Les artisans de Salers, travail & territoire à Saint-Nazaire, les inédits de « l’urgence c’est de vivre » : 17 nouveaux récits de travail ; à lire aussi « Mécano », roman
Le métier d’artisan d’art, choix initial ou reconversion, exercé en solo ou en couple, à la limite entre artisan et artiste … c’est tout un parcours
Karine est céramiste plasticienne « Je pourrais dire que je suis passée de l’art à l’artisanat. Mais cela serait réducteur. Je n’ai pas abandonné l’art car, à part quelques séries, mes créations sont uniques. (…) Pour une partie de mes créations, j’utilise une vaste gamme de matériaux : c’est mon côté artiste plasticienne. Certains sont récupérés dans la nature tels des bois flottés, des bouts de fer rouillés, des boites en fer blanc, des fouets ménagers, des théières hors d’usage, des clous… (…) Leur usure, leur patine sont la marque du temps et je discerne un vécu, une histoire, une époque. Outre leurs formes, j’apprécie tout particulièrement les objets qui ont conservé un peu de leurs couleurs, surtout quand elles sont vives. Par expérience, je sais qu’ils vont m’offrir plus de chance d’aboutir à une création qui va me satisfaire. Ainsi, je donne une nouvelle vie à des objets abandonnés, des objets qui ne servent plus. » Lire le récit de Karine
Jennifer est couturière. « … Je n’avais jamais travaillé dans des collectifs d’artisans, ni dans une boutique, d’ailleurs. À Lille, où j’étais tapissière à mon compte, j’allais chez les gens pour refaire leurs sièges. (…) ce matin-là, j’ai décidé de faire des trousses pour lesquelles j’avais auparavant dessiné les patrons. J’assemble toutes mes pièces en cousant et l’objet prend vie. Je le stocke alors avec mes autres créations : des accessoires, trousses, coussins, porte-monnaie, serre-tête, bandeaux pour les cheveux et des produits réutilisables en coton : des lingettes en tissu lavable, des petits sacs pique-nique. Mon idée c’est d’éviter de jeter. (…) Vendre ne me dérange pas, à la base j’ai un diplôme commercial et j’aime le contact avec les gens. » Lire le récit de Jennifer
Fanny crée et fabrique dans son atelier des jouets en bois, qu’elle vend, l’été, dans la boutique de la Petite Fabrik, à Salers.« Il fallait que j’ose faire ce que j’aime » dit cette ancienne éducatrice en pédopsychiatrie. « Mon papa, sur son lit d’hôpital, m’a dit : « Vas-y, fonce, moi j’aurais rêvé faire un truc comme ça !» … Il bricolait tout : sculpture, électricité, bois… Il était fort en tout ! Quand j’étais petite, je le suivais sur les brocantes, les bourses d’échanges et je voyais ses yeux de collectionneur pétiller devant les jouets anciens, les Dinky Toy, les automates » … « Avec Stéphane, à l’issue de ma formation (en menuiserie) nous avons trouvé un lieu pour nous installer … On a choisi le côté passion plutôt que le côté rémunération et sécurité. » « Etre à son compte, travailler pour soi, c’est le principal, même si nous n’avons pas de gros revenus. C’est notre choix de vie » complète Stéphane. « Ma compagne a créé « les jouets de Fanny » en 2010. A l’époque, j’étais artisan en menuiserie traditionnelle. J’avais appris la menuiserie un peu par défaut parce que je ne savais pas quoi faire. Et puis j’y ai trouvé quelque chose qui m’a vraiment plu. Aujourd’hui, nous sommes tous les deux dans le même bateau, nous fabriquons des jouets en bois dans la vallée de la Jordane, à trois-quarts d’heure de Salers. » Lire les récits de Fanny et de Stéphane.
Travail et territoire, du transport de voyageurs à la communauté Emmaüs
Pour Sébastien, aiguilleur, c’est « Une lutte de tous les instants pour maintenir le meilleur service ». « Auparavant, la SNCF essayait de s’adapter en faisant circuler davantage de trains pendant les créneaux horaires où il y avait le plus de voyageurs. Mais, dans les conditions actuelles, c’est devenu mission impossible. Alors, pour que 80% des trains arrivent quand même à l’heure, on nous alloue un budget censé résoudre tous les problèmes. Dans la réalité comme, au niveau local, on a toujours réalisé 44000 heures d’ouverture de guichets, la gare de Pontchâteau va être fermée pour permettre d’affecter un peu plus de personnel en gare de la Baule. Et, pour le même coût, la région voudrait qu’on fasse circuler 10% de trains supplémentaires. La conséquence est que la direction de la SNCF essaye de nous faire faire plusieurs tâches à la fois afin de diminuer le nombre de salariés. En plus de gérer la circulation des trains sur les voies, je suis alors amené à vendre des billets, accueillir les usagers et même faire l’entretien des bâtiments. » … lire la suite
« Le maître mot est bien solidarité » affirme Marie, intervenante sociale d’une communauté Emmaüs. « Pour un compagnon d’Emmaüs, la démarche de venir à mon bureau est quand même particulière, un peu symbolique. C’est parfois une marche élevée à franchir. Pour que ce soit plus facile, je laisse ma porte continuellement ouverte (…) On peut venir y pleurer – la boîte de mouchoirs est là – mais parfois aussi annoncer des bonnes nouvelles, discuter, manger un petit bonbon et voilà… lire la suite
Les inédits : 11 récits de travail au coeur d’un service de cancérologie
Chacun raconte la réalité de son travail au quotidien, auprès des malades : les gestes techniques, les relations avec les autres intervenants, l’accompagnement des familles… Vingt récits ont déjà été publiés par les Éditions de l’Atelier, onze autres n’avaient pas pu être insérés dans le livre. Ils ont été diffusés au personnel de la clinique, mais il avait fallu faire, avec l’éditeur, des choix cruels pour l’ouvrage imprimé. Avec son accord, nous les publions aujourd’hui. Ce sont les inédits de « L’urgence c’est de vivre » : les récits de Anne-Sophie, dosimétriste – Christine, kinésithérapeute – Clémence, infirmière en hospitalisation complète – Franck, médecin radio-thérapeute – Françoise, secrétaire médicale en oncologie – Geneviève, préparatrice en pharmacie à la cité sanitaire – Gwénaelle, secrétaire chargée de la programmation en radiothérapie – Isabelle, infirmière coordinatrice – Marion, brancardière – Mélissa, manipulatrice en radiothérapie – Nathalie, infirmière à domicile. Chaque récit est ponctué par le regard porté par Pierre sur sa propre expérience d’accompagnant. Il explique ce cheminement dans cet avant-propos.
Nos lectures : Martine nous présente « Mécano », roman paru chez POL
Ed POL janvier 2023 – 22 €
Roman initiatique ? Poème épique en trois parties, 64 chapitres et 363 pages ? Traité technique ou documentaire ? Tout cela à la fois. L’apprentissage occupe le premier tiers de l’ouvrage. Le mécano, dès sa formation, une école de la soumission, est initié par un moniteur critiqueur, qui fait peur. Mais après 95 candidatures, quand il ne reste que douze personnes en formation, réduites ensuite à quatre conducteurs ayant réussi l’examen, ce formateur se révèle être un homme au grand cœur. Il devient enfin humain. Aucun détail ne nous est épargné. D’abord l’instruction dans un simulateur (de conduite), puis l’accompagnement « en vrai » dans une cabine par un conducteur, un mécano (pas un chauffeur, quelle horreur !), un « homme qui murmurait à l’oreille de la peur ». Apprentissage par cœur de la bible, Le Mémento. Tout un vocabulaire spécifique à apprivoiser, mystérieux, qu’il serait vain de décoder, en fait toute la magie. Des chiffres et des lettres accolés émaillent le texte aux lignes courtes (comme un poème) ou occupant tout l’espace (comme un roman), en italique ou pas. Graphismes, dessins, portées musicales, nombreux acronymes et même une feuille d’horaire. Des titres de film, de livres, des poèmes, Mattia Filice est un lettré. Le cerveau en formation, les mots en construction. Il se blottit « à la recherche du beau », échappatoire à l
Soirée de lancement du livre le 4 avril 2023 à Paris
Les tribunes réunies dans ce livre ont été publiées dans la presse à partir du début de la pandémie de Covid-19, et jusque fin 2022. C’est alors aussi que se créaient les Ateliers pour la refondation du service public hospitalier, auxquels s’est associée la Compagnie Pourquoi se lever le matin !, réalisant et publiant une quarantaine de récits de travail avec les acteurs du soin. On trouvera notamment dans ce dossier les récits de deux auteurs du livre, Philippe « Vu d’en haut, du moment qu’on opère les gens tout va bien » et Fabienne « Chercheuse engagée dans la cité« .Nous les retrouvons aujourd’hui avec la parution de ce livre, chez Hémisphères éditions, revendiquant l’accès à des soins de qualité, défendant un service public au service du public, hors marché. La soirée de lancement du livre se tiendra, en présence des auteurs, le 4 avril de 18h30 à 20h30 chez l’Éditeur (3 quai de la Tournelle – Paris V°)
Nos nouveaux récits de travail, notre spécial 8 mars et nos lectures du mois
Artisan d’art : un travail qui conjugue passion et précarité
La petite Fabrik, boutique éphémère de Salers
Vous avez probablement déjà aperçu, sur la route de vos vacances, des boutiques éphémères d’artisans d’art. C’était dans les ruelles d’un village médiéval, en Bretagne, en Alsace, ou ailleurs. Peut-être avez-vous franchi leur porte, engagé la conversation, voire acquis une de leurs créations ? Roxane a rendu visite à certains d’entre eux, à Salers dans le Cantal. Nomades, ils habitent pour la plupart ailleurs, et viennent tous les étés vendre leurs productions dans les caves ou anciennes échoppes des maisons renaissance. Avec ce nouveau dossier de la Compagnie Pourquoi Se Lever le Matin ! nous avons voulu porter un regard plus précis sur leur travail, leurs activités artistiques, artisanales, techniques et commerciales.
Un livre où Corinne Gaudart et Serge Volkoff éclairent les mécanismes de la « culture de la hâte », et ses effets
Note de lecture
Éd. Les Petits matins – 18€
Au fil de ce livre, nous déplions les multiples aspects de la dimension temporelle du travail. Son premier mérite, et non des moindres, est de partir de l’activité. Ainsi, chaque chapitre du livre commence par le récit de situations que les auteurs, ergonomes, ont observées et analysées. Puis ils décortiquent les conséquences de la culture de la hâte et les stratégies, individuelles et collectives, qui permettent que le travail se fasse, malgré tout, et trop souvent au détriment de la santé. Ils croisent ces histoires singulières avec les tendances statistiques liées par exemple à l’âge, ou au contrat de travail, qu’il soit CDI, saisonnier ou en intérim. Ils tracent des pistes sur les conditions qu’il faudrait réunir pour la santé des travailleurs, tout au long de leur carrière, et pour la qualité de leur travail. Conditions qui sont généralement incompatibles avec la culture de la hâte.
Où l’on découvre le récit hallucinant du travail des domestiques, par Alizée Delpierre
Note de lecture
Ed. La découverte. 200p – 20€
« Penser l’envers des faits, c’est donner à voir les ressorts les mieux dissimulés du monde social, en restituant toute son épaisseur humaine ». Tel est le projet de la collection « L’envers des faits » co-dirigée par Pascal Pasquali et Fabien Truong au sein des éditions « La Découverte ». L’ouvrage d’Alizée Delpierre illustre ce projet de manière exemplaire. Dans les représentations que nous avons des personnels au service des familles les plus fortunées, nous entrevoyons des femmes et quelques hommes vêtus très strictement : robes noires et tablier blanc pour les unes, queue de pie pour les autres. Nous les imaginons, dans des immeubles haussmanniens, assurant, avec une discrétion absolue, mille et une activités.
Nos nouveaux récits de travail, notre spécial 8 mars et nos lectures du mois
Artisan d’art : un travail qui conjugue passion et précarité
La petite Fabrik, boutique éphémère de Salers
Vous avez probablement déjà aperçu, sur la route de vos vacances, des boutiques éphémères d’artisans d’art. C’était dans les ruelles d’un village médiéval, en Bretagne, en Alsace, ou ailleurs. Peut-être avez-vous franchi leur porte, engagé la conversation, voire acquis une de leurs créations ? Roxane a rendu visite à certains d’entre eux, à Salers dans le Cantal. Nomades, ils habitent pour la plupart ailleurs, et viennent tous les étés vendre leurs productions dans les caves ou anciennes échoppes des maisons renaissance. Avec ce nouveau dossier de la Compagnie Pourquoi Se Lever le Matin ! nous avons voulu porter un regard plus précis sur leur travail, leurs activités artistiques, artisanales, techniques et commerciales. Ce qu’ils racontent de leur travail traverse leur vie familiale et leur parcours de vie. Ils évoquent la manière dont ils conjuguent passion et précarité. Le prix à payer pour un travail autonome rempli de sens ?
» Lourde est la profération des citoyens. Il faudra payer le prix de la malédiction populaire » Eschyle – Agamemnon
La réforme des retraites a jeté des millions de personnes dans les rues, jusque dans la moindre sous-préfecture. A Paris, Ariane Mnouchkine et sa troupe déambulent avec la Géante Justice, attaquée par de grands corbeaux noirs. L’unité syndicale a ressuscité et nous avons assisté à quelques tollés parlementaires. Des voix s’élèvent pour dire qu’il n’y a aucune urgence budgétaire. Pourquoi donc tant d’obstination d’un côté et un tel refus de l’autre ? Serait-ce d’un côté une posture idéologique : travailler plus longtemps pour faire « sérieux » budgétairement ? Et de l’autre une image insupportable : continuer dans les mêmes conditions deux ans de plus ?
Nouveaux récits de travail, réflexions sur la réforme des retraites, partenariat avec l’ITMD autour de « travail et invisibilité », rencontres de Travail&Culture, note de lecture…
Trois nouveaux récits dans le thème « Travail et territoire«
“Quand nous avons créé la librairie, nous avions envie de permettre aux habitants de fréquenter une librairie indépendante. C’est important pour une ville, surtout quand le livre peine à diffuser dans les écoles, les collèges ou les maisons de quartier, quand les budgets pour le livre sont très serrés.” : « Libraire engagée dans la ville”, le récit d’Agathe, co-gérante de la librairie de l’Embarcadère à Saint-Nazaire. Où elle raconte leur travail d’animation des comités de lecture (littérature, féministe, jeunes…), où elle observe la ville “La population de Saint-Nazaire est en train de changer…”. “C’est vrai qu’il y a une certaine fierté. J’ai envie de dire : Voilà, je travaille là…« Magali travaille sur le site du terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne. Elle raconte son parcours professionnel : “j’ai postulé au terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne comme assistante de secrétariat. Très vite, je me suis un peu ennuyée. […] Le travail auquel on me formait consistait à pouvoir intervenir sur de la maintenance préventive ou corrective. Après avoir été certifiée, je suis arrivée un beau matin dans l’équipe. J’étais devenue électricienne. Aujourd’hui, je suis administratrice…”
La chronique « ouvrez les guillemets » du 20 février
C’est en ligne et en accès libre sur Médiapart. Retour sur l’augmentation des accidents mortels du travail :+33% en 2019, dans la chronique vidéo de Usul et Ostpolitik (15 mn). Et retour sur les dernières années qui ont vu les conditions de travail se détériorer et les CHSCT disparaître. A suivre, avec la parution le 10 mars prochain de « l’hécatombe invisible » de Matthieu Lépine, animateur du compte twitter « Silence des ouvriers meurent »
Journée d’étude du 20 janvier 2023 au CNAM – Compte rendu
« Nous avons cherché à éclairer le thème Invisibilité et Travail, par des approches complémentaires et pluridisciplinaires afin d’appréhender les multiples facettes de ce sujet dont la complexité ne peut être réduite à une approche binaire. Il nous a également paru important de ne pas se substituer à ceux qui peuvent se ressentir comme invisibles et pour cela de passer par des détours comme l’art ou la littérature ». Anne Lise Ulmann de l’équipe psycho- sociologie du travail et de la formation au sein du CRTD au CNAM et pour l’ITMD Dominique Massoni, Corinne Savart-Debergue et Elisabeth Pélegrin- Genel, organisatrices de cette journée, nous livrent ici un compte rendu.
Partie 1 – MISE EN LUMIERE DU TRAVAIL ET DES TRAVAILLEURS INVISIBLES.
Quand la vraie vie, chômage des seniors, montant réel des retraites, quotidien du travail… est en contradiction flagrante avec une réforme des retraites annoncée au nom de la « justice » et du « progrès », ça ne passe pas. À lire ici, sur le blog de Jean-Marie
Intervention de la Compagnie au colloque organisé par l’ITMD et le CNAM le 20 janvier 2023
Quelles seraient, dans les quelques 150 récits de travail publiés par la Compagnie, les paroles qui feraient écho à la question de la visibilité du travail et des travailleurs ?
La question nous était posée lors de la préparation de la journée d’étude « invisibilité et travail »organisée le 20 janvier dernier par l’ITMD et le laboratoire CRTD du CNAM. Il y avait nécessairement matière à alimenter une discussion sur l'(in)visibilité, puisque nous avons créé La Compagnie Pourquoi se lever le matin! pour rendre visible le travail réel, afin d’apporter le point de vue du travail, exprimé par celui ou celle qui le fait, dans des débats de société importants, comme la santé, l’alimentation, l’enseignement, le transport, l’énergie, etc.
Trois ans d’un travail chamboulé par l’épidémie et ses suites pour finir sur la réforme des retraites. En empruntant le plus court chemin à dominante budgétaire, c’est comme si tout ce qui nous arrive dans le travail au fond n’existait pas. On ne retient que l’équilibre comptable fondé sur un déséquilibre social.
Le plus lourd dans l’affaire, c’est l’oubli du travail, de tout ce qu’il représente, tant dans son organisation que dans ses conditions. La toise des 64 ans avec quelques menus aménagements est une réponse hors du travail réel. Cela, alors que l’on sait combien les métiers et les salariés du back-office sont à la peine au sens propre. Cela, alors que l’on sait la part des conditions de travail, des contraintes physiques ou psycho-sociales dans de nombreux métiers en difficulté de recrutement, sans parler même des rémunérations. Cela, alors que les toutes premières mesures d’âge concernent les salariés, hommes ou femmes, dont on se sépare couramment bien avant 60 ans. De tout cela, il n’est guère question ou alors si peu. La suite, à lire ici, sur son blog
Avant les années 80′, la précarité était surtout associée à l’exclusion sociale et à sa conséquence la plus dramatique : les sans-abri. Si la marginalité était majoritairement subie, elle était néanmoins choisie par certains adultes rétifs à toute subordination patronale, à la vie réglée par une bureaucratie rigide et par son triptyque : « Métro – Boulot – Dodo » . Elle était vécue par nombre de jeunes adultes au sortir de leur formation comme une période transitoire avant l’accès à un CDI. Si aujourd’hui le modèle fordien de l’emploi – un emploi à durée indéterminé assuré durant toute la carrière dans la même entreprise – demeure encore majoritaire, il s’effrite. Pour saisir les multiples formes du précariat durable contemporain, Nicolas Roux conduit une enquête auprès de deux populations : d’une part des salariés agricoles œuvrant au fil des saisons dans les vignobles et maraîchages en Languedoc-Roussillon et d’autre part des artistes intermittents domiciliés en milieu urbain. Grâce sa méthodologie – des entretiens conduits à quelques années de distance avec un échantillon stabilisé de personnes – l’auteur est en mesure de mettre à jour les motifs de l’entrée en précariat. En outre, il éclaire finement les voies et moyens que mobilisent ces deux groupes pour résister à l’incertitude née de la discontinuité des emplois.
Notre régime de retraite actuel, issu du CNR et d’Ambroise Croizat, reconnaît aux retraités l’accès à une partie de la richesse et organise son financement par un prélèvement sur la plus-value créée ici et maintenant au sein des entreprises. La voie qui avait été choisie était alors, comme le développe Bernard Friot, de considérer la pension de retraite comme un « salaire continué » qui, en fonction du nombre d’années qu’il a cotisé, permet au retraité de rester actif et de continuer à participer à la vie sociale et économique. Cette idée d’ « activité » s’oppose alors à celle d’une « inactivité » qui serait inhérente à la situation de retraité et, plus généralement, à la situation de tous ceux qui n’ont pas encore d’emploi ou qui en sont « sortis ».
Nos publications, nos discussions, nos projets, nos lectures, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !
Deux nouveaux récits dans le thème « Travail et territoire »
Monument à l’abolition de l’esclavage – Saint-Nazaire
« Quand les lycéens découvrent leur ville », le récit d’Amaury qui enseigne l’histoire et la géographie au Lycée Aristide Briand de Saint-Nazaire. Extrait : » Lorsque j’aborde les questions au programme d’histoire et géo, comme l’urbanisme, l’industrialisation ou la Seconde Guerre mondiale, le cas de Saint-Nazaire s’impose comme une évidence. Les élèves comprennent ce que le mot industrialisation veut dire, ils ont aussi la possibilité de voir l’ancienne base sous-marine, les traces de la guerre et du passé. « « Ici, accueillir, c’est dans l’ordre des choses« , le récit de Claire, salariée dans une association nazairienne qui accueille des sans-abris et les oubliés de la société.
Le livre de Scarlett Salman est un grand livre de sociologie consacré à un phénomène de plus en plus répandu : le coaching. A partir d’une recherche engagée depuis le début des années 2000 et ayant conduit à l’écriture d’une thèse, l’analyse de Scarlett Salman, fondée sur un important terrain qu’elle sait nous faire partager, est d’une grande finesse. Issu des conséquences plus ou moins proches du « nouvel esprit du capitalisme », le coaching, avec son trio prescripteur RH-coach-coaché est analysé et mis en scène dans tous ses états. Le riche terrain de la sociologue illustre les modulations de ces relations avec un verbatim abondant et bien choisi. Le processus du coaching est disséqué dans toutes ses dimensions.
Nos chantiers en cours, le travail en débat sur la question du sens, nos coups de cœur éditoriaux et ciné-club, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin ! On vous offre même un poème sur l’actualité footballistique, vue du travail.
Travail et territoires
L’école Léon Blum, où Thierry est directeur d’école
Cinq nouveaux récits publiés au cours du dernier mois, toujours autour de ce que le territoire de Saint-Nazaire fait au travail, et vice-versa . On pourra lire sur notre site, dans ce dossier, les récits suivants : “Faire du lien”, par Damien secrétaire de l’Union Locale CGT ; “Aux Urgences de l’hôpital public se croisent des gens qui ne se seraient jamais rencontrés ailleurs” par Fabien infirmier ; “La direction n’aime pas que les travailleurs se regroupent” par Jean-François, salarié aux Chantiers de l’Atlantique ; “Le territoire intime de l’ordinateur” par Monica, technicienne de maintenance en informatique ; « C’est tout un travail d’aller vers les familles, et c’est très difficile » par Thierry, directeur d’école dans un Réseau d’Éducation Prioritaire.
Nos chantiers en cours, nos réactions à l’emballement médiatique de septembre dernier sur la « valeur travail », notre coup de coeur éditorial de la rentrée, notre séminaire d’été, on vous dit tout dans ces dernières nouvelles de la Compagnie Pourquoi se lever le matin !
Travail et territoires
Le port de Saint-Nazaire
Chaque travail est situé. Il s’exerce quelque part. Et ce « quelque part » est loin d’être neutre. Mais comment cerner l’ensemble des périmètres vastes ou minuscules où s’exerce le travail ? Quels enjeux individuels et collectifs ? Comment amener nos interlocuteurs sur ce terrain-là ? Vaste sujet, vaste projet qui est entré dans une phase d’écriture intense. 24 entretiens ont déjà été réalisés, dont 8 récits déjà publiés sur notre site. La Compagnie se mobilise autour de Pierre qui mène le projet sur la région de Saint-Nazaire.
Le Centre de Recherche sur le Travail et le Développement (CRTD) et le Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Économique (LISE) organisent et animent un ciné-club au CNAM autour du travail, à partir d’un choix de films et de documentaires qui mettent en lumière des aspects du travail peu accessibles autrement. Ce 20 octobre, c’était un documentaire de 2019 : « Nouvelle cordée », suivi d’un débat avec les participants.
L’épisode du 24 juin de « Entendez-vous l’éco ? », sur France Culture
« Après deux ans de covid, notre rapport au travail semble avoir profondément changé. De plus en plus de jeunes, et des moins jeunes, réclament des emplois qui ont du sens, de meilleures conditions de travail et des salaires qui reflètent leur utilité sociale. »
Deux sociologues et un économiste en débattaient ce 24 juin, à partir de la question : « qu’est-ce que le travail ? ». A écouter en podcast sur le site de France Culture
Un colloque “Consentir? Pourquoi, comment et à quoi ?” a eu lieu les 9 et 10 juin 2022 à l’ESCP Business Europe. J’y suis intervenu avec mon complice Jean-Marie Charpentier dans le cadre d’une table ronde, présidée par Michel Lallement du CNAM, intitulée Consentement dans l’organisation et le travail.
Extrait » … Ces pratiques de dialogue dans le travail prennent un sens particulier dans une période post-pandémie qui fait bouger les unités de temps, de lieu et d’action. En tenant compte de leurs limites (pérennité parfois problématique, instrumentalisation fréquente…), on est là malgré tout face à une logique inverse de celle fondée sur la seule transmission qui a occupé toute la place dans le management et la communication. On voit bien que la question de la soutenabilité et du consentement au travail est de plus en plus liée avec le fait de se mettre d’accord et avec le pouvoir d’agir sur le cours des choses … »
À l’occasion des dernières élections présidentielles, on a pu se rendre compte à quel point le pays est traversé par des fractures territoriales fortes. Depuis plus de deux ans, les travailleurs font l’expérience de déployer leurs compétences dans une situation dégradée par la crise sanitaire. Si certains y ont gagné en autonomie et en responsabilité; si, au prix d’une intensification de leur travail, ils ont pu inventer de nouvelles manières de faire du bon boulot, de garder le lien avec les destinataires de leur travail, d’autres ont pu mesurer les difficiles conditions dans lesquelles ils exercent leur activité professionnelle. Au-delà des effets du confinement sur la gestion du temps et sur la planification du travail, il serait intéressant de se pencher aussi sur les effets de la crise sanitaire sur la manière dont, territoire par territoire, a été et est désormais vécu l’espace de travail.