerais vraiment transmettre quand je fais visiter les Chantiers de l’Atlantique, c’est d’abord le rapport d’échelle entre l’objet monumental qu’est un paquebot et la main humaine de celui qui le construit ; puis tout le travail de planification que demande la fabrication de tels navires. J’aime conduire les visiteurs au pied de ces choses colossales et uniques pour qu’ils les voient en train de se faire.
La première partie de la visite des Chantiers se passe dans un autocar qui emmène les passagers, entre le port et l’estuaire de la Loire, à travers les 120 hectares de l’entreprise. Ils aperçoivent à travers les vitres les différents ateliers. Ils longent les espaces où sont entreposés à ciel ouvert les morceaux de puzzles en acier destinés à être assemblés en « panneaux » puis en « blocs » qui sont autant de parties plus ou moins complètes des futurs bateaux. Puis les visiteurs sont bientôt invités à mettre pied à terre pour entrer à l’intérieur de la forme de montage.

Continuer à lire … « « Je cherche à ce que la fascination que j’éprouve pour ce territoire industrialo-portuaire embarque les visiteurs » »

Souvigny  : foire des troubadours et saltimbanques. 

Jean-Paul, maroquinier – Salers août 2022

Propos recueillis et mis en texte par Roxane – mars 2023

La boutique de Salers

Chaque été, nous nous installons à Salers jusqu’à fin septembre, et depuis 25 ans, vers la fin juillet, je laisse la boutique à S. mon épouse pour aller à Souvigny. Je suis un grand fidèle de la foire de Souvigny, pas seulement pour le business mais surtout pour l’ambiance. 

Continuer à lire … « Souvigny  : foire des troubadours et saltimbanques. « 

Ma maison, mon territoire 

S. maroquinière – Salers août 2022

Propos recueillis et mis en textes par Roxane, mars 2023

L’atelier

Je m’appelle S., maroquinière, je travaille avec mon mari Jean-Paul maroquinier, il m’a appris son métier. Quand je me lève le matin vers 7h 30, ma première préoccupation, après la douche, est de nourrir mes cinq chats. Ensuite je monte à l’atelier au second étage. J’y vais en chausson ! C’est dire combien mon travail s’entremêle avec mon quotidien. Je consulte notre liste de fabrication pour voir son adéquation avec notre stock et avec notre répartition des tâches. C’est souvent mon mari, Jean-Paul, qui va à la presse, c’est toujours lui qui a le rôle de découpe, et moi plutôt celui de la diminution d’épaisseur du cuir avec la refendeuse.

Continuer à lire … « Ma maison, mon territoire « 

La solitude de la dessinatrice de presse indépendante

par Claire, graphiste et dessinatrice de presse

 » Souvent, le dimanche, les jours fériés ou le soir à 22h30, elles montent des maquettes syndicales sur les droits des salariés à la Caisse d’épargne ou chez les fonctionnaires, et elles ont envie de pleurer. »

Je suis graphiste, maquettiste et dessinatrice de presse indépendante depuis 27 ans. Ça veut dire que j’ai connu le métier aux tous débuts d’Internet, du temps où les correcteurs et les rédacteurs en chef prenaient le RER pour se déplacer chez toi le jour du bouclage et que tu pouvais leur offrir un café et leur donner ton avis sur les articles du journal, mais ça, c’est de la vieille histoire.
Entre les années 2000 et 2020, les travailleurs indépendants se regroupaient dans des bureaux partagés pour mettre en commun les frais de chauffage, d’Internet, d’imprimante couleur et de papier-cul. On pouvait faire de joyeuses mises en commun de professions précaires : illustrateurs, typographes, photographes, correcteurs, webmasters, éditeurs, réalisateurs, monteurs, iconographes, journalistes, militants associatifs… Parfois on avait même une salle de réunion !

Continuer à lire … « La solitude de la dessinatrice de presse indépendante »

 Ce sont des rencontres qui ont déterminé ma vie professionnelle

Jean, vendeur de savons artisanaux à Salers – août 2022

Propos recueillis par Roxane et mis en texte par Christine – février 2023

La boutique de savons, dans une ancienne cuisine d’un hôtel du XVII° s à Salers

Je suis arrivé à Salers grâce aux Artisans que j’ai côtoyés pendant près de dix ans alors que je fabriquais des vêtements de création, avec ma compagne de l’époque. Nous les vendions dans des salons de métiers d’art et dans des expos artisanales. J’ai alors connu de multiples artisans de création, dont des savonniers. En 2000, alors que je me séparais de ma compagne, j’ai décidé  qu’il fallait  que je reste dans l’artisanat, c’était un milieu qui me plaisait bien. J’ai alors pensé à revendre des savons. J’ai donc pris du stock auprès des maîtres savonniers fabricants dont on m’avait donné l’adresse, pour les vendre dans des expos artisanales, ou des foires, qui ne duraient jamais plus de deux jours. Faire des expos régulièrement est un travail harassant du fait des déménagements de matériels et de stocks et ce à tous vents. 

Continuer à lire …  » Ce sont des rencontres qui ont déterminé ma vie professionnelle »

Je fais, je défais, je refais et c’est comme cela que j’avance

Fanny, créatrice de bijoux macramé – Salers août 2022

Les créations de Fanny

Propos recueillis et mis en texte par Roxane – mars 2023

Quand je me suis installée créatrice de bijoux, je vendais sur les marchés, dans  des salons d’artisanat, un peu partout en France. En 2010 je crois, dans le Cantal, j’ai rencontré, notamment, Céline une potière et qui m’a proposé d’intégrer la Fabrik à Aurillac, une boutique collective d’artisans. J’y ai exposé mes bijoux en macramé, en dépôt-vente, en tant qu’invitée. Je ne tenais pas de permanence. C’était tranquille ! Au bout de quatre ans, l’équipe m’a dit “ Les invités normalement restent trois mois. On te propose d’intégrer la boutique en tant que permanente ou il faudra laisser ta place à d’autres invités….” 

Continuer à lire … « Je fais, je défais, je refais et c’est comme cela que j’avance »

“On est tous comme ça. On a cette mentalité de vouloir travailler”

Patrice, ajusteur chez MAN-Energy Solutions, constructeur de moteurs diésel géants

Parole d’octobre 2022, recueillie et mise en récit par Pierre

Les établissements MAN, dans l’enchevêtrement des usines du site industriel

Je suis un «casseur d’angles». C’est comme ça que notre ancien patron, à son époque, appelait ceux qui, comme moi aujourd’hui, ébavuraient les bielles dans les ateliers de l’usine MAN-ES de Saint-Nazaire. Lorsqu’elles sortent de fabrication, ces pièces de moteur diésel ont des angles vifs. Il faut les effacer. Depuis que je suis arrivé dans l’usine comme ajusteur, il y a 20 ans, la technique n’a pas changé. Je me sers toujours de la lime comme j’ai appris à le faire à l’école. Il faut sentir la matière. Je passe un coup et j’enlève peut-être deux millimètres d’acier… En deux ou trois coups de lime, c’est vite fait. Certains utilisent la meule équipée d’une lime-aiguille en carbure. Mais je n’aime pas ça…

Continuer à lire … « “On est tous comme ça. On a cette mentalité de vouloir travailler” »

« Quand on fait un travail de création, il y a une partie où l’on décide et une partie où on ne décide rien. Ça vient tout seul. »

Véronique, Artiste graveur & aquarelliste – Salers août 2022

Propos recueillis par Roxane et mis en texte par François – février 2023

Véronique au travail

Après avoir vécu en région parisienne, je me suis installée depuis deux ans à Besse, une commune distante de dix kilomètres de Salers. Cela fait une trentaine d’années que je viens dans le Cantal chaque été et aux congés de Toussaint. Comme mon mari est auvergnat, cela facilite les contacts.
J’ai mon atelier juste à côté de la maison. Il est assez grand et comme il est à l’étage, je bénéficie d’une belle vue et de beaucoup de lumière qui perce par de vastes baies vitrées. Mes matinées débutent par une petite séance de yoga. Cela m’aide à me mettre en forme, à me décontracter. Après, je me rends dans mon atelier pour organiser ma journée en fonction des différentes activités à venir. Si la journée va être consacrée à des tirages, je commence par préparer une table qui sert à chauffer les plaques de cuivre. Quant à l’encre, il faut la manipuler pour l’attendrir. Mais j’ai aussi des journées consacrées à la préparation d’une exposition et d’autres durant lesquelles je vais stimuler ma créativité. 

Continuer à lire … « « Quand on fait un travail de création, il y a une partie où l’on décide et une partie où on ne décide rien. Ça vient tout seul. » »

L’urgence c’est de vivre – au cœur d’un service de cancérologie

Les inédits – 11 récits

Disponible en librairie – 19 €

Oncologue, dosimétriste, secrétaire médicale, kinésithérapeute, aide-soignante, infirmière, agente de service hospitalier, assistante sociale… chacune et chacun raconte la réalité de son travail au quotidien, auprès des malades : les gestes techniques, les relations avec les autres intervenants, l’accompagnement des familles… Vingt récits ont été publiés par les Éditions de l’Atelier, en voici la liste. Ils donnent la parole à l’éventail le plus large des métiers de la chaîne soignante. Onze autres récits n’ont pas pu être insérés dans le livre. Ils ont été diffusés au personnel de la clinique, mais il avait fallu faire, avec l’éditeur, des choix cruels pour l’ouvrage imprimé. Avec son accord, nous les publions aujourd’hui. Ce sont les inédits de « L’urgence c’est de vivre – Au cœur d’un service de cancérologie ». Chaque récit est ponctué par le regard porté par Pierre sur sa propre expérience d’accompagnant. Il explique ce cheminement dans cet avant-propos.

11 récits à lire, et à retrouver sur notre site, écrits avec :

« En oncologie, il faut y aller en douceur »

Christine, kinésithérapeute – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Se lever, aller aux toilettes ou prendre une douche : de petites choses anodines auxquelles les bien-portants ne prêtent pas attention. Mais les gestes de la vie quotidienne sont d’une grande importance pour une personne malade. Maintenir ces gestes élémentaires valorise le malade qui n’est plus, alors, condamné à rester  au fond de son lit : il retrouve des activités qui le rapprochent un peu de la normalité. Ne seraient-ce que quelques pas dans le couloir le font sortir un petit peu du contexte de la maladie.

Continuer à lire … « « En oncologie, il faut y aller en douceur » »

« Au bout de sept ans dans ce service, je ne sens pas de lassitude »

Clémence, infirmière en hospitalisation complète – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Nous avons plusieurs types de patients en hospitalisation complète.  Certains sont là de façon transitoire. Ce sont par exemple des personnes qui vivent seules et que nous gardons en surveillance après leur chimio. D’autres retournent profiter de leur maison pendant quelques semaines, mais reviennent régulièrement. Je me souviens d’un monsieur qui vivait dans la rue. Nous l’avons gardé longtemps avec nous, le temps de trouver un foyer où il puisse être pris en charge. Forcément, on s’attache davantage aux personnes qui restent longtemps. 

Continuer à lire … « « Au bout de sept ans dans ce service, je ne sens pas de lassitude » »

« Je sais que les patients ont confiance en nous, les brancardières »

Marion, brancardière – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

« Allez hop ! C’est la balade aujourd’hui ! ». Le patient qui m’accueille ainsi est un homme que je vais emmener sur son fauteuil, le long des couloirs. Il veut prendre les choses à la légère. La balade, c’est le scanner, la radio, les rendez-vous médicaux… Rien de bien réjouissant… Mais ça lui fait du bien de sortir de la chambre !  

Continuer à lire … « « Je sais que les patients ont confiance en nous, les brancardières » »

« Chaque patient attend de moi une explication »

Isabelle, infirmière coordinatrice – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Tôt le matin, je reçois un appel d’un monsieur qui a trouvé mon numéro de téléphone d’ « infirmière coordinatrice » dans le classeur remis aux patients de cancérologie. Il m’explique que la chimiothérapie qu’il est en train de subir à domicile a déclenché une grosse toxicité cutanée au visage. Depuis mon bureau je dois alors imaginer ce dont il s’agit par rapport à sa thérapie, et comprendre, en reprenant les consultations précédentes, si cette toxicité est nouvelle ou pas.

Continuer à lire … « « Chaque patient attend de moi une explication » »

« Le patient ou la patiente se transforment en véritables guerriers »

Nathalie, infirmière à domicile – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Quand je fais des toilettes à domicile chez un patient lambda, je ne suis souvent guère mieux considérée qu’une femme de ménage. La différence c’est qu’au lieu de me servir d’une serpillère, je tiens un gant. Dès que je suis amenée à faire un pansement, le regard change et on commence à me voir comme une infirmière, c’est-à-dire comme une professionnelle de santé. Ce problème n’existe pas lorsque j’ai affaire à des patients atteints de cancer.

Continuer à lire … « « Le patient ou la patiente se transforment en véritables guerriers » »

« Je n’oublie jamais que nous préparons des produits dangereux »

Geneviève, préparatrice en pharmacie hospitalière – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Ici, on fait du sur-mesure. Et on le fait au fur et à mesure. Quand je prépare une chimiothérapie, je sais qu’il y a un patient dans une salle d’attente et que ça n’est pas une partie de plaisir pour lui. Donc j’établis des priorités. Par exemple, si un patient a une prescription pour cinq médicaments, je démarre par le premier puis je m’attaque à la première molécule d’un autre patient, pour que chaque traitement puisse commencer. Après quoi, je préparerai la première prescription pour faire la suite. C’est une organisation compliquée pour les préparatrices qui débutent, mais j’ai appris par où commencer et sur quoi me focaliser pour optimiser l’attente des patients. C’est une question d’expérience.

Continuer à lire … « « Je n’oublie jamais que nous préparons des produits dangereux » »

« Aucun patient en hôpital de jour ne reste anonyme »

Françoise, secrétaire médicale en oncologie, programmation – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Secrétaire médicale en cancérologie depuis 1992, j’occupe le poste de programmation en hôpital de jour d’oncologie-médecine depuis septembre 2012, date de l’ouverture de la Cité Sanitaire et donc du transfert de la Polyclinique de l’Océan devenue « Clinique Mutualiste de l’Estuaire ».

Continuer à lire … « « Aucun patient en hôpital de jour ne reste anonyme » »

« Je veille à faire en sorte que les manipulateurs aient le temps suffisant »

Gwénaelle, secrétaire chargée de la programmation en radiothérapie – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Je suis manipulatrice en radiothérapie, quand je travaillais encore en postes de traitement, il m’est arrivé que des patientes me sautent au cou à la fin de leur cycle de soins. Elles me faisaient un gros bisou avec des larmes plein les yeux: « Vous allez me manquer ». J’ai eu aussi des patients agressifs, dont la prise en charge n’était pas simple. Mais depuis deux ans, du fait de soucis de santé importants, je ne manipule plus ni en poste pour l’administration des rayons, ni au scanner. Maintenant, je gère la programmation des traitements par irradiation. Pour cela, je crée le planning de toutes les séances de radiothérapie, une par une, en faisant coïncider les contraintes liées  d’un côté à la vie sociale de chaque patient, et de l’autre aux multiples impératifs du traitement lui-même. 

Continuer à lire … « « Je veille à faire en sorte que les manipulateurs aient le temps suffisant » »

« Les effets s’amplifient au fur et à mesure des séances »

Mélissa,  manipulatrice en radiothérapie – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Après avoir rencontré le médecin radiothérapeute, le patient est invité à venir consulter un manipulateur qui lui détaillera le déroulement et les étapes du traitement prochain. Lorsque je reçois un patient pour une telle consultation, je lui explique qu’il passera d’abord un scanner de repérage. Les images en trois dimensions qui seront alors obtenues permettront de déterminer la balistique du traitement et la position dans laquelle il sera placé sur la machine. Il sera, par exemple, allongé sur le dos, avec un oreiller sous la tête, tandis que ses pieds seront calés dans un repose-pied… Il ne devra pas hésiter à dire comment il se sent ainsi parce qu’il sera installé dans la même position à chaque séance.

Continuer à lire … « « Les effets s’amplifient au fur et à mesure des séances » »

« Je choisis la technique d’irradiation la plus judicieuse »

Anne-Sophie, dosimétriste – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »

Mon travail de dosimétriste consiste à  calculer de quelle façon sera délivrée la dose d’irradiation que le radiothérapeute a prescrite pour un volume à traiter, tout en préservant au mieux les tissus sains du patient. 

Continuer à lire … « « Je choisis la technique d’irradiation la plus judicieuse » »

« Jusqu’à quelle limite de risque j’accepte d’aller, et pour quelle perspective de bénéfice ? »

Franck, médecin radiothérapeute – Les inédits de « l’Urgence c’est de vivre »

Dans les films de science fiction des années 1980 comme Blade runner, on voit des patients sur leur table d’opération, entourés par des robots qui s’agitent pour les soigner. Fiction d’auteurs imaginatifs ? Il semblerait plutôt que, d’un point de vue technique, la réalité d’aujourd’hui ne soit pas très éloignée de cette vision. Jusqu’au début des années 2000 en France, on utilisait des machines au cobalt – les fameuses « bombes au cobalt » – qui, à l’aide d’un simple piston, propulsaient une source radioactive au-dessus du patient pour exposer sa tumeur aux rayonnements ionisants.

Continuer à lire … « « Jusqu’à quelle limite de risque j’accepte d’aller, et pour quelle perspective de bénéfice ? » »

« Je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés. »

Karine Céramiste plasticienne – Salers août 2022

Propos recueillis par Roxane et mis en texte par François – mars 2023 

Créations à partir d’objets récupérés

Petite fille, comme beaucoup d’enfants, je passais mes vacances chez mes grands-parents. Ils habitaient un petit hameau à l’écart de tout. Cependant il y avait ce qu’à l’époque on appelait un dépotoir. C’était pour moi un terrain de jeu et je m’y rendais avec mon grand-père. Nous récupérions de vieux objets que les gens avaient abandonnés. À  la maison, il les rafistolait pour en faire des jouets, des trottinettes… Je sais que mon activité d’aujourd’hui a un lien avec ces moments partagés. Prendre des objets que je trouve beaux même s’ils sont oxydés et abîmés est passionnant. Leur usure, leur patine sont la marque du temps et je discerne un vécu, une histoire, une époque. Outre leurs formes, j’apprécie tout particulièrement les objets qui ont conservé un peu de leurs couleurs, surtout quand elles sont vives. Par expérience, je sais qu’ils vont m’offrir plus de chance d’aboutir à une création qui va me satisfaire. Ainsi, je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés, des objets qui ne servent plus.

Continuer à lire … « « Je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés. » »

“C’est une très belle chose de devoir prouver à l’autre parce que ça oblige à se  prouver à soi-même. »

Jennifer couturière – Salers août 22

Propos recueillis et mis en texte par Roxane – novembre 2022

Jennifer dans la boutique de Salers

Nous ne connaissions pas du tout le Cantal, ni famille, ni amis. Nous avons regardé le taux d’ensoleillement, le taux de pollution et nous y sommes partis en vacances, par deux fois. Ça nous a plu. Conquis, on s’y est installé. La raison majeure ? C’était surtout ma fille… elle  est asthmatique. Ça explique beaucoup de choses ! À Lille où nous habitions, la pollution était terrible. Ici, ma fille va beaucoup mieux. Au fil du temps, j’ai pensé que notre intégration était dûe à nos enfants. Nous avons  été bien accueillis dans notre village,  tout de suite, à l’école, nous  avons rencontré  d’autres parents et nous nous sommes fondus dans un petit groupe d’amis. Et ça a continué. Un jour, en me baladant à Aurillac, dans les rues, j’ai vu : « La Fabrik », une boutique d’artisans créateurs. Vivement intéressée, j’ai postulé pour exposer mes produits en tant que couturière. C’était en 2017 et, dans le même temps, je créais ma marque : « Coquinette et Coquinou ». Coquinette ma fille et Coquinou mon garçon, c’est des petits surnoms qui disent bien ce qu’ils veulent dire. 

Continuer à lire … « “C’est une très belle chose de devoir prouver à l’autre parce que ça oblige à se  prouver à soi-même. » »

Être à son compte, travailler pour soi, c’est le principal, même si nous n’avons pas de gros revenus. C’est notre choix de vie !

Stéphane, fabricant de jouets en bois – Salers Août 2022

Propos recueillis par Roxane et mis en texte par Christine – février 2023

Stéphane dans la petite Fabrik

Nous fabriquons les grands classiques du jouet en bois comme le petit pic-vert qui descend sur son « tronc », des yoyos, des puzzles, des petites voitures… Ils existaient il y a bien longtemps, nous ne les avons pas inventés. Mais nous avons tâché de dépoussiérer le genre en y mettant notre patte. Nous avons créé un petit robot de bois tout articulé en 2017. Pour lui, ça a vite bien marché. Il y a eu un vrai engouement de la part des adultes alors que les autres jouets sont plutôt destinés à la petite enfance, de 0 à 6 ans. Ma compagne a créé « les jouets de Fanny » en 2010. A l’époque, j’étais artisan en menuiserie traditionnelle. J’avais appris la menuiserie un peu par défaut parce que je ne savais pas quoi faire. Et puis j’y ai trouvé quelque chose qui m’a vraiment plu. Aujourd’hui, nous sommes tous les deux dans le même bateau, nous fabriquons des jouets en bois dans la vallée de la Jordane, à trois-quarts d’heure de Salers. 

Continuer à lire … « Être à son compte, travailler pour soi, c’est le principal, même si nous n’avons pas de gros revenus. C’est notre choix de vie ! »

Il fallait que j’ose faire ce que j’aime

Fanny, créatrice des  » Jouets de Fanny » – Salers, août 2022

Propos recueillis et mis en texte  par Roxane – Février 23 

Fanny dans la petite Fabrik.

Mon papa, sur son lit d’hôpital, m’a dit : « Vas-y, fonce, moi j’aurais rêvé faire un truc comme ça !» Lui, il était mécanicien auto, doué de ses mains. Il bricolait tout : sculpture, électricité, bois… Il était fort en tout ! Quand j’étais petite, je le suivais sur les brocantes, les bourses d’échanges et je voyais ses yeux de collectionneur pétiller devant les jouets anciens, les Dinky Toy, les automates… De son lit, il disait « Parle-moi des jouets. Je t’aiderai, je te donnerai des conseils.» Et moi à son chevet, je lui racontais la création des « Jouets de Fanny ». On était en novembre 2010. Et j’étais libérée : j’avais choisi et j’avais l’aval de mon père.

Continuer à lire … « Il fallait que j’ose faire ce que j’aime »

Une lutte de tous les instants pour maintenir le meilleur service

Sébastien cheminot

Parole recueillie le 22 septembre 2022 par Jacques et Pierre, mise en récit par Pierre

Le TER 58041 à la gare de Donges

À la SNCF, je fais partie de la catégorie des agents de circulation. Autrefois, on nous appelait les « aiguilleurs ». Donc je change les trains de voies, je gère les incidents, depuis 2003 où je suis arrivé sur le bassin. J’étais aussi anciennement secrétaire du syndicat des cheminots de Saint-Nazaire, maintenant j’en suis le trésorier. En tant qu’agent de réserve, je peux intervenir sur le territoire des gares de Montoir-de-Bretagne, de Pontchâteau et celle de Donges qui va fermer à partir de demain soir à cause des travaux de contournement de la raffinerie Total. 

Continuer à lire … « Une lutte de tous les instants pour maintenir le meilleur service »