Soigner le cancer 1/20 – « Oui, c’est bien un cancer… »

Anna, médecin de famille

« Je ne veux que des bonnes nouvelles, docteur… ». L’homme qui est devant moi est atteint d’un cancer. Il ne le sait pas encore.  Ou plutôt il s’en doute mais aimerait mieux ne pas le savoir. Hélas, je ne suis pas là que pour les bonnes nouvelles. Et, dans mon cabinet de ville, je ne dispose pas de l’arsenal d’aide dont dispose l’hôpital avec la psychologue, l’entretien infirmier, les médecins. Pas de prise en charge pluridisciplinaire. En revanche, j’ai l’avantage de très bien connaître ce patient, contrairement aux collègues hospitaliers.

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Soigner le cancer 2/20 – « Ils sont là, assis au bord de leur chaise. »

Fabienne, secrétaire de la radiothérapie

[…] Le passage par le secrétariat après la première consultation en radiothérapie est une étape importante. C’est un moment difficile. J’essaie d’abord d’écouter les nouveaux patients et leurs familles, de laisser s’évacuer la tension, l’angoisse ou la colère. Les laisser pleurer […] Face à cela, bien sûr, oui, il y a des collègues qui craquent. Il ne faut surtout pas pleurer avec les patients, surtout pas ! Et ce n’est pas toujours facile !

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Soigner le cancer 3/20 – « Derrière mon écran, il y a des personnes »

Frédéric, physicien médical

[…] Sur l’image, j’ai tous les paramètres de l’anatomie de la zone concernée et les limites de la tumeur. Elle représente, en quelque sorte, un patient virtuel que je transfère sur le système de planification de traitement TPS, Treatment Planning System. A partir de là, je vais mettre en place virtuellement le traitement, en essayant toutes sortes de combinaisons pour traiter le patient réel, qui passera sous la machine réelle.

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Soigner le cancer 4/20 – « Tout va bien aujourd’hui »

Manon, manipulatrice en radiothérapie

[…] Le patient que j’ai accueilli en cabine ce jour-là ne m’a même pas laissé le temps de lui demander son nom ni sa date de naissance, comme la procédure m’y oblige. Il me les a donnés de lui-même. Et il enchaîne « Tout va bien aujourd’hui. Mais vous n’avez pas de chance : enfermés dans votre bunker, vous ne voyez pas qu’il fait beau cet après-midi… ». Sa bonne humeur fait plaisir à voir. Elle est le signe que mon binôme et moi avons su instaurer une relation de confiance.

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Soigner le cancer 5/20 – « Son épouse voudrait tant qu’il s’alimente »

Benoît, diététicien

« Je t’ai cuisiné quelque chose de bon et tu ne manges pas… » Le patient est attablé chez lui, devant son assiette. Mais ça ne passe pas. Il est au centre des regards. Son épouse, ses enfants voudraient tant qu’il s’alimente. « Essaie encore. Il faut manger. La nourriture fait partie du traitement … » Plus ils insistent, plus il se bloque. […]

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Soigner le cancer 6/20 – « Finalement, elle a pris ses cachets »

Sabine, pharmacien de ville

[…] Curieusement, j’ai beaucoup plus affaire aux femmes qu’aux hommes quand il est question de cancer. Peu de messieurs viennent chercher les nombreux médicaments qui combattent les effets secondaires de la maladie. Je suppose qu’ils ont besoin de rester à distance s’il leur faut des crèmes pour leur peau abîmée par le traitement, ou du vernis pour leurs ongles cassants. Les hommes ne vont pas nous parler de leur peau.

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Travailler au féminin

La revue TaF, Travailler au Futur, consacre son numéro 2 à un TaF : Travailler au Féminin

disponible en ligne, sur le site de TAF

Où l’on apprend que le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est un mythe et ne plonge pas ses racines dans la commémoration de la grève de couturières newyorkaises, cet événement n’ayant jamais eu lieu ! « La véritable histoire du 8 mars », un article de F. Picq.

Les 110 pages de ce numéro 2 de la revue Travailler Au Futur (TAF) de mai à août 2020 est donc consacré au travail des femmes.

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Soigner le cancer 7/20 – « Que vont-ils faire de ce que je leur ai dit? »

Catherine, oncologue médicale

[…] Comme tous mes collègues oncologues, je suis très attachée à la confiance qu’on me donne […]. Notre relation avec chaque patient atteint du cancer nous met en jeu, sans doute plus que dans d’autres spécialités. Quelque chose de fort se passe avec ces patients que nous prenons en charge au moment où ils viennent de perdre l’insouciance de ceux qui n’ont pas encore été confrontés à leur propre mort, à l’instant où leur vie est en train de basculer.

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Soigner le cancer 8/20 – « Arrivez toujours avec le sourire »

Marie, infirmière en Hospitalisation de jour

Le patient avait très peur de la première perfusion. Il était tellement terrorisé que j’aurais préféré qu’il soit placé sous hypnose. Mais l’infirmière formée dans ce domaine n’était pas disponible. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je lui parle pour lui faire oublier où il était, que je l’emmène ailleurs.

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Soigner le cancer 9/20 – « Le patient attend, je fonce, je fabrique »

Émilie, pharmacien hospitalier

Les gens sont souvent étonnés de découvrir que l’hôpital possède une pharmacie. Pourtant, nous sommes quarante à y travailler et nous alimentons les services de la cité sanitaire en médicaments, dispositifs stériles, solutés… et également en chimiothérapies. L’industrie du médicament commercialise des formes concentrées – souvent inadaptées à une administration directe – qu’il faut diluer dans des solvants avant de les envoyer dans les services destinataires.

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Soigner le cancer 10/20 – « Trouver une aide, maintenant, sans délai »

Marine, assistante sociale attachée à la clinique

[…] Ce que le cancer met en évidence, c’est la manière dont la société prend ou non en charge ceux qui sont dans la marge […] J’ai vu des malades au tempérament volontaire se retrouver complètement anéantis. D’autres, qui semblaient un peu dépressifs, ont trouvé un regain de vitalité ou d’envie de faire face. Ce qui compte alors, pour le patient, c’est de sentir le soutien de l’équipe de professionnels ainsi que celui de la famille et des proches. C’est un tout. Il va puiser de l’énergie auprès de chacun de ces deux pôles.

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Soigner le cancer 11/20 « Il se joue ici quelque chose d’essentiel »

Isabelle, secrétaire médicale dans les unités d’oncologie et d’hospitalisation complète

Quand les gens entrent dans le service d’hospitalisation complète, il leur est difficile d’éviter le comptoir du secrétariat de l’étage. Les visiteurs s’arrêtent pour me demander s’ils peuvent voir tel patient. Ils vérifient le numéro de sa chambre. Parfois, je les vois passer plusieurs fois, ils hésitent, comme s’ils ne savaient pas par où commencer.

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Soigner le cancer 12/20 – « Dans sa bulle elle était bien »

Flavie, aide-soignante en oncologie

Il y avait la petite musique, une lumière un peu tamisée, quelques décorations… La dame à qui j’ai donné une balnéothérapie s’est détendue. Le contact avec l’eau lui permettait de renouer avec des sensations oubliées. Dans sa bulle, elle était bien. Quand je l’ai ramenée dans sa chambre, elle m’a dit : « Ah… pendant ce moment-là, j’ai oublié que j’étais malade… ».

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Soigner le cancer 13/20 – « C’est à la fois très technique et très humain »

Sandra, infirmière en oncologie et en hôpital de jour, co-fondatrice de l’Association des Soignants du Service d’Oncologie de l’Estuaire

[…] Il y a des jours difficiles, des moments où l’on voudrait être ailleurs. Nous sommes confrontés quotidiennement à la maladie grave, et très régulièrement à la mort. J’y reste très sensible, même en ayant appris à prendre du recul. Il m’est arrivé de pleurer avec des patients ou des familles, et de leur dire : « Je suis désolée, mais ce que vous me dites me touche, oui, vous me faites pleurer ».

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« Le confinement m’a tout d’abord fait peur, mais il m’a aussi permis de gagner en autonomie, et de mieux apprécier le monde dans lequel je vis »

William, lycéen parisien en classe de première

Parole du 26 juin, mise en texte avec François

Pendant ces mois de confinement, je me levais un peu plus tard que d’habitude vers 8 heures 30. Je déjeunais, m’habillais comme si j’allais à mon lycée, je ne passais pas la journée en pyjama… J’assistais aux cours puis je mettais à plat ce que l’on avait abordé et j’avançais ensuite sur le travail à faire. Après le déjeuner, je faisais une petite pause puis je me remettais au travail en milieu d’après-midi mais aussi parfois après le diner.

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Soigner le cancer 14/20 – « Le moment où j’ai passé la tondeuse »

Catherine, prothésiste capillaire

[…] J’invite donc la dame et son mari à entrer dans mon bureau encore baigné de soleil en cette fin d’après-midi. J’ai voulu que mes locaux soient lumineux, que chaque pièce ouvre largement sur l’extérieur par de grandes baies. Nous nous installons autour de la table en verre et je commence par écouter. La dame redoute particulièrement la perspective de perdre ses cheveux.

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Soigner le cancer 15/20 « Je ne suis pas un robot à faire des soins »

Véronique, aide-soignante en oncologie

Quand les gens entrent ici, ça veut dire qu’ils doivent faire face à une aggravation de leur état, avec de l’affaiblissement, de la douleur. Généralement, les examens ont montré que le cancer a migré. Nous nous trouvons face à une pathologie aiguë, évolutive.

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Soigner le cancer 16/20 – « Est-ce que c’est acceptable tout ça? »

Isabelle, psychologue au service d’oncologie

[…] Les réponses que j’apporte aux demandes des patients ou de leurs familles génèrent de l’apaisement, du soutien parce que, simplement, je montre que je suis disponible pour entendre chacun, être à l’écoute.

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Soigner le cancer 17/20 – « La nuit, c’est aussi le silence

Laurence, infirmière de nuit

[…] La nuit, quand, avec l’aide-soignante, j’entre dans une chambre, la lumière du couloir me permet de voir le patient dans son lit. Dans la pénombre, pour vérifier sa respiration, je regarde à quel rythme le drap se soulève. Et j’écoute.

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Soigner le cancer 18/20 – « La vie, c’est jusqu’au dernier souffle »

Camille, médecin en hospitalisation complète en oncologie

[…] Les infirmières, les aides-soignantes, les ASH disent souvent que les patients sont courageux. Moi, ce qui m’impressionne, c’est aussi le courage de tous les personnels. Je pense qu’ils ne se rendent pas compte à quel point ils peuvent apporter de l’énergie aux patients qui, pour beaucoup, puisent leur courage dans le fait d’être entourés par leur famille et par des soignants et des agents qui sont là sans relâche, qui les accompagnent, qui les soutiennent.

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Soigner le cancer 19/20 « Rire avec les patients, ça fait beaucoup de bien »

Sandrine, agent de service hospitalier, service oncologie

Une fois les transmissions terminées, nous préparons les plateaux des petits-déjeuners avec ma collègue. Travailler en binôme nous permet d’installer les patients qui manquent d’autonomie et de mieux les aider. Lorsque l’un d’eux rencontre des difficultés pour beurrer ses tartines, je les lui prépare

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Soigner le cancer 20/20 – « Je revendique le fait d’avoir eu un cancer. »

Christine, patiente ressource

Dernièrement, j’ai vu une dame qui ne pensait qu’à une seule chose : « Je vais mourir ». « Tous les gens qui ont le cancer meurent », disait-elle. L’infirmière lui a proposé de me rencontrer. Je me suis présentée : « Bonjour, je m’appelle Christine. Je suis patiente ressource, c’est-à-dire que j’ai eu un cancer et que j’ai accepté de partager mon expérience. Mais vous pouvez me mettre à la porte… »

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“A l’avenir, il va falloir compter avec l’autonomie dont ont fait preuve les salariés pendant la crise et se baser davantage sur la confiance”

Bruno, responsable d’audit dans le secteur financier

Parole du 3 juillet, mise en texte avec Jacques

Je suis responsable d’audit dans le secteur financier. Je couvre un périmètre constitué d’une quinzaine de pays, le plus souvent dans des pays émergents. Mon job principal c’est de piloter, animer et coordonner les équipes d’audit dans ces différents pays. J’ai aussi en charge la supervision de missions d’audit réalisées et dont le « terrain de jeu » est international. Ils sont “multi-pays” et “multi-métiers” et travaillent sur demande de la Direction générale. Enfin, comme membre du comité de Direction, je contribue au pilotage stratégique et opérationnel de l’activité dans de nombreux domaines. L’essentiel de mon activité c’est de suivre des équipes d’audit qui sont à l’étranger. Donc, c’est du téléphone, des mails et de la visio.

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Pour garder des liens nous avons créé une chaîne YouTube et nous avons fait des vidéos toute simples

Aurélie, professeur des écoles en maternelle

Parole du 6 juillet, mise en texte avec François

Portrait d’Aurélie par une de ses élèves

Professeur des écoles depuis janvier 2006 et après différents postes dans Paris, depuis sept ans, j’ai une classe associant 24 « petits et grands » dans une école située dans le nord de Paris près de la Porte d’Aubervilliers. C’est une école polyvalente : maternelle et élémentaire ; une école où il y a énormément de projets et notamment entre collègues de maternelle. Nous sommes quatre : trois femmes et un homme. Nous échangeons beaucoup, nous sommes de la même génération et depuis plusieurs années en poste dans cette école.

Mon petit garçon a six ans et demi et est en CP dans une école près de notre domicile. Mon compagnon est responsable de production dans une boîte d’informatique ; il fait des horaires à rallonge. Pendant le confinement, il était en télétravail de 9 heures à 19 heures, s’arrêtait juste pour le déjeuner. Cela a été un peu compliqué, il ne fallait pas faire de bruit car il était presque tout le temps en visioconférence avec son équipe. Or, je devais aussi m’occuper de notre fils, l’aider dans ses leçons et lui proposer des activités.

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PS – « Concernant une éventuelle prime … nous n’avons rien vu venir »

Hélène, auxiliaire de vie

Post Scriptum du 4 juillet, au texte du 10 avril, mis en texte par Roxane

Je n’ai jamais cessé le travail pendant le confinement. En regard de ce temps-là, nous avons beaucoup plus de facilité à obtenir les masques, chacun, chacune de nous a son quota à récupérer au bureau. Quant aux gants nous avons quelques problèmes encore de livraison. Tout ce matériel n’est pas obligatoire pour les personnes qui font de l’Aide à Domicile. Pour nous, auxiliaires de vie, qui sommes au plus près des personnes pour les levers, les couchers, les toilettes, les douches, masques et gants sont obligatoires. Mes mamies et papis n’ont pas beaucoup changé d’attitude.

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