Jean, vendeur de savons artisanaux à Salers – août 2022
Propos recueillis par Roxane et mis en texte par Christine – février 2023
La boutique de savons, dans une ancienne cuisine d’un hôtel du XVII° s à Salers
Je suis arrivé à Salers grâce aux Artisans que j’ai côtoyés pendant près de dix ans alors que je fabriquais des vêtements de création, avec ma compagne de l’époque. Nous les vendions dans des salons de métiers d’art et dans des expos artisanales. J’ai alors connu de multiples artisans de création, dont des savonniers. En 2000, alors que je me séparais de ma compagne, j’ai décidé qu’il fallait que je reste dans l’artisanat, c’était un milieu qui me plaisait bien. J’ai alors pensé à revendre des savons. J’ai donc pris du stock auprès des maîtres savonniers fabricants dont on m’avait donné l’adresse, pour les vendre dans des expos artisanales, ou des foires, qui ne duraient jamais plus de deux jours. Faire des expos régulièrement est un travail harassant du fait des déménagements de matériels et de stocks et ce à tous vents.
Débat avec les économistes Pierre-Yves Gomez et Thomas Coutrot, sur les enjeux du travail aujourd’hui
Le Collège des Bernardin, qui a organisé ce débat le 27 avril dernier, en propose la vidéo en ligne sur sa chaîne YouTube. Une heure à la fin de laquelle on se dit : ‘c’est déjà fini! »
Les deux intervenants écornent quelques idées reçues, notamment sur le fait que l’on travaillerait de moins en moins au cours d’une vie, que des outils performants suffiraient à préserver la santé, que les travailleurs ne seraient pas capables d’évaluer la qualité de leur travail, ou que ce seraient les normes qui feraient marcher les entreprises alors que c’est l’activité réelle déployée par les travailleurs, souvent envers et contre ces normes, telles que le taylorisme et ses avatars contemporains.
Un ouvrage co-écrit par Philippe Zawieja, co auteur en 2015 du Dictionnaire des risques psychosociaux, et Jean Francois Marmion, avec en plus les dessins de Mademoiselle Caroline. Un choix éditorial original pour transmettre de la connaissance sur un sujet complexe. La forme de BD rend la lecture fluide et claire. L’objectif de pédagogie est atteint et c’est important sur un sujet sur lequel chacun peut avoir un avis. Le lecteur suit Lucie, Théo et Anne pour explorer ce qu’est le burn out, forme ainsi dénommée d’épuisement professionnel. Quels en sont les symptômes ? Quelle en est l’origine ? Quelle part établir entre des notions proches mais à ne pas confondre comme le harcèlement ou le stress ? Au-delà de la définition indispensable du contour de cette notion, l’ouvrage évoque les modalités de diagnostic et de soin, sans omettre de signaler les solutions fausses ou limitées. Voilà un ouvrage sérieux qui aborde avec discernement un des maux du travail, pour apprendre à le repérer chez les autres et à s’en sortir sans pensée magique.
Tribune publiée par les Ateliers Travail & Démocratie
Nous l’écrivions le 8 mars dans ce billet : « paroles de femmes sur leur travail et sa pénibilité » : la réforme des retraites cristallise une crise du travail et de sa subordination. Alors que nous sortions à peine d’une crise sanitaire qui a probablement semé des graines exigeant de la reconnaissance, du sens et de l’autonomie dans le travail. Aujourd’hui, l’exécutif annonce vouloir s’attaquer à la question du travail. Acceptera-t-il le débat politique ? Les Ateliers Travail & Démocratie ouvrent des pistes dans la tribune qu’ils viennent de publier et que nous reproduisons intégralement ci-dessous.
Une lecture de l’ouvrage par François, des échos picorés par Christine dans les récits que nous avons publiés
La pandémie qui se déclare aux premiers jours de 2020 a-t-elle conduit à des modifications radicales de nos existences et plus particulièrement des conditions de travail de millions de salariés ? Nombre d’études ont été consacrées aux personnels des hôpitaux publics qui ont été largement soutenus notamment lors du premier confinement (mars – mai 2020). Eloges des pouvoirs publics et applaudissements chaque soir à vingt heures exprimaient tout à la fois notre admiration pour leur engagement mais aussi l’espoir de voir ces équipes vaincre un mal terrifiant. De même, les effets du télétravail contraint ont été largement documentés tant dans leurs dimensions professionnelles que familiales.
Fanny, créatrice de bijoux macramé – Salers août 2022
Les créations de Fanny
Propos recueillis et mis en texte par Roxane – mars 2023
Quand je me suis installée créatrice de bijoux, je vendais sur les marchés, dans des salons d’artisanat, un peu partout en France. En 2010 je crois, dans le Cantal, j’ai rencontré, notamment, Céline une potière et qui m’a proposé d’intégrer la Fabrik à Aurillac, une boutique collective d’artisans. J’y ai exposé mes bijoux en macramé, en dépôt-vente, en tant qu’invitée. Je ne tenais pas de permanence. C’était tranquille ! Au bout de quatre ans, l’équipe m’a dit “ Les invités normalement restent trois mois. On te propose d’intégrer la boutique en tant que permanente ou il faudra laisser ta place à d’autres invités….”
Patrice, ajusteur chez MAN-Energy Solutions, constructeur de moteurs diésel géants
Parole d’octobre 2022, recueillie et mise en récit par Pierre
Les établissements MAN, dans l’enchevêtrement des usines du site industriel
Je suis un «casseur d’angles». C’est comme ça que notre ancien patron, à son époque, appelait ceux qui, comme moi aujourd’hui, ébavuraient les bielles dans les ateliers de l’usine MAN-ES de Saint-Nazaire. Lorsqu’elles sortent de fabrication, ces pièces de moteur diésel ont des angles vifs. Il faut les effacer. Depuis que je suis arrivé dans l’usine comme ajusteur, il y a 20 ans, la technique n’a pas changé. Je me sers toujours de la lime comme j’ai appris à le faire à l’école. Il faut sentir la matière. Je passe un coup et j’enlève peut-être deux millimètres d’acier… En deux ou trois coups de lime, c’est vite fait. Certains utilisent la meule équipée d’une lime-aiguille en carbure. Mais je n’aime pas ça…
Véronique, Artiste graveur & aquarelliste – Salers août 2022
Propos recueillis par Roxane et mis en texte par François – février 2023
Véronique au travail
Après avoir vécu en région parisienne, je me suis installée depuis deux ans à Besse, une commune distante de dix kilomètres de Salers. Cela fait une trentaine d’années que je viens dans le Cantal chaque été et aux congés de Toussaint. Comme mon mari est auvergnat, cela facilite les contacts. J’ai mon atelier juste à côté de la maison. Il est assez grand et comme il est à l’étage, je bénéficie d’une belle vue et de beaucoup de lumière qui perce par de vastes baies vitrées. Mes matinées débutent par une petite séance de yoga. Cela m’aide à me mettre en forme, à me décontracter. Après, je me rends dans mon atelier pour organiser ma journée en fonction des différentes activités à venir. Si la journée va être consacrée à des tirages, je commence par préparer une table qui sert à chauffer les plaques de cuivre. Quant à l’encre, il faut la manipuler pour l’attendrir. Mais j’ai aussi des journées consacrées à la préparation d’une exposition et d’autres durant lesquelles je vais stimuler ma créativité.
Les artisans de Salers, travail & territoire à Saint-Nazaire, les inédits de « l’urgence c’est de vivre » : 17 nouveaux récits de travail ; à lire aussi « Mécano », roman
Le métier d’artisan d’art, choix initial ou reconversion, exercé en solo ou en couple, à la limite entre artisan et artiste … c’est tout un parcours
Karine est céramiste plasticienne « Je pourrais dire que je suis passée de l’art à l’artisanat. Mais cela serait réducteur. Je n’ai pas abandonné l’art car, à part quelques séries, mes créations sont uniques. (…) Pour une partie de mes créations, j’utilise une vaste gamme de matériaux : c’est mon côté artiste plasticienne. Certains sont récupérés dans la nature tels des bois flottés, des bouts de fer rouillés, des boites en fer blanc, des fouets ménagers, des théières hors d’usage, des clous… (…) Leur usure, leur patine sont la marque du temps et je discerne un vécu, une histoire, une époque. Outre leurs formes, j’apprécie tout particulièrement les objets qui ont conservé un peu de leurs couleurs, surtout quand elles sont vives. Par expérience, je sais qu’ils vont m’offrir plus de chance d’aboutir à une création qui va me satisfaire. Ainsi, je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés, des objets qui ne servent plus. » Lire le récit de Karine
Roman initiatique ? Poème épique en trois parties, 64 chapitres et 363 pages ? Traité technique ou documentaire ? Tout cela à la fois. L’apprentissage occupe le premier tiers de l’ouvrage. Le mécano, dès sa formation, une école de la soumission, est initié par un moniteur critiqueur, qui fait peur. Mais après 95 candidatures, quand il ne reste que douze personnes en formation, réduites ensuite à quatre conducteurs ayant réussi l’examen, ce formateur se révèle être un homme au grand cœur. Il devient enfin humain.
Oncologue, dosimétriste, secrétaire médicale, kinésithérapeute, aide-soignante, infirmière, agente de service hospitalier, assistante sociale… chacune et chacun raconte la réalité de son travail au quotidien, auprès des malades : les gestes techniques, les relations avec les autres intervenants, l’accompagnement des familles… Vingt récits ont été publiés par les Éditions de l’Atelier, en voici la liste. Ils donnent la parole à l’éventail le plus large des métiers de la chaîne soignante. Onze autres récits n’ont pas pu être insérés dans le livre. Ils ont été diffusés au personnel de la clinique, mais il avait fallu faire, avec l’éditeur, des choix cruels pour l’ouvrage imprimé. Avec son accord, nous les publions aujourd’hui. Ce sont les inédits de « L’urgence c’est de vivre – Au cœur d’un service de cancérologie ». Chaque récit est ponctué par le regard porté par Pierre sur sa propre expérience d’accompagnant. Il explique ce cheminement dans cet avant-propos.
11 récits à lire, et à retrouver sur notre site, écrits avec :
Christine, kinésithérapeute – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Se lever, aller aux toilettes ou prendre une douche : de petites choses anodines auxquelles les bien-portants ne prêtent pas attention. Mais les gestes de la vie quotidienne sont d’une grande importance pour une personne malade. Maintenir ces gestes élémentaires valorise le malade qui n’est plus, alors, condamné à rester au fond de son lit : il retrouve des activités qui le rapprochent un peu de la normalité. Ne seraient-ce que quelques pas dans le couloir le font sortir un petit peu du contexte de la maladie.
Clémence, infirmière en hospitalisation complète – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Nous avons plusieurs types de patients en hospitalisation complète. Certains sont là de façon transitoire. Ce sont par exemple des personnes qui vivent seules et que nous gardons en surveillance après leur chimio. D’autres retournent profiter de leur maison pendant quelques semaines, mais reviennent régulièrement. Je me souviens d’un monsieur qui vivait dans la rue. Nous l’avons gardé longtemps avec nous, le temps de trouver un foyer où il puisse être pris en charge. Forcément, on s’attache davantage aux personnes qui restent longtemps.
Marion, brancardière – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
« Allez hop ! C’est la balade aujourd’hui ! ». Le patient qui m’accueille ainsi est un homme que je vais emmener sur son fauteuil, le long des couloirs. Il veut prendre les choses à la légère. La balade, c’est le scanner, la radio, les rendez-vous médicaux… Rien de bien réjouissant… Mais ça lui fait du bien de sortir de la chambre !
Isabelle, infirmière coordinatrice – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Tôt le matin, je reçois un appel d’un monsieur qui a trouvé mon numéro de téléphone d’ « infirmière coordinatrice » dans le classeur remis aux patients de cancérologie. Il m’explique que la chimiothérapie qu’il est en train de subir à domicile a déclenché une grosse toxicité cutanée au visage. Depuis mon bureau je dois alors imaginer ce dont il s’agit par rapport à sa thérapie, et comprendre, en reprenant les consultations précédentes, si cette toxicité est nouvelle ou pas.
Nathalie, infirmière à domicile – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Quand je fais des toilettes à domicile chez un patient lambda, je ne suis souvent guère mieux considérée qu’une femme de ménage. La différence c’est qu’au lieu de me servir d’une serpillère, je tiens un gant. Dès que je suis amenée à faire un pansement, le regard change et on commence à me voir comme une infirmière, c’est-à-dire comme une professionnelle de santé. Ce problème n’existe pas lorsque j’ai affaire à des patients atteints de cancer.
Geneviève, préparatrice en pharmacie hospitalière – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Ici, on fait du sur-mesure. Et on le fait au fur et à mesure. Quand je prépare une chimiothérapie, je sais qu’il y a un patient dans une salle d’attente et que ça n’est pas une partie de plaisir pour lui. Donc j’établis des priorités. Par exemple, si un patient a une prescription pour cinq médicaments, je démarre par le premier puis je m’attaque à la première molécule d’un autre patient, pour que chaque traitement puisse commencer. Après quoi, je préparerai la première prescription pour faire la suite. C’est une organisation compliquée pour les préparatrices qui débutent, mais j’ai appris par où commencer et sur quoi me focaliser pour optimiser l’attente des patients. C’est une question d’expérience.
Françoise, secrétaire médicale en oncologie, programmation – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Secrétaire médicale en cancérologie depuis 1992, j’occupe le poste de programmation en hôpital de jour d’oncologie-médecine depuis septembre 2012, date de l’ouverture de la Cité Sanitaire et donc du transfert de la Polyclinique de l’Océan devenue « Clinique Mutualiste de l’Estuaire ».
Gwénaelle, secrétaire chargée de la programmation en radiothérapie – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Je suis manipulatrice en radiothérapie, quand je travaillais encore en postes de traitement, il m’est arrivé que des patientes me sautent au cou à la fin de leur cycle de soins. Elles me faisaient un gros bisou avec des larmes plein les yeux: « Vous allez me manquer ». J’ai eu aussi des patients agressifs, dont la prise en charge n’était pas simple. Mais depuis deux ans, du fait de soucis de santé importants, je ne manipule plus ni en poste pour l’administration des rayons, ni au scanner. Maintenant, je gère la programmation des traitements par irradiation. Pour cela, je crée le planning de toutes les séances de radiothérapie, une par une, en faisant coïncider les contraintes liées d’un côté à la vie sociale de chaque patient, et de l’autre aux multiples impératifs du traitement lui-même.
Mélissa, manipulatrice en radiothérapie – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Après avoir rencontré le médecin radiothérapeute, le patient est invité à venir consulter un manipulateur qui lui détaillera le déroulement et les étapes du traitement prochain. Lorsque je reçois un patient pour une telle consultation, je lui explique qu’il passera d’abord un scanner de repérage. Les images en trois dimensions qui seront alors obtenues permettront de déterminer la balistique du traitement et la position dans laquelle il sera placé sur la machine. Il sera, par exemple, allongé sur le dos, avec un oreiller sous la tête, tandis que ses pieds seront calés dans un repose-pied… Il ne devra pas hésiter à dire comment il se sent ainsi parce qu’il sera installé dans la même position à chaque séance.
Anne-Sophie, dosimétriste – Les inédits de « l’urgence c’est de vivre »
Mon travail de dosimétriste consiste à calculer de quelle façon sera délivrée la dose d’irradiation que le radiothérapeute a prescrite pour un volume à traiter, tout en préservant au mieux les tissus sains du patient.
Franck, médecin radiothérapeute – Les inédits de « l’Urgence c’est de vivre »
Dans les films de science fiction des années 1980 comme Blade runner, on voit des patients sur leur table d’opération, entourés par des robots qui s’agitent pour les soigner. Fiction d’auteurs imaginatifs ? Il semblerait plutôt que, d’un point de vue technique, la réalité d’aujourd’hui ne soit pas très éloignée de cette vision. Jusqu’au début des années 2000 en France, on utilisait des machines au cobalt – les fameuses « bombes au cobalt » – qui, à l’aide d’un simple piston, propulsaient une source radioactive au-dessus du patient pour exposer sa tumeur aux rayonnements ionisants.
Propos recueillis par Roxane et mis en texte par François – mars 2023
Créations à partir d’objets récupérés
Petite fille, comme beaucoup d’enfants, je passais mes vacances chez mes grands-parents. Ils habitaient un petit hameau à l’écart de tout. Cependant il y avait ce qu’à l’époque on appelait un dépotoir. C’était pour moi un terrain de jeu et je m’y rendais avec mon grand-père. Nous récupérions de vieux objets que les gens avaient abandonnés. À la maison, il les rafistolait pour en faire des jouets, des trottinettes… Je sais que mon activité d’aujourd’hui a un lien avec ces moments partagés. Prendre des objets que je trouve beaux même s’ils sont oxydés et abîmés est passionnant. Leur usure, leur patine sont la marque du temps et je discerne un vécu, une histoire, une époque. Outre leurs formes, j’apprécie tout particulièrement les objets qui ont conservé un peu de leurs couleurs, surtout quand elles sont vives. Par expérience, je sais qu’ils vont m’offrir plus de chance d’aboutir à une création qui va me satisfaire. Ainsi, je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés, des objets qui ne servent plus.
Les artisans de Salers, travail & territoire à Saint-Nazaire, les inédits de « l’urgence c’est de vivre » : 17 nouveaux récits de travail ; à lire aussi « Mécano », roman
Le métier d’artisan d’art, choix initial ou reconversion, exercé en solo ou en couple, à la limite entre artisan et artiste … c’est tout un parcours
Karine est céramiste plasticienne « Je pourrais dire que je suis passée de l’art à l’artisanat. Mais cela serait réducteur. Je n’ai pas abandonné l’art car, à part quelques séries, mes créations sont uniques. (…) Pour une partie de mes créations, j’utilise une vaste gamme de matériaux : c’est mon côté artiste plasticienne. Certains sont récupérés dans la nature tels des bois flottés, des bouts de fer rouillés, des boites en fer blanc, des fouets ménagers, des théières hors d’usage, des clous… (…) Leur usure, leur patine sont la marque du temps et je discerne un vécu, une histoire, une époque. Outre leurs formes, j’apprécie tout particulièrement les objets qui ont conservé un peu de leurs couleurs, surtout quand elles sont vives. Par expérience, je sais qu’ils vont m’offrir plus de chance d’aboutir à une création qui va me satisfaire. Ainsi, je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés, des objets qui ne servent plus. » Lire le récit de Karine
Jennifer est couturière. « … Je n’avais jamais travaillé dans des collectifs d’artisans, ni dans une boutique, d’ailleurs. À Lille, où j’étais tapissière à mon compte, j’allais chez les gens pour refaire leurs sièges. (…) ce matin-là, j’ai décidé de faire des trousses pour lesquelles j’avais auparavant dessiné les patrons. J’assemble toutes mes pièces en cousant et l’objet prend vie. Je le stocke alors avec mes autres créations : des accessoires, trousses, coussins, porte-monnaie, serre-tête, bandeaux pour les cheveux et des produits réutilisables en coton : des lingettes en tissu lavable, des petits sacs pique-nique. Mon idée c’est d’éviter de jeter. (…) Vendre ne me dérange pas, à la base j’ai un diplôme commercial et j’aime le contact avec les gens. » Lire le récit de Jennifer
Fanny crée et fabrique dans son atelier des jouets en bois, qu’elle vend, l’été, dans la boutique de la Petite Fabrik, à Salers.« Il fallait que j’ose faire ce que j’aime » dit cette ancienne éducatrice en pédopsychiatrie. « Mon papa, sur son lit d’hôpital, m’a dit : « Vas-y, fonce, moi j’aurais rêvé faire un truc comme ça !» … Il bricolait tout : sculpture, électricité, bois… Il était fort en tout ! Quand j’étais petite, je le suivais sur les brocantes, les bourses d’échanges et je voyais ses yeux de collectionneur pétiller devant les jouets anciens, les Dinky Toy, les automates » … « Avec Stéphane, à l’issue de ma formation (en menuiserie) nous avons trouvé un lieu pour nous installer … On a choisi le côté passion plutôt que le côté rémunération et sécurité. » « Etre à son compte, travailler pour soi, c’est le principal, même si nous n’avons pas de gros revenus. C’est notre choix de vie » complète Stéphane. « Ma compagne a créé « les jouets de Fanny » en 2010. A l’époque, j’étais artisan en menuiserie traditionnelle. J’avais appris la menuiserie un peu par défaut parce que je ne savais pas quoi faire. Et puis j’y ai trouvé quelque chose qui m’a vraiment plu. Aujourd’hui, nous sommes tous les deux dans le même bateau, nous fabriquons des jouets en bois dans la vallée de la Jordane, à trois-quarts d’heure de Salers. » Lire les récits de Fanny et de Stéphane.
Travail et territoire, du transport de voyageurs à la communauté Emmaüs
Pour Sébastien, aiguilleur, c’est « Une lutte de tous les instants pour maintenir le meilleur service ». « Auparavant, la SNCF essayait de s’adapter en faisant circuler davantage de trains pendant les créneaux horaires où il y avait le plus de voyageurs. Mais, dans les conditions actuelles, c’est devenu mission impossible. Alors, pour que 80% des trains arrivent quand même à l’heure, on nous alloue un budget censé résoudre tous les problèmes. Dans la réalité comme, au niveau local, on a toujours réalisé 44000 heures d’ouverture de guichets, la gare de Pontchâteau va être fermée pour permettre d’affecter un peu plus de personnel en gare de la Baule. Et, pour le même coût, la région voudrait qu’on fasse circuler 10% de trains supplémentaires. La conséquence est que la direction de la SNCF essaye de nous faire faire plusieurs tâches à la fois afin de diminuer le nombre de salariés. En plus de gérer la circulation des trains sur les voies, je suis alors amené à vendre des billets, accueillir les usagers et même faire l’entretien des bâtiments. » … lire la suite
« Le maître mot est bien solidarité » affirme Marie, intervenante sociale d’une communauté Emmaüs. « Pour un compagnon d’Emmaüs, la démarche de venir à mon bureau est quand même particulière, un peu symbolique. C’est parfois une marche élevée à franchir. Pour que ce soit plus facile, je laisse ma porte continuellement ouverte (…) On peut venir y pleurer – la boîte de mouchoirs est là – mais parfois aussi annoncer des bonnes nouvelles, discuter, manger un petit bonbon et voilà… lire la suite
Les inédits : 11 récits de travail au coeur d’un service de cancérologie
Chacun raconte la réalité de son travail au quotidien, auprès des malades : les gestes techniques, les relations avec les autres intervenants, l’accompagnement des familles… Vingt récits ont déjà été publiés par les Éditions de l’Atelier, onze autres n’avaient pas pu être insérés dans le livre. Ils ont été diffusés au personnel de la clinique, mais il avait fallu faire, avec l’éditeur, des choix cruels pour l’ouvrage imprimé. Avec son accord, nous les publions aujourd’hui. Ce sont les inédits de « L’urgence c’est de vivre » : les récits de Anne-Sophie, dosimétriste – Christine, kinésithérapeute – Clémence, infirmière en hospitalisation complète – Franck, médecin radio-thérapeute – Françoise, secrétaire médicale en oncologie – Geneviève, préparatrice en pharmacie à la cité sanitaire – Gwénaelle, secrétaire chargée de la programmation en radiothérapie – Isabelle, infirmière coordinatrice – Marion, brancardière – Mélissa, manipulatrice en radiothérapie – Nathalie, infirmière à domicile. Chaque récit est ponctué par le regard porté par Pierre sur sa propre expérience d’accompagnant. Il explique ce cheminement dans cet avant-propos.
Nos lectures : Martine nous présente « Mécano », roman paru chez POL
Ed POL janvier 2023 – 22 €
Roman initiatique ? Poème épique en trois parties, 64 chapitres et 363 pages ? Traité technique ou documentaire ? Tout cela à la fois. L’apprentissage occupe le premier tiers de l’ouvrage. Le mécano, dès sa formation, une école de la soumission, est initié par un moniteur critiqueur, qui fait peur. Mais après 95 candidatures, quand il ne reste que douze personnes en formation, réduites ensuite à quatre conducteurs ayant réussi l’examen, ce formateur se révèle être un homme au grand cœur. Il devient enfin humain. Aucun détail ne nous est épargné. D’abord l’instruction dans un simulateur (de conduite), puis l’accompagnement « en vrai » dans une cabine par un conducteur, un mécano (pas un chauffeur, quelle horreur !), un « homme qui murmurait à l’oreille de la peur ». Apprentissage par cœur de la bible, Le Mémento. Tout un vocabulaire spécifique à apprivoiser, mystérieux, qu’il serait vain de décoder, en fait toute la magie. Des chiffres et des lettres accolés émaillent le texte aux lignes courtes (comme un poème) ou occupant tout l’espace (comme un roman), en italique ou pas. Graphismes, dessins, portées musicales, nombreux acronymes et même une feuille d’horaire. Des titres de film, de livres, des poèmes, Mattia Filice est un lettré. Le cerveau en formation, les mots en construction. Il se blottit « à la recherche du beau », échappatoire à l